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Publié par La Philosophie

Schopenhauer a influencé bon nombre d'écrivain Français. D'abord aboudé par Goethe qu'il alla voir peu avant de quitter sa mère, Schopenhauer a eu tout une influence sur les écrivains français, Huymans qui le rejeta, Maupassant qui l'admira plus que Hugo, Constant, Proust, Céline et ce qu'à Houellebecq qui se dit, lors d'un entretien sur une terrasse, être le chien de chasse qui ramène le gibier à son maître Schopenhauer. Paris8philo

L’auteur de Boule de Suif donna le 17 avril 1880 au journal le Gaulois une chronique consacrée aux Soirées de Médan. Cet article quelque peu publicitaire était censé répondre aux questions que se posait Arthur Meyer, le directeur du journal. Le recueil des jeunes naturalistes affirmait-il « une idée d’école », tenait-il lieu de manifeste ? Sous les dénégations de Maupassant, on perçoit clairement que les médanistes étaient unis non seulement par l’admiration de Zola, mais aussi par le rejet de « l’esprit romantique » qui, par sa « sentimentalité ronflante », sa « méconnaissance dogmatique du droit et de la logique », avait fait reculer en France « le vieux bon sens, la vieille sagesse de Montaigne et de Rabelais » et l’héritage rationaliste du siècle des Lumières. Malgré tout son respect pour les grands maîtres du romantisme, Maupassant, cédant à « une révolte de sa raison » clamait : « Je trouve que Schopenhauer et Herbert Spencer ont sur la vie beaucoup d’idées plus droites que l’illustre auteur des Misérables »1.

  • 2 La Lysistrata moderne (Le Gaulois, 30 décembre 1880). (Chroniques littéraires et chroniques parisi (...)

2Le romancier avait été un des tout premiers lecteurs du florilège de Jean Bourdeau qu’il connaissait d’ailleurs et à qui l’unirait bientôt une véritable amitié. Il lut sans doute fort tôt également les Aphorismes traduits par J.-A. Cantacuzène en 1880. Quelques années plus tard, l’amitié du docteur Henry Cazalis, en poésie Jean Lahor, schopenhaueriste impénitent, enrichit encore la connaissance que le romancier avait du philosophe. L’aveu de sa « profonde admiration » pour son « maître Schopenhauer » est fréquent : il figure en particulier dans une chronique du Gaulois où, sous le prétexte de résumer l’opinion du pessimiste sur les femmes, Maupassant fournit un centon d’aphorismes, puis des paraphrases destinés à faire pièce à une « Ligue pour la revendication des droits de la femme. » Le romancier qui réserve sa dévotion à des compagnes qui ne cherchent « qu’à être belles et séduisantes », trouve évidemment « farce » cette association féministe2.

  • 3 Aphorismes... pp. 165-166. Passage cité dans notre chapitre « Céard ».
  • 4 Cf. Huysmans : « Ah ! dire qu’il y aura toujours un Avant et un Après et jamais un Maintenant qui (...)
  • 5 Une Vie O. C. t. II, p. 216.

3Les premiers témoignages d’une influence de Schopenhauer sur le jeune écrivain sont particulièrement importants car ils ressortissent à un pessimisme dont les fondements philosophiques varieront fort peu. Ainsi le « bovarysme » de tant de personnages de Maupassant, cette incapacité à vivre le moment présent, cette complaisance à se délecter du souvenir enjolivé ou d’un avenir rêvé, avait reçu de Schopenhauer une claire définition dans les Aphorismes sur la sagesse dans la vie3. Une Vie tient précisément sa structure de la peinture de l’impuissance à être dans le seul temps qui soit vrai, le présent4. Jeanne vit à tel point dans ce déséquilibre temporel que les événements de son existence n’ont de prix que parce que, bientôt, ils se mueront en réminiscences : « Elle semait partout des souvenirs comme on jette des graines en terre, de ces souvenirs dont les racines tiennent jusqu’à la mort. »5 Encore ces souvenirs ne prennent-ils toute leur valeur que lorsqu’ils ont la couleur des regrets. Le présent se dilue dans l’ennui ou se meuble de délectations moroses, d’échappées dans de vagues lendemains.

  • 6 André Vial : Maupassant et l’art du roman (Nizet, 1954) p. 115.

4André Vial qui souligne cette dette du romancier envers le philosophe remarque également que « la distinction flaubertienne entre l’artiste et le troupeau » qu’a faite Maupassant en véritable héritier spirituel, recouvre d’une façon très exacte celle que Schopenhauer établissait entre le « contemplateur », qui s’élève à une pure « représentation » du « monde » et le commun des mortels « qui vit le monde » selon la « Volonté »6. De fait l’artiste doit considérer le phénomène comme le moyen d’accéder à l’Idée : à partir des accidents du monde, il crée, suivant le vœu de Flaubert, l’immuable. Il doit parvenir à l’affranchissement de la connaissance, à l’oubli de soi en tant qu’individu. C’est cet état idéal que l’artiste, bon gré mal gré attaché au monde, recherche douloureusement : il prétend s’élever à la sérénité de la contemplation par l’observation des représentations.

  • 7 Monde III 38 t. I, p. 316.
  • 8 Bel Ami (1886) O. C. t. VI, p. 194. Cette leçon schopenhauerienne s’inspire de Pensées, maximes et (...)

5Ce but, Maupassant le recherche, mais il mesure progressivement que le travail de création, loin d’être le moyen de rendre la vie plus belle par le jeu de la reproduction artistique de celle-ci, le conduit au calvaire. L’art ne bannit pas l’ennui, il l’exacerbe au contraire. Alors que la contemplation schopenhauerienne est « l’état de pur sujet de la connaissance, placé en dehors de la volonté, du temps et de toutes relations»7, l’analyste mesure qu’il ne fait qu’affiner dans sa quête les motifs de sa souffrance, qu’il aiguise ses facultés de penser, et par conséquent de souffrir. Le vieux poète Norbert de Varennes fait un soir, à Georges Duroy, cette leçon : « Pourquoi souffrons-nous ainsi ? C’est que nous étions nés sans doute pour vivre davantage selon la matière et moins selon l’esprit ; mais, à force de penser, une disproportion s’est faite entre l’état de notre intelligence agrandie et les conditions immuables de notre vie. Regardez les gens médiocres ; à moins de grands désastres tombant sur eux ils se trouvent satisfaits, sans souffrir du malheur commun. Les bêtes non plus ne le sentent pas. »8

  • 9 Lettre à Bourdeau. Septembre 1889.
  • 10 Sur l’eau (1888) O. C. t. XIV, p. 312.

6Maupassant sépare radicalement l’état de contemplation esthétique de l’acte créateur : la contemplation esthétique ne peut se communiquer. Dans une lettre adressée, détail capital, à Jean Bourdeau, il distingue clairement ces moments privilégiés et le vain effort de transposition littéraire qui pourrait les suivre : « J’ai parfois de courtes et bizarres et violentes révélations de la beauté, d’une beauté inconnue, insaisissable, à peine révélée par certaines idées, certains mots, certains spectacles, certaines colorations du monde à certaines secondes qui font de moi une machine à vibrer, à sentir, et à jouir, délicieusement frémissante. Je ne peux pas communiquer cela, ni l’exprimer, ni l’écrire, ni le dire. Je le garde. Je n’ai pas d’autre raison d’être, de continuer à être, et à écouter, et à débiter, et à répéter les inepties dont se compose l’existence. »9 Ces lignes éclairent toute l’ambiguïté du jugement que Maupassant porte sur l’acte d’écrire qui, en lui procurant une « volupté », ne peut dans le même temps faire taire le mal de vivre : « Sa sensibilité particulière et maladive le change (l’écrivain) en écorché vif, pour qui presque toutes les sensations sont devenues des douleurs. »10

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