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Publié par Jean-Charles Robin

 Le Travailleur (Der Arbeiter, 1932). Antithèse métaphysique du Bourgeois utilitariste, la Figure du Travailleur se fond dans celle du Soldat, tous deux fruits de la technique et d’une « mobilisation totale » d’icelle. Le Travailleur préfigure, en quelque sorte, dans une perspective aristocratique (élitaire et prussianiste), la Figure de l’Anarque en ce qu’il incarne le « réalisme héroïque » d’une nouvelle race d’hommes, holistes, souverains « de grand style », aptes à maîtriser la technique, cette démiurgie de la toute-puissance qui consacre le retour d’une nouvelle Titanomachie hésiodique de type universel – « planétaire », disait même Jünger.

Bien que non marxiste, Le Travailleur fut très mal reçu, tant chez les nationaux-socialistes que dans une large frange de la révolution conservatrice, preuve que cette pensée tellurique – de laquelle Jünger finira par s’écarter radicalement, sous l’influence déterminante de son frère Friedrich Georg – était aussi novatrice que déroutante. Lecteur attentif de cette œuvre « inactuelle », – « bloc erratique », selon Armin Mohler, secrétaire de Jünger –, pourvoyeuse d’un véritable mythe sorélien, Heidegger la critiquera âprement comme célébration optimiste d’un « nihilisme actif » que dépasserait l’avatar nietzschéen d’une volonté de puissance métaphysique, persistant ainsi dans « l’oubli de l’Être ». Pour Heidegger, on ne peut dépasser le nihilisme par la métaphysique ; il faut emprunter le sentier vers la demeure de l’Être.

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