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Publié par Anthony Le Cazals

J’ai eu l’occasion de dire que la philosophie de Deleuze était, comme la mienne, de type classique BdDE_83. Qu’entend-on par classique ? Les malentendus apparaissent. Pour Badiou, est classique toute philosophie qui ne se soumet pas aux injonctions critiques de Kant BdDE_69. Il fait comme si le procès intenté par Kant à la métaphysique était nul et non avenu BdDE_69. Deleuze aura une toute autre vision de la philosophie ou plus exactement du système philosophique. Pour lui, la tâche est bien de mettre en question, par la contemplation naïve du temps, le concept de Vérité. C’est par là que Kant est le dernier philosophe classique, jamais il ne met en question la valeur de la vérité DzNP_108. C’est bien la pensée de Badiou qui est classique en ce qu’elle est liée à la vérité BdDE_94. La philosophie de Deleuze est toute aussi systématique et abstraite BdDE_30, comme celle de Badiou pourtant elle n’est aucunement une métaphysique de l’Un immuable, c’est-à-dire un système fondé sur les genres comme entités génériques, mais bien un système secrété en fonction des circonstances, une « hétérogenèse » basée sur l’Un-Tout. C’est ainsi que l’on pouvait comprendre que leurs classicismes contrastés ne pouvaient parvenir à s’entendre BdDE_69. Monisme et dualisme entendus par Deleuze ne sont en rien l’Un et le Deux tels que les entend Badiou. Lui-même dit que la dualité n’est pas le Deux ou pour rester dans le refuge de l’abstraction : l’indiscernable est ce qui soustrait le Deux à la dualité BdC_182. Au final, Un et Deux ne sont que contingence et nécessité. Pas plus que l’Un et le Deux ne sont des problèmes deleuziens, pas davantage la question posée par Deleuze n’est la question de l’Être BdDE_32. Relevons bien que l’Être, l’Un, le Tout, est le mythe d’une fausse philosophie toute imprégnée de théologie DzLS_323. Il n’y aurait rien à interpréter, mais alors comment comprendre toutes ces petites subtilités : l’unité n’est pas l’« Un contingent » ou la dualité n’est pas le « Deux nécessaire » ou « l’égalité ». Ce ne sont que des dénominations abstraites pour ce qui ouvre au déterminisme de la « loi du Même ». Le « Même » étant ce qui dans le parcours de l’existence fait retour comme problème à résoudre ou comme choix à opérer. Tout un jeu de gabegies qui nous ferait presque oublier que la philosophie d’Alain Badiou est toute imprégnée d’universalisme à la Saint Paul, de pythagorisme, et demeure à la fin des fins une posture de prêtre qui fait ressurgir sous la forme de l’Un, le Dieu-Liberté. Pour avoir introduit l’« infini actuel », nous devrions avoir une dette infinie envers Badiou. Parler d’infini ou d’excès et avoir un attrait pour eux, n’est-ce pas d’emblée bloquer tout mouvement en le soumettant au Repos, à l’immobilité sans mesure de l’infini. Parler d’infini plutôt que calculer les moments de rencontre c’est s’empêcher d’envisager le mouvement comme état qui ne produit aucun effet, ce qu’il est depuis Galilée. L’infini fait resurgir le prêtre qui s’appuie sur la détresse pour imposer son esprit. La dette infinie à laquelle nous convie le prêtre ne nous fait que différer le jugement de la loi et de l’« être ». C’est tout le problème avec les devenirs et la conception de la vie comme mort lente.

 

Prisonnier du temps. Quand le temps sort de ses gonds, nous devons renoncer au cycle antique des fautes et des expiations pour suivre la route infinie de la mort lente, du jugement différé ou de la dette infinie. Le temps ne nous laisse pas d’autre alternative juridique que celle de Kafka dans le Procès (genesis, le devenir en grec) : ou bien l’« acquittement apparent » ou bien l’« atermoiement illimité ». DzCC_47.


Alors selon Deleuze, nous rejoignons l’exercice déréglé de toutes les facultés. Cet exercice nous fait parvenir via l’inéluctable 643 à un nouvel horizon, parce que la limite fixée par Kant à l’expérience est franchie. L’impératif catégorique et la loi morale sont de meilleurs abris que les abris physiques contre la confrontation à l’inéluctable.

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