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Publié par Anthony Le Cazals

Le problème du recrutement des élites est l'un des problèmes essentiels que pose le fonctionnement d'une démocratie
 

Comment se recruterait, comment se constituerait en classe dirigeante et en conseil de gouvernement cette aristocratie nouvelle, toujours à renouveler, du talent, de la compétence, et surtout du caractère ? Tout le problème de l’organisation de la démocratie est là ; nous ne l’avons pas résolu. Il ne se résoudra, il ne pouvait se résoudre que par une série de tâtonnements et d’essais, comme il convient à un problème radicalement nouveau, pour la solution duquel il n’existe aucun précédent, aucune analogie sur quoi se régler. Mais tandis que travaillerait ainsi à se resserrer ou même à se refaire, sous une forme imprévisible et neuve, la cohésion relâchée et parfois rompue entre les éléments de la nation, il fallait que la société fût défendue contre l’ennemi du dehors et aussi — les Républiques de 1792 et de 1848 ne l’avaient que trop prouvé —contre le désordre intérieur. C’est cette fonction protectrice, et cette fonction seulement, que la France, par un sûr instinct, assigna à son gouvernement pendant tout le cours du xixe siècle. Elle lui demandait d’affirmer son autorité et pourtant de ne la pas croire définitive, d’être fort et néanmoins, autant que possible, de laisser faire : il serait l’enveloppe solide à l’intérieur de laquelle s’élaboreraient les modifications profondes et d’où sortirait pour prendre son essor, quand lui auraient poussé des ailes, la société métamorphosée. Longtemps la France espéra que la famille de ses rois, à laquelle elle restait pieusement attachée, consentirait à comprendre ainsi son rôle.

Sources :
Nathalie Carré de Malberg, Le grand état-major financier : les inspecteurs des Finances, 1918-1946, p. 27, repris par Laurent Mauduit, La Caste, éd. La Découverte, 2018, p. 81.

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