29 Novembre 2025
Michel Onfray faisant la bise chaleureusement à Eric Zemmour lors de l'évènement du JDD du 25 novembre 2025
Héritage colonial et désillusion post-impériale : La France, ancienne puissance coloniale, a laissé des fractures identitaires non résolues. La guerre d’Algérie (1954–1962), les rapatriements, puis l’immigration postcoloniale ont créé des tensions jamais vraiment apaisées. L’extrême droite a su exploiter la nostalgie de la "grandeur de la France" et la peur du déclin, en désignant des boucs émissaires (immigrés, musulmans, élites "dénationalisées").
Tradition nationaliste et réactivation des mythes : La France a une histoire nationaliste et anti-républicaine (Vichy, poujadisme, OAS, Algérie française) qui n’a jamais totalement disparu. L’extrême droite a réactivé ces références (Joan of Arc, Napoléon, Pétain) en les adaptant aux peurs contemporaines (grand remplacement, islamisation, mondialisation). Comme Sansal le souligne pour l’islamisme, cette idéologie offre un récit simpliste : la France "éternelle" contre les "traîtres" et les "envahisseurs".
Les théories du complot
Clientélisme et corruption des élites : Depuis les années 2010, les partis traditionnels (LR, PS) ont délégitimé la démocratie par leur gestion technocratique, leurs affaires (Bygmalion, Cahuzac) et leur mépris pour les classes populaires. L’extrême droite a profité de ce vide politique en se présentant comme la seule force "anti-système", tout en étant tolérée, voire instrumentalisée par une partie de la droite (ex. : alliances locales avec LR, récupération du discours sécuritaire sous Sarkozy).
L’instrumentalisation de l’insécurité et de l’identité : Comme l’État algérien a externalisé le contrôle social aux imams, la France a sous-traité la question sociale à l’extrême droite en adoptant ses thèmes (laïcité restrictive, priorité nationale, répression des quartiers populaires). Les médias mainstream ont aussi normalisé ses idées (plateaux télé sur l’immigration, débats sur l’"islamo-gauchisme").
Les crises comme accélérateurs : Les attentats (2015–2016), la crise des Gilets jaunes (2018–2019) et les tensions sur l’islam ont légitimé le discours d’urgence de l’extrême droite. Comme en Algérie dans les années 1990, chaque crise a été utilisée pour renforcer l’autoritarisme (état d’urgence, lois sécuritaires) et discréditer les alternatives (gauche radicale, écologistes).
Désindustrialisation et précarité : Sansal insiste sur le lien entre pauvreté et radicalisation. En France, la désindustrialisation (fermetures d’usines, délocalisations) et la marginalisation des périphéries (banlieues, zones rurales) ont créé un terreau pour l’extrême droite. Celle-ci propose un discours de protection ("France d’abord", rejet de l’UE) et une communauté imaginaire ("le peuple vrai" contre les élites).
Crise identitaire et rejet de la mondialisation : La France, comme l’Algérie, souffre d’une crise du récit national. L’extrême droite comble ce vide en opposant :
Financements et soutiens internationaux : Sansal dénonce le rôle de l’Arabie saoudite dans l’islamisme ; en France, l’extrême droite bénéficie aussi de soutiens extérieurs :
Les médias et les réseaux sociaux : Comme les chaînes qataries diffusent l’islamisme, CNews, Valeurs actuelles ou les influenceurs d’extrême droite (Papacito, Jean Messiha) propagent ses idées. Les algorithmes des réseaux sociaux amplifient la polarisation, créant des bulles où prospèrent les théories du complot (grand remplacement, "wokisme" comme menace).
Retour des "Nationaux Expatriés" (influenceurs exilés en Russie, Texas, Roumanie, Hongrie, Japon)
Échec de la gauche et des intellectuels : Sansal critique l’incapacité des élites algériennes à proposer une alternative. En France :
Silence des démocraties européennes : Comme l’Occident a fermé les yeux sur l’islamisme en Algérie par intérêt, l’UE tolère la montée de l’extrême droite en France (et ailleurs) par peur des migrations ou pour affaiblir la gauche. Les partis traditionnels (LR, Renaissance) reprennent ses thèmes (immigration, sécurité) pour éviter l’hémorragie électorale.
De nombreux responsables politiques
Dans une version hexagonale de 2084, on pourrait décrire une France où :
C'est la fin du pluralisme politique comme en Ukraine.
Pour Sansal, ce scénario n’est pas une fiction, mais une dérive déjà en marche :
Selon une lecture inspirée de Sansal, l’extrême droite s’est implantée en France par :
Comme en Algérie, le danger n’est pas seulement l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite, mais l’acceptation progressive de ses idées par la société toute entière. Sansal appelerait sans doute à :
Si on fait un parallèle avec une autre ascension, selon Boualem Sansal, l'extêmisme s'est implanté en Algérie par :
Il met en garde contre une extrêmisation irréversible, mais appelle aussi à une résistance par la culture, l'éducation et la mémoire . Il ne faut pas hésiter à dénoncer les compromissions et à réinventer une France pluraliste.
Pour aller plus loin :
On peut réévoquer ces facteurs :
En résumé, Sansal décrit une conquête lente, fondée moins sur la force que sur la pénétration idéologique, facilitée par les défaillances de l’État français.