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La Garenne de philosophie

NEUROSCIENCES / La théorie du cerveau bayésien

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Les neurosciences prédictives et la théorie du cerveau bayésien

Une approche prometteuse du problème corps-esprit émerge des développements récents en neurosciences computationnelles autour de l'idée que le cerveau fonctionne fondamentalement comme une machine à prédiction bayésienne. Selon cette perspective, développée par des chercheurs comme Andy Clark, Jakob Hohwy et Anil Seth, le cerveau génère constamment des modèles prédictifs de ses inputs sensoriels et met à jour ces modèles en fonction des erreurs de prédiction. La conscience émergerait de ce processus de modélisation prédictive, particulièrement au niveau des modèles de haut niveau qui intègrent l'information sur de longues échelles temporelles et spatiales. Cette théorie permet de rendre compte de nombreux phénomènes conscients : l'attention correspondrait à l'optimisation de la précision des prédictions dans certains domaines, les illusions perceptuelles résulteraient de prédictions erronées résistantes à la correction, tandis que les troubles de la conscience comme la schizophrénie pourraient s'expliquer par des dysfonctionnements dans la hiérarchie prédictive. Anil Seth développe cette approche dans la direction d'une théorie de la conscience comme « hallucination contrôlée » : notre expérience perceptuelle ne serait pas une fenêtre transparente sur le monde mais une construction active basée sur les prédictions du cerveau, contrainte mais non déterminée par les inputs sensoriels. Cette perspective permet également de développer une approche naturaliste de l'attention à soi (self-awareness) en l'analysant comme un processus de modélisation prédictive du corps et de ses interactions avec l'environnement. Le « soi minimal » correspondrait aux prédictions concernant l'état corporel (intéroception, proprioception), tandis que le « soi narratif » émergerait des modèles prédictifs de haut niveau concernant l'histoire et les projets de l'organisme. Cette approche présente l'avantage de s'appuyer sur des mécanismes computationnels précis tout en rendant compte de la richesse de l'expérience subjective, mais elle doit encore démontrer sa capacité à résoudre le problème difficile : pourquoi la modélisation prédictive s'accompagne-t-elle d'expérience subjective plutôt que de se dérouler de manière purement inconsciente ?

Fin

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