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Publié par Anthony Le Cazals

« Toutes nos institutions actuelles sont comme des étoiles : nous en recevons la lumière, mais par les calculs de l'astrophysique nous savons qu'elles sont déjà mortes. Il faut changer de paradigme. Nous vivons une période comparable à la paideia grecque ou à la Renaissance italienne. Nous sommes condamnés à inventer d'inimaginables nouveautés. » A la Renaissance, il y a co-naissance de l'imprimerie et des humanités comme connaissance. C'est une synthèse dont l'âge classique fera la lente analyse des représentations. L’âge classique est celui qui élève à la puissance ce qu’il répartit en classes et conduit à l'apparition de la subjectivité et de l'idéologie comme la science d'analyse des représentations FcMC. La subjectivité n'est qu'une réaction à la Renaissance en fait, à la création de valeurs qui dépassent le temps mis en place par Galilée et l’espace mis en place par Brunelleschi qui sont des inventions de l’homme pour une période donnée comme expérience des représentations. À présent, il ne s’agit plus de représenter la matière à une époque où la lumière échappe à ce crible sous la force de l’électromagnétisme. Pour Michel Serres, puisqu’il s’agit de se trouver un bon imprésario, les nouvelles technologies et internet ne sont qu'un des paramètres de ce nouveau paradigme, qualifié de fini-illimité 331 comme dimension propre à la Terre. Cette thèse porte sur ce nouveau paradigme et ses répercussions dans différents domaines. Cela remonte à la fin XIXe et début du XXe siècle quand Nietzsche puis Planck et Einstein inventent le monde sans bord, le fini-illimité ou l'éternel retour de la grande raison. C'est la Grande raison quantique (complexité) qui succède à la petite raison classique connu au travers du principe de connaissance qu'est la raison suffisante ou subjectivité. La première procède de la convergence, particularité que Stiegler associe à internet comme convergence des moyens de communication et de savoirs, tandis que la seconde procède par cohérence d'un système symbolique de représentations. Les positivistes parlent à cet égard de spécialisation dispersive alors que les spécialistes, que nous nommerons des droitiers neurotypiques 972, les percevront comme des personnes se dispersant, puisqu’elles n’obéissent pas à l’ancienne table des valeurs logiques qui leur est si familière. L’étrangeté, l’originalité, l’habileté, tous ces noms regroupés à la Renaissance sous le terme terribilità* 327, sont perçus comme fautifs et non comme capables. La convergence est celle de ces métabolismes les plus actifs, qualifiés de singuliers par la métaphysique immanente en comparaison à ce qui est quelconque ou régulier. Ce sont ceux qui vont le plus vite et qui « impriment » les nouvelles valeurs, dans le bref laps de temps qui nous est laissé, comme nous y invitent Friedrich Nietzsche ou plus récemment Michel Serres pour ce nouveau paradigme. Il y a six ans ces propos pouvaient paraître farfelus au sein des anciennes institutions qui avaient découpé la pensée en prés carrés spécialisés. La crispation et l’obturation de cette effraction ne peuvent conduire qu’à un retard dont se lamentent ceux qui n’y participent pas. Leur subjectivité les aveugle et si on pense subjectivité, on pense à Descartes rêvant de l'arbre de la connaissance. Un Descartes qui pense en dormant ce n'est pas très rationnel, en fait, sauf à comprendre que la conscience intervient peu dans la pensée et que le contexte notamment langagier et le parcours de vie interviennent. L’exil et la décadence familiale, la généalogie de la lignée et la folie du père, constituent une mutation du contexte qui pousse les penseurs à être aux aguets et à exprimer leurs traits instinctifs hérités par une forme de conservatisme paradoxal. Ces traits instinctifs deviennent parfois très affectifs, Damasio nomme cela le vif DamHC_543/533, mais c’est surtout la complexité dont le multi-échelle (pas seulement le double scopique, micro- et macro-) est un des paramètres du nouveau paradigme. La prétendue neutralité du net en est un autre. ce qu'il est très difficile de faire admettre aux gens de l'ancien monde qui prônent la subjectivité, mais plus facile avec ceux qui prônent la subjectivité décentrée, comme une attente et une écoute issue d’une longue tradition familiale. Il y a eu la naissance de notre culture et non de notre civilisation avec les Grecs antiques, il y a eu la connaissance avec la Renaissance diluée ensuite dans l'âge classique, enfin il y a à notre ère quantique une seconde Renaissance. On pensera aux trois révolutions de la mémoire physique dont parle Bernard Stiegler (hypoménata), Michel Serres, Benjamin Bayart. Chacune conditionne une manière de communiquer qui conduit à une inflation d’informations. Pour être traitée énergiquement, cette complexité d’informations nécessite une économie de la contribution. Toute crispation à la Socrate ou toute grande prétention à la Alcibiade peuvent entraîner l’effondrement de cette complexité et anéantir le fonctionnement en réseau, irrecevable pour une culture de moindre intensité, comme un retour à l’époque des manuscrits et des copistes.

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