5 Mars 2026
Dans ce collège-lycée sous contrat, on enseigne les valeurs traditionnelles via des enseignements orientés, sans alternative possible. / Crédits : Jerome Sallerin / Rojer
À Notre Dame d'Orveau, établissement catho sous contrat, les enfants de grands patrons côtoient les gamins Le Pen ou de Villiers et les militants de groupuscules nazifiants. Bienvenue dans un lycée où la pensée réactionnaire circule sans entrave.
L'article de Street press continue avec le témoignage d'Anne une ancienne professeure.
Les rejetons de responsables politiques classés à la droite de la droite n’ont pas manqué à l’appel. Il y a eu les enfants Madelin ou de Villiers, dont une des nièces est encore passée récemment. Mais également une des filles de Marine Le Pen. L’arrivée de la petite dernière, qui ne porte pas le nom de sa mère, a provoqué une effervescence au sein de Notre Dame d’Orveau, se souvient Anne. Notamment lors d’une réunion de pré-rentrée : « La direction a glissé son nom et a dit : “Vous savez tous que c’est une fille de Marine Le Pen”, d’un air satisfait. » L’établissement a aussi vu passer deux fils d’Edouard Ferrand, ancien chef de file des députés frontistes au Parlement européen, décédé depuis. Des enfants d’élus locaux comme le fils de l’adjoint au maire d’Angers, Maxence Henry (LR-Sens commun), se sont assis sur les bancs de l’établissement. Ou encore l’une des filles du couple formé par l’ex-chef gudard et ami de longue date de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon avec Marie d’Herbais, qui mettait en scène les vidéos de Jean-Marie Le Pen. Cette dernière explique : « Ma fille était dans la bonne école qu’il faut, rue de la Pompe à Paris [le collège-lycée Janson de Sailly, NDLR]. Puis à Saint-Louis au Mans (72), quand j’y ai déménagé. Elle n’en foutait pas une. Je me suis souvenue que certains de mes frères glandeurs étaient passés à Notre Dame d’Orveau et avaient fini par y décrocher leur bac. Quand je me suis rendue compte que c’était toujours ouvert, je l’ai envoyée là-bas. » Ne lui dites pas qu’elle a imité Marine Le Pen. « Je suis ininfluençable ! » réplique-t-elle. Hasard de la vie, sa fille sera une très bonne amie de Paul-Alexis Husak, futur cadre néonazi de l’Alvarium et du Gud. Celui surnommé « MinHitler » par les militants antifascistes locaux est même un temps devenu salarié de la société E-Politic, qui s’est occupée de la com’ du Rassemblement national et qui est en partie détenue par… Frédéric Chatillon !
En arrivant à Notre Dame d’Orveau, l’ancienne prof Anne a mis une année pour cerner le profil de ses élèves, qu’elle plaint. « Globalement, je voyais des “gamins-valises”, que les parents déposent à la gare le lundi matin et qu’ils récupèrent le vendredi soir. C’était : “Moins on les voit, mieux c’est.” » L’enseignante a été frappée par « l’esprit de fratrie de la bourgeoisie, d’une vieille aristocratie désargentée » : « Le week-end, les gamins allaient tous au scoutisme, les filles participaient à des rallyes pour rencontrer leurs futurs maris, se préparant à devenir femmes au foyer. Une éducation à l’ancienne, patriarcale. »
Avec ses bois, son château à tourelles, ses dépendances et les deux rivières qui l’entourent, l’institut Notre Dame d’Orveau ressemble à un domaine seigneurial. Situé au creux d’un coteau dans la campagne au nord du Maine-et-Loire, ce collège-lycée est situé à un kilomètre de la sortie du village de Nyoiseau, et semble à l’écart du monde. Loïk Le Priol a passé une partie de son adolescence dans cet établissement dont la devise est “éduquer, instruire, évangéliser”. Les messes y sont fréquentes et s’accompagnent chaque semaine d’une adoration, un office plus long avec chorale et prière à genoux. “Loïk Le Priol a été scolarisé dans notre établissement durant quelques mois pendant son année de 5e, rapporte par e-mail Matthieu Roucher, directeur de l’école. Il a été rapidement renvoyé pour des faits de violence et des idées incompatibles avec notre projet d’éducation chrétien associé à notre mission de service public.” Pourtant, son passage dans l’établissement va marquer les esprits pour plusieurs années. Les sympathies pour l’extrême droite ne sont pas rares à Notre Dame d’Orveau. “C’est un bahut qui s’est renfermé sur lui-même et s’est vachement politisé. Dans la salle des profs, c’était axé extrême droite. Parmi les élèves, on a eu la fille de Marine Le Pen, la fille Châtillon, la famille Chauprade, les enfants Gannat”, liste un ancien salarié, en référence aux enfants de Pascal Gannat, ancienne tête de liste Rassemblement National et ancien directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen, à ceux d’Aymeric Chauprade, ancien député européen Front National, et à ceux de Frédéric Châtillon, ancien membre du GUD et proche de Marine Le Pen. “Ils mettent leurs enfants à l’abri de leurs casseroles à Paris”, suppose cet ex-employé. La famille Le Priol fait de même. Habitant en Île-de-France, les parents envoient leur fils à 320 kilomètres au sein d’un établissement qui cadre probablement avec leur sensibilité politique. “Denis, le père, est un très bon copain à moi depuis 40 ans”, confiait à Ouest-France le 24 mars 2022 Jean-Romée Charbonneau, ancien chef de file du Front national dans les Deux-Sèvres.
Le dimanche 25 mars 2012 au matin, quelques semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle, plusieurs cars seraient partis du parking de l’établissement scolaire pour se rendre à un meeting de Marine Le Pen à Nantes. Matthieu Roucher dément, un membre du personnel confirme. Quoiqu’il en soit, le parking a bel et bien déjà servi de tribune à une radicalité décomplexée. Un jour, un membre de l’équipe pédagogique, pris à partie par des élèves, y a retrouvé des croix celtiques dessinées sur les graviers autour de sa voiture. La direction n’est pas non plus en reste quand il s’agit d’exprimer son désaccord. Lorsqu’au lendemain de l’attentat de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, le président de la République, François Hollande, avait demandé qu’une minute de silence soit observée dans toutes les écoles du pays, à Notre Dame d’Orveau, les enseignants furent convoqués par le directeur d’alors, Yann de Cacqueray-Valménier. “Il débarque et dit: ‘Tant que je serai directeur, il n’y aura pas de minute de silence, ce sera une messe en mémoire des martyrs contre le blasphème.’ Le lundi après-midi, tous les gamins sont partis à la messe”, rapporte un témoin. Contacté, l’ancien directeur n’a pas souhaité répondre à Society.
Dans cette pépinière d’ultradroite, Loïk Le Priol a laissé le souvenir d’un élève incontrôlable, en proie à des pulsions de violence. “Avec lui, rien ne se réglait sans des coups, c’était un ultraviolent, un sanguin”, renseigne un ancien professeur. Ce coin rural du Maine-et-Loire abrite d’autres établissements privés catholiques, comme l’institut Bois-Robert, à Bécon-les-Granits. Pendant sa scolarité, Loïk Le Priol aurait entretenu des contentieux avec certains élèves de ces écoles. Au point de se retrouver une fois en fin de semaine à la gare d’Angers, nœud de transport entre leurs collèges et Paris, pour en découdre sur les quais. “Le Priol a poussé un gars sur les voies, les gamins d’Orveau étaient terrorisés”, assure un membre du personnel. Même après son départ, Loïk Le Priol a continué de hanter les lieux. En 2012, l’institut Notre Dame d’Orveau fête ses 100 ans. Anciens élèves et professeurs sont attendus sur les pelouses du château pour des festivités où esclandres et coups de sang feraient mauvais genre. La rumeur de sa possible venue les fait frémir. “C’était la hantise de tout le monde, des gamins du bahut l’avaient vu sur Paris en état d’ébriété en train de casser la gueule à des Noirs et des Arabes”, remet un ancien professeur.
Autre texte, un entretien sous forme de 5 questions posées à Yann de Cacqueray-Valmenier
Yann de Cacqueray est un éducateur chevronné. Il a longtemps dirigé l’Espérance à Sainte-Cécile (85), un établissement catholique dans l’esprit mais juridiquement laïc sous contrat. Il pilote à présent un autre internat, Notre-Dame-d’Orveau (49), qui est catholique sous contrat. Notre blog a posé cinq questions, volontairement générales, à Yann de Cacqueray, dans l’idée que ses réponses pourront guider utilement les jeunes éducateurs.
Qu’est-ce qu’un bon éducateur pour vous ?
Un bon éducateur se définit d’abord par sa finalité. Il est celui qui doit faire passer de l’état de dépendance à l’âge adulte. Ceci nécessite de sa part un vrai discernement de l’objectif : Il ne doit pas faire un clone, il ne doit pas accepter n’importe quoi. L’être humain est fait pour la connaissance et la contemplation. Chaque éducateur sera comptable de ce qu’il a permis à ceux qui lui sont confiés de connaître et de contempler.
Comment fixer le juste équilibre entre discipline et liberté ?
Quelle est la source de l’autorité selon vous ?
Il n’y a pas d’autre source de l’autorité que la reconnaissance de notre dépendance : c’est parce que j’ai accepté la délégation de pouvoir de Dieu et des parents que je peux exercer une autorité légitime. Si mon autorité vient de moi elle va être écrasante et pesante car je n’ai pas de légitimité mais si elle est reçue de ceux qui l’ont eu naturellement alors elle est un vrai service. L’exemple le plus criant dans le monde scolaire c’est la demande d’autorisation. Souvent les parents demandent l’autorisation de faire faire ceci ou cela à leurs enfants. Je ne peux que la leur refuser car ce sont eux les éducateurs de leurs enfants ! Ils décident et m’informent mais je n’autorise pas.
Qu’est-ce qu’une éducation (scolaire) réussie ?
L’éducation scolaire ne peut être que le complément de l’éducation familiale si nous allons au-delà, nous sommes dans un rôle qui n’est pas le nôtre. Mais cette délégation d’autorité n’est pas du tout mineure elle suppose la confiance et un suivi des décisions. Dans tous les cas et même si, par ailleurs, il peut y avoir des discussions fermes et houleuses, une éducation scolaire réussie repose d’abord sur une très grande unité entre les éducateurs. D’où l’importance de l’équipe et de la proximité. Les jeunes comprennent très vite où sont les failles.
Qu’est-ce qu’un directeur d’établissement scolaire libre ?
La liberté du chef d’établissement passe par plusieurs domaines :
On peut tiquer, car est évoqué le principe de subsidiarité qui avec le principe de primauté forme les deux pôles d'une gradation dont la jauge est laissée à l'arbitrage du fédéralisme, concept si cher au penseur d'extrême droite Alain de Benoist (c'est l'un des quatre piliers de sa philosophie).
La Bastyon de la résistance sur Facebook a écrit ceci :
Les faits révélés par l’émission Cash Investigation sont intolérables. J’ai immédiatement saisi le procureur de la République et demandé le contrôle des établissements mis en cause
, a annoncé sur X le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, dimanche 1er février 2026. En interview sur LCI le même jour, le ministre a nommément cité le collège privé de l’Espérance, en Vendée, sur la dimension de racisme
.
L’établissement catholique sous contrat de Sainte-Cécile est sous le feu des projecteurs après la diffusion, jeudi 29 janvier, d’un reportage de Cash Investigation. Trois anciens élèves y dénonçaient notamment des violences, ainsi qu’un climat raciste et négationniste. En septembre, Ouest-France avait parlé des remous suscités par cet établissement, où 200 élèves sont scolarisés, du CP à la terminale. Vendredi, le syndicat d’enseignants FSU 85 a réclamé la résiliation sans délai du contrat d’association de...
Sources :
Society : https://truestoryaward.org/story/556
Streetpress : https://www.streetpress.com/sujet/1698230999-notre-dame-orveau-lycee-fafs-extreme-droite-cacqueray-lepen-villiers-chatillon-gud-cathos-tradis
Bastyon de la résistance : https://www.facebook.com/161LRB/posts/un-%C3%A9tablissement-scolaire-de-vend%C3%A9e-exclut-les-fillesdeux-cents-trente-%C3%A9l%C3%A8ves-so/1104895278493894/
Ouest-France : https://www.ouest-france.fr/faits-divers/violences/cash-investigation-sur-les-violences-a-lecole-nos-revelations-sur-des-alertes-depuis-10-ans-a-lesperance-en-vendee-977690ee-0016-11f1-8cae-30ca3642bcdf
Cash Investigation (France Télévision) : https://www.franceinfo.fr/replay-magazine/france-2/cash-investigation/cash-investigation-periscolaire-etablissements-prives-enquete-derriere-le-portail-de-nos-ecoles_7732255.html