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Publié par Anthony Le Cazals

 
Cher collège des professeurs de Paris 1

Mesdames, Messieurs

Il y a exactement un mois paraissait le 24 octobre le livre de David Lapoujade. Etant un parmi les lanthanontes ou ce que Mme Jacquet nomme les transclasses, je ne souhaitais pas intervenir avant qu'il y ait publication. Je me doute que Gilles Deleuze n'est pas votre tasse de thé toutefois je me permets de vous indiquer cette citation tirée de l’introduction de ma thèse (déposée le 16 octobre 2012, mise en ligne en février 2013, envoyée à 7 autres enseignants de Paris 1, le 29 avril 2013, plus une centaine de personnalités de l'ENS), p. 23 :

"...C’est là l’envie de se dépersonnaliser en s’attachant davantage aux signes, aux intensités impersonnelles qu’aux personnes qui « affectivement » nous entourent : le mouvement aberrant qu’est la déterritorialisation chez Deleuze. Tout en se dépersonnalisant l’un l’autre, les penseurs portés vers les signes se singularisent dans des intensités inouïes, ce que nous appellerons par la suite avec Deleuze l’éternité, l’éternité dans le sens nouveau que cherchent à amener Nietzsche ou Spinoza comme éternité de coexistence. ..."


Je ne donne ici qu'une partie des éléments factuels montrant ma bonne foi et mon incompréhension face à l'attitude de Monsieur Lapoujade. Je pense simplement que celui-ci fait du tort à votre noble institution, mais peut-être pas à la recherche Sans doute Monsieur Lapoujade ne sait-il pas que le premier des mouvements aberrants est celui du boomerang et qu'un jour ou l'autre il vous revient en pleine tête.
 
Outre que cette citation est suggérée p. 19, nombre de thèmes de mes recherches se trouvent avant la p. 45 et après la p. 245, comme si le livre avait été écrit en deux strates la plus récente disant que les peuplements de la terre tirent leur légitimité des mouvements aberrants des nomades (en réponse à la question quid juris ? alors qu'il figure une seconde thèse antérieure : "Les Etats seuls  peuplent la terre légitiment dans la mesure où seul leur occupation est "fondée" (DMA, p. 233). Ceci pour avancer qu'après lecture de ma thèse envoyée à Monsieur Lapoujade (comme à cinq autres membres de votre collège) et mise en ligne en février 2013 (je lui ai envoyé un mail le 3 janiver 2013 pour le prévenir de mon envoi futur), celui a intégré certains axes de mes recherches tout en ne le signifiant pas, pour preuve les thématiques de "grande politique" (p. 43-44) ou d' "autonomie" associé au "saut" quantique ou démonique (p. 296, le certes est amusant) qui ne sont pas deleuzienne. La "grande politique" était déjà une thématique importante de mon mémoire de 2004 dont Monsier Lapoujade directeur, mais elle ne figure jamais chez Deleuze. La partie II porte explicitement sur la "déterritorialisation". Je me suis mis à surligner les coïncidences ou ces allusions. Peut-être Monsieur Lapoujade ne se souvient-il pas m'avoir eu comme étudiant comme un certain nombre d'entre vous. J'accepte que mon discours, empressé, après ne soit pas au niveau même si déjà à l'époque pour parler des mouvements aberrants, je parlais de non-fixations, de dégagements, enfin de débordement allié au peuplement jusqu'à trouver cette périphrase bergsonienne : mouvement aberrants. Mais ce n'est pas un concept, pas besoin de rétroviseur, de clignotant pour doubler les auteurs selon une métaphore deleuzienne (qui rejoint la citation Lapoujade, DMA, p.10, 128n30).
 
 
Au cas où vous douteriez de mes antécédents et recherches, je ferais un texte explicitant les mouvements aberrants ou intempestifs dans leur positivité, Mais le contre-intuitif, c'est-à-dire ce qui ne découle pas intuitivement du rationnel en tant que suffisance est déjà présent chez Bourdieu dans son Auto-critique, je ne me serais pas amuser à vous faire le rapprochement en un mois, si je n'avais étudier la chose (voir aussi Alain Berthoz, la simplexité, Odile jacob, 2009, P. 112). Monsieur Lapoujade cite beaucoup d'exemples, peut-être trop, et pourtant il rate est sans doute le solécisme gestuel comme expression corporelle d'un dilemme (Logique du sens, p. 330). Si les aberrations de mouvement sont un concept deleuzien et par là relève de l'Ouvert, de la spirale comme pli infini ou élévation à l'infini de la substance (immanente en tant que la causa sui contient son effet). Ceci est indiqué dans la citation du cours 30 janveir 1984, où l'on voit que les aberrations comme variation relèvent de l'image-mouvement. Il en va tout autrement des mouvements aberrants qui eux relèvent de l'image-temps. Ce que ne juge pas pertinent Monsieur Lapoujade. Vous retrouveriez les mouvements aberrants dans ma gestuelle dégingandée, qu'il m'est difficile d'inventer, comme dans ma pensée ici exposée. Ils sont la positivité non-conceptuelle qui permet de sortir des définitions données par Michel Foucault et par Gilles Deleuze, comme théologie négative (définition par soustraction si vous préférez) et comme contre-pensée (Mille Plateaux p. 487). Il est donc fort embarrassant pour moi que l'on puisse créer un concept sur mon "dos" (cité par Lapoujade, DMA, pp.10, 128n30). Je veux bien que Monsieur Lapoujade évince le meilleur de la recherche philosophique hors de la Sorbonne illustrant par là sa théorie de la prétention (comme le coucou qui écarte les œufs du nid). La sentence fixée d'avance est énoncée par retournement ou, comme il l'appelle une réversion, qui pose l'envers du pervers (p. 128-129). Oui dans son livre, Monsieur Lapoujade s'assume en des théories perverses (ramenées à "son cas", p. 90), cette vision de la perversion relève du monde classique et non quantique. Le monde quantique se rapproche de la définition deleuzienne du "pervers" comme hésitation objective (Logique du sens, p. 326) et non de la définition lacanienne de la perversion comme retournement à l'envers. Pardon pour ce laïus mais le Dehors comme activité ne peut être nullement un envers ou rabattu comme tel. puisque pour le dire tout de go, les mouvement aberrants de la lumière tels que j'en ai développé l'étude en parallèle avec Monsieur Bitbol (qui m'a conseillé Etienne Klein dans le jury de ma thèse).
 

Patrice Loraux aime à citer cette phrase de Dostoïevski, l'important n'est pas d'avoir commis une crime mais de savoir ce qu'on en fait. Mon action n'ira pas plus loin. Elle se limitera à quelques textes réunis ici (en cours d’amendement) car une colère saine est une colère courte. En cela je remercie Monsieur Lapoujade qui justifie du bien fondé de mes recherches, car pour transposer Gilles Clément « Faire le plus possible avec, le moins possible contre. ».

Si je vous demande instamment de ne pas faire corps avec Monsieur Lapoujade, ce qui le but principal de mon mail, je vous recommande aussi, au vu des liens qu'il fait entre mouvements aberrants et autodestruction ( ou encore toutes les allusions à "la mort" (p. 238 surtout, 22-23, 83-85, 143, 176, etc. ...), de l'entourer à votre manière de manière personnelle. Vous jugerez ma remarque naïve sans doute. Je ne suis pas quelqu'un d'inhumain mais de respectueux. Dit plus explicitement, les deux strates de qui composent son livre me font dire combien leur antagonisme soumettent Monsieur Lapoujade comme une poutre à des forces de cisaillement. Mes propos seont peut-être jugés déplacés mais il y a un passif chez les deleuziens.
 
Donc je crois bien, Mesdames, Messieurs, exprimant par là mes sentiments respectueux, que l'on m'a fait un bébé dans le dos avec quelques contre-sens.
 
L'ensemble des articles sera repris ici.
Le sommaire de thèse est ici
 

Anthnoy Le Cazals

David Lapoujade

David Lapoujade

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oyseaulx 26/11/2014 00:42

À noter que, sans similitude verbale, il n'y a pas plagiat au sens judiciaire. Deleuze, qui m'avait plagié dans Mille-Plateaux, avait pris soin de changer les termes.

Anthony Le Cazals 26/11/2014 03:55

Monsieur Lapoujade n'est pas un imbécile, mais un "pervers" très doué (qui n'a pas compris le pervers klossovkien mais le pervers masochien ou lacanien, ce pourquoi Monsieur Lapoujade associe le dehors de l'hétérogenèse à un envers et non au divers qu'est l'hétérogène : c'est un des contre-sens qu'il fait et qui fait que son livre rabat tout sur "l'auto-destruction" et "la mort").

oyseaulx 26/11/2014 00:38

Trop de références m'échappent pour me former une idée. Il faudrait produire une édition "bilingue" comme chez Bude, pour juger, le texte plagiant et le texte plagié publiés côté à côte

Anthony Le Cazals 26/11/2014 03:55

Je le fais. Mais ce sont étrangement des axes qui sont repris.
http://www.paris8philo.com/2014/11/david-lapoujade-plagiaire-les-indices-simples-coincidences.html

utopie&politique 25/11/2014 16:38

Bravo pour votre réaction! Trop de chercheurs "laissent" passer sans rien dire! On connait cette triste chanson dans l'édition, mais elle fait vraiment grincer des dents dans ce haut lieu du savoir qu'est l'université !