19 Juillet 2025
comme et de sa cosmologie.
Sophie Oluwole (1936–2018) est sans conteste la philosophe qui a le plus profondément exploré et défendu Ifá comme système philosophique. Première femme nigériane à obtenir un doctorat en philosophie, elle a consacré sa carrière à démontrer que la tradition orale yoruba, et en particulier le corpus d’Ifá, constitue une forme de rationalité comparable à celle de la philosophie grecque. Dans son ouvrage Socrates and Orunmila: Two Patrons of Classical Philosophy (2014), elle met en parallèle Socrate et Ọ̀rúnmìlà (le sage mythique et divin associé à Ifá), en montrant que tous deux pratiquent une forme de sagesse fondée sur le dialogue, la recherche de la vérité, et la connaissance de soi. Oluwole insiste sur le fait qu’Ifá n’est pas une superstition, mais un système structuré de pensée, avec ses propres règles logiques, ses principes éthiques et sa vision du monde.
Barry Hallen, philosophe américain ayant longuement enseigné au Nigeria, a coécrit avec J. Olubi Sodipo l’ouvrage Knowledge, Belief and Witchcraft: Analytic Experiments in African Philosophy (1986), dans lequel il analyse les concepts de connaissance et de croyance dans la tradition yoruba, en s’appuyant notamment sur les pratiques d’Ifá. Il y développe une approche analytique de la philosophie africaine, en montrant que les distinctions épistémiques présentes dans les langues africaines (comme le yoruba) sont aussi rigoureuses que celles de la tradition occidentale. Ifá y est présenté comme un système de production de savoir, fondé sur des critères de validation, de cohérence et d’expérience.
Philosophe nigérian, Segun Gbadegesin a travaillé sur l’éthique africaine et la notion de personne dans la pensée yoruba. Dans son ouvrage African Philosophy: Traditional Yoruba Philosophy and Contemporary African Realities (1991), il explore les fondements moraux et métaphysiques d’Ifá, en montrant comment ce système articule la responsabilité individuelle, la justice cosmique et la quête de l’harmonie sociale. Il insiste sur la dimension normative d’Ifá, qui propose une éthique de la prudence, du respect des aînés, et de la réciprocité.
Ifá est donc bien plus qu’un système religieux ou cosmologique, c’est une philosophie vivante dotée de sa propre logique et de sa propre éthique, transmise oralement, qui articule cosmologie, éthique, logique et politique. Grâce à des penseurs comme Sophie Oluwole, il est désormais reconnu comme un pilier de la philosophie africaine classique. Ọ̀rúnmìlà est la divinité de la sagesse et de la divination, figure centrale du système Ifá. Les concepts philosophiques issus d’Ifá sont Odù Ifá, Ayanmo, Àṣẹ, Iwa. Odù Ifá est le nom du corpus de 256 signes contenant des récits, proverbes et enseignements moraux. Ayanmo est le destin personnel, que l’individu doit accomplir en harmonie avec l’univers. Àṣẹ est la force vitale ou pouvoir d’agir, principe d’efficacité spirituelle et morale. Iwa est le caractère moral, vertu, comportement juste à la base de l’éthique yoruba. tradition philosophique à part entière.