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Publié par Les étudiants de Paris 8

CONSERVATEUR / Marcel Gauchet

Marcel Gauchet

Historien à la trajectoire réactionnaire (?), conservateur de gauche.

Parcours
Penseur réformiste de gauche, héritier du libéral Raymond Aron, critique du marxisme, ainsi que de Pierre Bourdieu et de Michel Foucault – idoles de la gauche contemporaine –, Marcel Gauchet ne peut pas faire l’unanimité. (1)

Faits
Il est à l'origine de l'expression la fracture sociale que l'on attribuera à son ami Emmanuel Todd du fait d'une note de la fondation Saint-Simon de 1994 (1) (2). elle sera reprise dans un discours de Jacques Chirac du

Propos
Sur la fracture sociale : « Il est devenu indécent d'en parler [de la lutte des classes], mais ce n'est pas moins elle qui resurgit là où on ne l'attendait pas pour alimenter la poussée électorale continue de l'extrême droite (...) Un mur s'est dressé entre les élites et les populations, entre une France officielle, avouable, qui se pique de ses nobles sentiments, et un pays des marges, renvoyé dans l'ignoble, qui puise dans le déni opposé à ses difficultés d'existence l'aliment de sa rancœur.  » (3)
Sur les droits de l’Homme : « Je ne critique pas les droits de l’Homme, je critique les applications qui en sont faites et les conséquences qu’on prétend en tirer, ce qui est fort différent. Il n’y a pas grand sens à critiquer les droits de l’Homme si on y réfléchit un peu sérieusement : ils sont la seule base sur laquelle nous pouvons établir cette chose essentielle dans une société qu’est la légitimité. » (1) « Maintenant, ce qui légitime ne peut pas se substituer à ce qui est à légitimer : l’ordre politique ou l’action historique. En Europe, c’est la folie du moment que d’être tombé dans ce panneau. C’est ce qui produit ce dévoiement que vous résumez très bien : la réduction du processus politique à la coexistence procédurale des libertés individuelles. Mais ce n’est pas le dernier mot de l’histoire, juste une phase de délire comme on en a connu d’autres. » (1)
Sur l'immigration : D'un ami de Marcel Gauchet « La société politique française n’a pas été capable de faire face au problème de l’immigration. Elle l’a longtemps évité. Elle ne s’en est finalement saisie qu’au travers de deux mouvements démagogiques de sens contraire, démagogie des mauvais sentiments avec le Front national, démagogie des bons sentiments avec S.O.S.-Racisme. Il faut préférer sans aucun doute les bons sentiments aux mauvais, mais il faut rappeler surtout que les sentiments, fussent-ils les meilleurs, ne font pas une politique. Allons-nous abandonner le terrain à l’affrontement du délire xénophobe et de la fantasmagorie égalitaro-différentialiste? » (4) « L’ immigration continuera. À nous de savoir si ce sera sous une forme anarchique destinée à enfler encore une protestation xénophobe empoisonnant la vie civile et paralysant la vie politique ou sous la forme d’orientations publiques débattues comme telles et définies en fonction des besoins de la collectivité. » (4)
Sur la politique et les différences culturelles : « De la même façon, cette vision de l’équilibre à respecter entre droit et politique permet d’échapper au relativisme culturel, qui fait d’ailleurs système avec le droit-de-l’hommisme. S’il n’y a que des individus et leurs droits, alors toutes les expressions culturelles émanées de ces individus se valent. Mais s’il existe des communautés historiques qui ont leur consistance par elles-mêmes, alors il est possible de les comprendre pour ce qu’elles sont, d’abord, en faisant aux cultures singulières la place qu’elles méritent et, ensuite, en les distinguant au sein d’une histoire où nous pouvons introduire des critères de jugement. C’est, de nouveau, une affaire de composition entre des exigences à la fois contradictoires et solidaires. » (1) C'est là la vision platonicienne du politique, gardien de la cité, en quelque sorte ingénieur social, qui doit composer entre les antagonismes extrêmes.
Sur le grand débat macronien : « J'étais effectivement sur la liste des invités [du débat d'Emmanuel Macron le 18 mars 2019 avec 64 intellectuels à l'Elysée]. Par philosophie, lorsqu'un conseiller de l'Elysée m'a demandé si je suis prêt à discuter avec le président j'ai dit bien sûr oui je ne vois pas au nom de quoi je refuserais. Mais discuter ! Et le samedi qui précède le débat, j'apprends par la directrice de France Culture, où le débat devait être retransmis, que nous serions une soixantaine et que, par conséquent, nous aurions chacun deux minutes pour poser une question au Président et que malheureusement nous n'aurions pas la possibilité de réagir à ce qu'il nous répondrait.  Dans ces conditions, je ne voyais pas l'intérêt de ma participation. L'objet n'était évidemment pas de discuter avec des intellectuels mais de montrer que même devant les intellectuels le président avait la réponse à tout c'est bien cela que l'on a mis en scène. Il s'agissait, c'est évidemment, de tout sauf d'une discussion » (2)

Ses références (A quoi sert l'autorité sinon de bride ?)
Raymond Aron (1)

Son réseau :
Bernard Manin. « vous faites sans doute allusion à l’analyse de mon ami Bernard Manin. » (1)
Emmanuel Todd (2)

Avis
« Marcel Gauchet est un rebelle contre les rebellions et les révoltes. Participer à une manifestation «publique» (on ne peut désormais plus l’appeler «intellectuelle» ou «culturelle») qui semble vouloir lui accorder une certaine importance s’avère dès lors impossible. Ce serait faire comme si nous nous inscrivions dans un même monde que ce militant de la réaction. Cela reviendrait à être complice d’instances qui font exister dans l’espace de l’acceptable des idéologies néfastes et inquiétantes. Ce serait ratifier une entreprise de falsification, de fabrication et de mise en circulation de fausse monnaie. Bref, ce serait prendre part à l’une de ces innombrables opérations qui, dans le champ culturel, intellectuel ou médiatique, veulent toujours neutraliser les conflits ou les oppositions, installer une scène où l’on débat, ce qui revient à légitimer les opinions les plus violemment conservatrices et à construire un espace public et politique dans lequel circulent des thématiques, des problématiques et des visions engagées dans un combat contre tout ce qui cherche à affirmer un projet émancipateur et à défendre une inspiration critique. » (5)

Défendu par Beigbeder « L’écrivain plaintif est de retour », commence Beigbeder. « On imagine Édouard Louis cherchant de l’inspiration : “Voyons voir… De quoi pourrais-je me lamenter aujourd’hui ? Le racisme et l’homophobie des ch’tis ? c’est fait ; une pétition contre Marcel Gauchet ? c’est fait… ah oui ! Il me reste la maladie de papa” »

Sources
1. Le Comptoir, Marcel Gauchet : « Le non-conformisme est globalement passé du côté conservateur », 14 octobre 2015, par Kévin  Boucaud-Victoire.
2.  Emmanuel Todd et Marcel Gauchet, « La France sous Macron : de la fracture sociale à l’explosion ? » Critique de la raison européenne,26 mars 2019.
3. Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, 1985.
4. Un ami de Marcel Gauchet, Les mauvaises surprises d’une oubliée : la lutte des classes, sur le blog des amis de Marcel Gauchet, 8 septembre 2015.
5.  Geoffroy de Lagasnerie et Edouard Louis, Pourquoi nous appelons à boycotter les Rendez-vous de l’histoire de Blois, Libértation, 30 juillet 2014.

 

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