Le plus gros site de philosophie de France ! ABONNEZ-VOUS ! 4004 Articles, 1523 abonné.e.s

La Garenne de philosophie

POESIE / La Demeure au bord des larmes de Jean-Paul Michel

La Demeure au bord des larmes de Jean-Paul Michel s’inscrit dans une œuvre poétique exigeante, traversée par une tension entre la lucidité du regard et l’élan vers le sacré, et ce livre, comme d’autres recueils de Michel, explore une parole qui cherche à creuser, à mettre à nu ce qui tremble dans l’expérience humaine et dans cette demeure qui est aussi celle du langage qu'on habite, l’auteur installe une voix qui ne cesse de se heurter aux limites du dicible, aux bords de la douleur, aux éclats de la beauté, et sa poésie, nourrie de philosophie, de mystique et d’une attention extrême à la forme, se déploie comme une quête de présence, une tentative de faire advenir dans le poème ce qui échappe à la prose du monde et Michel, dans ce recueil, propose une traversée sans narration, une série de fulgurances où chaque mot semble pesé, arraché au silence, et cette demeure, bordée de larmes, est pas un lieu de veille plus que de repli, un espace de résistance, où le poète, tel un veilleur, scrute les signes du réel, les failles du temps, les éclats de l’invisible, et ce qui frappe dans cette écriture, c’est sa capacité à tenir ensemble la rigueur et l’émotion, la pensée et le frémissement, comme si le poème était le seul lieu où l’on pouvait affronter la vérité sans la trahir, et dans cette perspective, La Demeure au bord des larmes devient une méditation sur l’être, sur le langage, sur la perte, ainsi que sur la possibilité d’une lumière, d’un feu, d’un chant, et Michel, fidèle à une certaine tradition de la poésie françaisecomme celle de Char, de Jaccottet, de Bataille, poursuit une œuvre qui ne cède ni à la facilité ni à l’oubli, et ce livre, dans sa densité, dans sa beauté âpre, invite à une lecture lente, attentive, presque sacrée, comme si chaque vers était une offrande, une tentative de sauver quelque chose de l’humain dans le tumulte du monde. Le langage y est présenté comme un abri précaire, un lieu où l’humain tente de se tenir face à l’indicible, à la douleur, à l’absence, la "demeure" est à la fois refuge et lieu d’exposition, c'est un espace liminaire, entre le dicible et l’indicible, entre la pensée et l’émotion, entre la chute et l’élan, c'est-à-dire qu'on se situe "au bord des larmes". Tout le recueil est traversé par une esthétique de la douleur, de la lucidité naît la beauté naît , de l’affrontement avec le réel naît le travail de l'écriture, il n'y a dès lors plus d'ornement, rien n'est fioriture. Face à la banalité, à la violence du monde, à l’effacement du sens, le poème devient un acte de veille, une manière de maintenir vivante une exigence par laquelle Michel interroge la possibilité d’une lumière, d’un feu qui traverse un monde désenchanté. Il cherche une forme de transcendance sans dogme.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article