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Publié par Anthony Le Cazals

Aujourd'hui, un juif diasporique ne peut être qu'un fils illégitime du judaïsme

 La position du fils illégitime  est celle du deuil derridéen : comment poursuivre une tradition sans s'y identifier? En acceptant la position du fils, sans se soucier d'aucune forme de légitimité. Ont été illégitimes par rapport au judaïsme, chacun dans leur domaine : Spinoza, Marx, Freud, Rothko, et aussi Derrida  lui-même (et encore des milliers d'autres, comme les historiens de l'art Warburg et Meyer Schapiro). La tradition juive est l'une des seules qui soit fière de ses fils illégitimes.

Le fils illégitime est créatif, productif. Il est le point de départ d'une nouvelle lignée qui ne démarre pas de rien.

 Jacques Derrida distingue trois types de deuil :

- l'échec du deuil selon Freud. C'est le deuil mélancolique et suicidaire, quand nous incorporons le mort en tant que mort. Il nous entraîne dans un comportement mortifère.

- le deuil réussi au sens de Freud. Il y a introjection du mort et non pas incorporation. Selon Lacan, cette introjection est symbolique. Elle devient la loi du désir. Quand le fils est légitime, il introjecte le désir du père comme le sien propre - il l'ontologise (il s'identifie à lui). Il peut le critiquer, s'y opposer, il ne s'en détache pas.

- un troisième type de deuil qu'on pourrait qualifier de deuil derridéen. Cette position est celle du fils illégitime. Il choisit de recueillir une part d'héritage mais, en lui, l'autre reste autre, hétérogène, hétéronome. Le père n'y reconnaîtrait pas ses petits (qui le sont néammoins). On ne détruit pas le spectre. On ne l'incorpore ni ne l'introjecte. On le laisse vivre (à la façon d'un spectre). On le respecte mais on est circonspect sur ses injonctions : certaines sont suivies, d'autres non, en fonction des circonstances, de la situation et des événements, et aussi en fonction de la lignée dans laquelle on désire se situer (passée et future). On ne se positionne pas sur le versant calculable et connaissable de la lignée, mais sur son côté imprévisible. On ne s'inscrit pas dans le temps, mais dans l'intempestif ou l'anachronique, on fait craquer les signes et les croyances.

Pour le fils illégitime, celui qui recoit l'héritage non-voulu, l'expérience formatrice est celle de l'antisémitisme. Exclu de son école parce que juif, il a rejeté d'un même mouvement le pouvoir vichyste et l'école juive, évitant tout lien avec l'un et l'autre côté. Se méfiant de la distinction entre juifs et non-juifs, il s'est retranché  de toute communauté, il s'est destiné à l'errance.

Le judaïsme comprend au moins trois éléments. 1/ Le Juif est celui qui respecte les préceptes de la tora, une posture qu'on peut résumer par la formule traditionnelle : Nous ferons et nous entendrons. C'est le facteur religieux. 2/ Les juifs sont un peuple. Certes ses limites sont variables. Selon les époques, le nom du père, la religion de la mère et d'autres facteurs généalogiques ou juridiques (par exemple l'acte de mariage, la ketouba) ont été pris en considération. 3/ Avec l'élément supplémentaire commence la difficulté. Dire Moi, je suis juif, implique autre chose. Le Juif est porteur d'un secret, d'une élection, d'une expérience  ou d'un je ne sais quoi énigmatiques, que l'on qualifie de judéité faute de meilleur mot et pour désigner le fait qu'on peut être juif sans se reconnaître dans la religion ni dans la communauté. Selon Freud, ce troisième facteur est l'essentiel  du judaïsme, mais il ne prend pas le risque de l'expliciter.

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ritoyenne 24/06/2010 16:10



"Se méfiant de la distinction entre juifs et non-juifs"


Ce que tu devrais être maintenant assez sage pour immiter (visiblement, non).



Anthony Le Cazals 26/06/2010 21:36



Je ne pratique pas ce genre de distinctions dialectique et inepte entre être et non-être mais je remarque qu'il y a des cultures de basse et de hautes intensités (ou de basse et de hautes
définitiion), qui correspondent à l'usage de certaines pensées, les cultures de basse définition renvoyant toujours à leur origine ou identité et pratiquant volontiers des pensées axiomatiques
(si tu veux une pelleté de critique concernant les pensées axiomatiques, il suffit de lire mille Plateau de Deleze et Guattari. Voilà pour un éclaircissement.


Ce que tu opère ce sont des rabattements, car il ya dans ma tête pour cette question :


- des juifs de tradition


- des fils illégitimes (dont nombres de grands penseurs)


- des partisans des juifs (Nietsche en fut un, ami de paul rée qui était rejeté des wagner par l'oeuvre de la soeur anti-sémite de Nietsche qui révéla la chose). il voulait faire financer sa
grande politique par des banquiers juifs, c'est tout de même mieux que le Grand Oeuvre de Heidegger qui en percevait l'aboutissement possible dans le nazisme (puisque celui était mélangé avec le
dynamisme allemand de la Wehrmacht qui fils allégeance à Hitler avant que certaine noblesse allemande prenne ses distances à partir des défaites de Stalingrad et d'Afrique du Nord).


- après restent les "non-juifs" mais tu peux déjà y ranger les autres tout en ne comprenant rien à cette particularité que furent les croyants Spinoza et Bergson ou encore les athées Marx et
Freud.


Donc je ne sais pas pourquoi tu t'enferres dans ta posture. J'ai même eu une confirmation cette semaine avec un médecin de cette confession très heureux de me voir alors qu'on ne se connaissait
pas,.. mais je ne vais pas développper.


Je vais mettre une bibliographie dans le numéro 5 de la série.