1 Décembre 2025
Kä Mana (1953-2021), né Mana Kambale dans l'est du Congo, , de son vrai nom Godefroid Mana Kangudie, est situé à l'intersection de la théologie, de la philosophie et de l'engagement politique. , né le 3 novembre 1953 et décédé le 15 juillet 2021. Il est reconnu pour son approche unique de la théologie africaine, influencée par les cultures africaines et l'idée de la libération. Kä Mana a publié plusieurs ouvrages majeurs, notamment "Théologie africaine pour un temps de crise" et "Christ d'Afrique, enjeux éthiques de la foi africaine en Jésus-Christ". Il a aussi été président du Pole Institute et a joué un rôle clé dans la promotion de la pensée africaine à l'échelle internationale.
Il constitue une figure originale de la pensée congolaise contemporaine, sThéologien protestant formé en Europe et philosophe congolais, Kä Mana a développé une œuvre prolifique qui interroge les rapports entre foi chrétienne et libération africaine, entre spiritualité et politique, entre tradition et modernité, et interroge ainsi les fondements éthiques des sociétés africaines contemporaines. Son œuvre majeure, L'Afrique va-t-elle mourir ? (1989), diagnostique les crises morales et politiques postcoloniales comme résultant d'une perte des « imaginaires féconds » – terme désignant les ressources symboliques autochtones capables d'inspirer des projets de société viables. Pour Mana, la renaissance africaine exige une refondation spirituelle ancrée dans une relecture critique des traditions, conjuguée à une ouverture aux humanismes universels. Son autre ouvrage Théologie africaine pour temps de crise (1993), propose une refondation de la théologie africaine dans une perspective de libération et d'émancipation. Kä Mana critique ce qu'il nomme la théologie de la survie qui caractérise selon lui une grande partie du christianisme africain, théologie qui se contente d'accompagner spirituellement la misère sans s'attaquer à ses causes structurelles. Il propose à la place une théologie de la reconstruction qui s'engage dans la transformation effective des conditions de vie des populations africaines. Cette perspective théologique se prolonge dans une réflexion philosophique sur la modernité africaine et les voies possibles de développement du continent. Son œuvre ultérieure, notamment L'Afrique va-t-elle mourir ? et Christians and Churches of Africa Envisioning the Future, poursuit cette réflexion sur les conditions d'une renaissance africaine, concept qui désigne chez lui non pas un simple retour aux sources précolomiales, procédé selon lui impossible et illusoire, mais bien plutôt l'invention d'une modernité proprement africaine, enracinée dans l'histoire et la culture du continent tout en s'ouvrant sur l'universel. Kä Mana rejette à la fois l'imitation servile des modèles occidentaux et le repli nostalgique sur un passé idéalisé, cherchant une troisième voie qui articulerait de manière créatrice les ressources des traditions africaines et les acquis de la modernité universelle. Kä Mana développe une philosophie de l'espérance qui refuse le catastrophisme et le pessimisme afropessimiste tout en reconnaissant lucidement les immenses défis auxquels l'Afrique est confrontée. Kä Mana critique vigoureusement ce qu'il appelle la mentalité de dépendance qui caractérise selon lui de nombreuses sociétés africaines post-coloniales. Il dénonce les attitudes d'assistanat, la corruption des élites et la démission intellectuelle face aux défis du développement. Sa philosophie se veut une philosophie de l'action et de la responsabilité qui appelle les Africains à prendre en main leur destin plutôt que d'attendre des solutions venues de l'extérieur.