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Publié par Anthony Le Cazals

Chacun peut mettre en relation son discours avec une chimère qu’elle soit imaginaire ou symbolique comme le Bien, la Liberté, le Virtuel. L’opposition toute métaphysique entre l’être et le devenir est classique mais pas quantique 411 : le devenir est un processus (seconde chimère) qui s’écarte d’une procédure idéale (première chimère). L’innocence du devenir est pour Nietzsche une manière apparente de sortir de la métaphysique et de s’abstraire d’une morale du jugement : le devenir n’est pas de l’ordre de la représentation ou de l’histoire rapportée. Nietzsche pense pouvoir justifier le « devenir » par une exigence « libératrice », qui sert de guide à un dépassement de la morale et à une dépense d’énergie inouïe. Epargnons-nous alors la maxime qui consiste à ne pas se laisser réabsorber par la souffrance originelle, car l’innocence du devenir n’existe pas sinon comme une fuite et non un combat. Ce qui a nécessité à être justifié n’existe pas par soi, n’est pas autonome. Le devenir, bien qu'innocent comme cherche à le prouver Nietzsche, est toujours en procès contre l'être. C’est le jugement que lui ont fait certains Grecs, Eléates puis Athéniens. Trouvons-nous des trajectoires complémentaires à ces contingences radicales ou déviances que sont les « devenirs ». Certes les existences joyeuses ne s’inscrivent dans les livres d’histoire, puisque les histoires se terminent toujours par la morale comme quoi « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », mais il ne faut pas hésiter à abandonner cette innocence pour enclencher le combat. Dès lors plus rien n’est négociable et le combat réclame quelques sacrifices. Il s’agit de ne pas se résigner à la subjectivité décadente 711 pour nous faire rencontrer la dimension impersonnelle. C’est ce qui conduit à la dimension impersonnelle que l’on retrouve chez Nietzsche. Dès le début de l’écriture de Naissance de la Tragédie, Nietzsche, en étant ambulancier pendant la guerre de 1870, est confronté à la dimension impersonnelle propre à la guerre. Ce combat peut très bien être une représentation dionysiaque, la mise en scène d’une tragédie, dès lors qu’elle pousse le public à l’action, à faire. 


Résignation malgré la chimère —La honte c’est que nous n’ayons aucun moyen sûr pour préserver, et à plus forte raison faire lever les devenirs, y compris en nous-mêmes. Comment un groupe tournera, comment il retombera dans l’histoire, c’est ce qui impose un perpétuel « souci » DzP_234.


Même Deleuze finit par se résigner quant aux devenirs. Il reste une forme d’innocence qui ne tient plus lieu du devenir ou du procès mais d’un état d’équilibre, le « ni honte ni haine », « ni dépit ni orgueil ». Cela consiste à ne plus problématiser ou à surdéterminer par quelque chimère abstraite, à ne plus forcer quelque trait de vérité pour en magnifier l’ennuyante évidence. Au tribunal de la vie — qu’est la philosophie académique — se joue encore l’innocence du devenir. Que nous disent Nietzsche et Deleuze ? Que les philosophes ne sont plus juges mais avocats, ils ne jugent plus la vie mais la défendent, ils  intercèdent en sa faveur. Et que plaident les avocats ? L’innocence du devenir. Cela ne veut pas dire que le combat soit remporté : en étant un intercesseur plutôt qu’un juge rien ne prouve que l’on sera créateur mais par contre on se met à penser, à poser des signes. C’est jusqu’à la nouvelle forge des valeurs toujours l’être qui a gagné au jeu de la petite devinette : Que devient le chat de Schrödinger ? On continue toujours à se poser des questions métaphysiques, c’est un travers de l’existence qu’on nomme décadence : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » « Pourquoi te poses-tu cette question plutôt qu’une autre ? », etc...  mais il serait naïf de croire que l’affirmation du devenir nous sort de l’interrogation sur l’être, qui n’existe pas dans les peuples non décadents comme les Russes, les Hébreux, les Créoles, les Chinois, parce que leur langue ne possède pas l’auxiliaire statique au présent. Nietzsche, sans l’exprimer clairement au départ, demeurait insatisfait ; l’insatisfaction, le sel de la vie comme il dit, c’était peut-être là, ce que recouvrait l’intérêt pour le devenir ; il savait très bien que l’innocence du devenir n’était pas pour nous — ni pour le sage qui est tout en mouvement et en puissance —, que l’éternel devenir était inefficient. Le devenir tôt ou tard tombe sous le couperet de l’attente d’autrui et il ne sert à rien dès lors de se justifier face à ce qui juge et qui a déjà préjugé de vous.


Illustration. —  Je me suis toujours efforcé de me prouver l'innocence du devenir : et vraisemblablement je voulais parvenir ainsi au sentiment d'une totale « irresponsabilité » — m'affranchir de la louange et du blâme … de poursuivre des buts qui se rapportent à l'avenir de l'humanité. La première solution, ce fut pour moi, la justification esthétique de l'existence. Cependant : «justifier  » même ne devrait pas être nécessaire ! ... La deuxième solution fut l'objective absence de valeur de toute notion de culpabilité et l'idée du caractère subjectif, nécessairement injuste et illogique de toute vie. La troisième justification fut la négation de tous les buts et l'idée du caractère inconnaissable des causalités. La salvation par l'apparence… : le principium individuationnis et toute morale au profit de l'individu constituent une vision salvatrice. Morale, moyen, rester au sein de l'individuation, et ne pas se laisser réabsorber par la souffrance originelle NzFP°IX,7[7].  Sur la justification esthétique : l’existence et le monde ne sont justifiables qu’en tant que phénomène esthétique NzNT°24.


En résumé, le devenir, ce concept abstrait, bien qu'innocent (Nietzsche ou Artaud), est toujours en procès contre l'être et le jugement que lui ont fait certains Grecs (Eléates ou Athéniens). Trouvons lui d'autres trajectoires et abandonnons-le.

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DejaSurhomme 07/02/2015 22:01

Tu n'as vraiment pas maitrîser le concept du chameau, le lion et l'enfant. Tu as encore moins compris les moindre notions sur le Nihilisme chez l'auteur. Qui déconstruit, combat. Comment peux-tu dire qu'il fuit ?