30 Novembre 2025
Mabika Kalanda, né en 1932 à Léopoldville et décédé en 1988, fut un intellectuel, philosophe et homme politique qui a marqué la génération de l'indépendance congolaise. Son ouvrage La Remise en question, publié en 1967, constitue un texte fondamental de la pensée politique congolaise postcoloniale. Dans ce livre, Kalanda procède à une analyse critique sévère de la situation politique, économique et culturelle du Congo dans les premières années de l'indépendance, diagnostiquant les causes de la crise profonde que traverse le pays. Il critique la classe dirigeante congolaise qu'il accuse de reproduire les structures coloniales au lieu de les transformer, de perpétuer l'exploitation des masses populaires à son propre profit, et d'aliéner la souveraineté nationale aux puissances étrangères. Kalanda développe une critique de l'impérialisme et du néocolonialisme, analysant les mécanismes économiques et politiques par lesquels les anciennes puissances coloniales maintiennent leur domination sur l'Afrique après les indépendances formelles. Sa réflexion s'inscrit dans le contexte du panafricanisme et du tiers-mondisme des années 1960, mouvements intellectuels et politiques qui cherchaient à construire une solidarité entre les peuples colonisés et à imaginer des voies de développement alternatives au capitalisme et au communisme tels qu'ils existaient alors. Kalanda insiste sur la nécessité d'une révolution culturelle qui transformerait en profondeur les mentalités colonisées des Africains, cette intériorisation des valeurs et des représentations du colonisateur qui continue à les aliéner même après l'indépendance politique. Il défend l'idée que la libération véritable de l'Afrique passe par une décolonisation des consciences, par une réappropriation de l'histoire et de la culture africaines, et par l'invention de formes politiques et économiques adaptées aux réalités du continent plutôt que copiées sur les modèles occidentaux. L'œuvre de Kalanda se caractérise par un engagement radical, par un refus de tout compromis avec les formes de domination, et par une exigence éthique qui refuse de séparer la réflexion intellectuelle de l'action politique. Sa vie elle-même témoigne de cet engagement : Kalanda a occupé diverses fonctions politiques dans le Congo postcolonial, notamment comme ministre, tout en maintenant une posture critique vis-à-vis du pouvoir. Son assassinat en 1988, dans des circonstances jamais totalement élucidées, symbolise tragiquement les dangers auxquels s'exposent les intellectuels critiques dans les contextes autoritaires africains.