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Publié par Anthony et Fred

Petite discussion de comptoir entre Fred et Anthony sur le danger des machines à voter puis qui dérive sans rapport sur l'imposture philosophique de Badiou (sa posture à l'envers comme il dit, son inhumanité tirée de Le Siècle). Paris-philo
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Je viens de signer la "Pétition pour le maintien du vote papier", à cette adresse : http://ordinateurs-de-vote.org/vp . J'en parle autour de moi parce qu'il y a urgence.

Ce printemps, plus d'un million d'électeurs voteront obligatoirement au moyen d'ordinateurs, parce que leur mairie en a décidé ainsi : dans une grande partie des Hauts de Seine, à Amiens, Brest, le Havre, Reims, Le Mans, Mulhouse, etc... Une fraude pèserait sur le résultat des élections nationales.

L'urne transparente et le dépouillement public sont remplacés par un  ordinateur dont le résultat est invérifiable et dont on ne peut rien savoir pour cause de secret industriel.

Vous n'êtes pas au courant ? C'est normal, jusqu'à peu, il n'y avait aucune information sur ce sujet,
aucun débat... Voici une démonstration frappante (i-Télé, 6 min):
 

C'est marrant parce que je ne voyais pas les choses comme ça. Pour la première fois ce Week-end j'ai vu qu'on pouvait comptabiliser les "bulletins" blancs et ce de manière irréfutable car il y a obligation, je crois, à pouvoir voter blanc donc à rajouter une 13e touche.

// Sans rapport (puisque ça concerne la métaphysique) mais souvent une polémique naît comme ça //

Mais tu sais la même fraude est possible en philosophie, une bonne partie de la philosophie de Badiou se base sur une traduction de Parménide de Beaufret où sont rajoutés certains mots pour rendre attrayant le grec, j'ai trouvé une autre traduction de "Le même, lui; est à la fois pensée et être" chez Schopenhauer. Le truc, le tour de passe-passe c'est que badiou détache le "à la fois" qui n'est pas dans la traduction de Schopenhauer (Le fragment étant dans un écrit de Léonide l'Alexandrin, un nom dans le genre), ensuite Badiou hypostasie le "à la fois" comme un ensemble vide alors que cette expression n'existe pas dans la phrase grec, il y a seulement une nuance d'insistance avec le "te kai" (le "et" renforcé en grec ancien). Cette façon de faire, Wittgenstein disait qu'elle était typique des philosophes qui insiste trop sur un mot qu'il détache d'une phrase. C'est un peu comme les votes du parti de la fraude. Sur philosophie-en-france.net tu pourras voir un article de Zizek qui fait un renvoi d'ascenseur à Badiou en parlant de "génie", génie de la fraude philosophale. Julien Dutant à même fait un petit post là dessus, même s'il ne siat pas tout ce qu'il y a de lacanien dans l'histoire.

Bref tout la pensée de l'être de Badiou s'appuie sur une traduction approximative qui est mauvaise si l'on détache les mots les uns des autres. "C'est la même chose que penser et être" est valable aussi chez Spinoza, puisqu'une meilleure compréhension par la pensée produit pour Spinoza une augmentation de puissance d'existence, une aptitude plus grande à résoudre les problèmes. Mais Lacan, comme le relève Badiou dans Logiques des mondes, p. 568, ""a parfaitement vu dans "Encore" : " [...]que l'être soit supposé penser, c'est ce qui fonde la tradition philosophique à partir de Parménide. Parménide avait tort et Heraclite raison. C'est bien ce qui se signe à ce que, Héraclite énonce [ici Lacan cite le texte grec] il n'avoue ni ne cache, il signifie." Où l'on voit que celui qui a raison est celui qui remplace l'alternative se montrer / se cacher ou être et non-être - alternative dont Lacan dit plus haut qu'il la trouve "bête" - par la ruse de la signification. Lacan clarifie les raisons qu'a Platon de traiter Héraclite en adversaire et Parménide en "père. Je trouve ces raisons excellentes, et j'en tire les mêmes conséquences que Platon."" Mais Badiou oublie que Lacan dit dans un autre séminaire que "la hiérarchie est ce qui gère le sens" c'est-à-dire pour un non-deleuzien que tout ce qui est du ressort de l'être comme hiérarchie des représentations (qui conditionne ce qui apparaît) impose des significations.

 

 

Je te dis tout cela parce que j'ai vu dimanche un reportage sur M6 vers 23h00 sur Lepen et franchement Badiou me fait beaucoup penser à Lepen, la même façon d'avoir une humeur inégale, de ne pas aimé tout ce qui ne va pas dans son sens, le même côté paternaliste même. je sais bien que Badiou lui n'est pas raciste, il a adopté un fils black (16 ans) qui a même été en garde à vue lors des événements de novembre 2005.

 

Fin de la discussion - Apparemment toute cette discussion est infondées, tendancieuse est pourtant si vous regrardez la vidéo vous verrez que l'on peut truquer les machines à voter en l'ouvrant et en changeant un composant. Mais c'est ce que fait Badiou avec les mathématiques en en faisant par une "double rupture" (ouverture et changement de contenu) la mathématique, l'ontologie ainsi, je n'invente rien "le philosophe s'installe dans la fonction traditionnelle de garagiste de la mathématique : la mathématique marche mais ne sachant pas pourquoi elle marche, elle doit être démontée et révisée. Il est presque assuré qu'on en changera le moteur." C_173. Badiou parle de ré-intrication de la mathématique et de la philosophie afin de dissoudre le concept romantique de finitude C_175 et C_176, mais quelle différence entre ré-intrication et suturation quand c'est le contenu même d'une discipline créatrice que l'on touche. Comme le rajoute ailleurs Badiou "Toute suture est une exagération car… la philosophie aggrave les problèmes. Suturées à une de ses conditions, elle lui prête des vertus que, de l’intérieur de l’exercice de cette condition, on ne saurait entrevoir" MP_57.  La philosophie n'a pas à intervenir sur les disciplines qui la conditionne en ce qu'elles produisent des vérités, elle n'a qu'à relever les vérités que les sciences ou les arts produisent. Tout ceci partant du fait qu'il existe des vérités mathématiques. Pourtant notons bien, "la norme des mathématiques ne saurait être le vrai, car le vrai ne se laisse rejoindre par une fiction" OT_42 mais serait davantage le beau : "Le beau est la cause véritable de l’activité mathématique" OT_43. Donc si c'est c'est le beau qui sert de prétexte à l'emploi des mathématiques par la philosophie on voit bien qe dans ce cas la philosophie reste dans des a priori formels et n'atteint pas de formes a priori. Il y a donc une sorte de fraude quant à la fécondité de ce qu'elle avance. Le recours à la mathématique que Badiou tient fidèlement de son maître Lacan semble au travers de la double rupture où ontologie mathématique et mathématiques sont homonymes, un tour de passe passe invérifiable puisque nous ne sommes pas nous-mêmes les garagistes. Badiou oublie certainement que Lacan avait abandonné le mathème (la puissance de la lettre mathématique) pour les noeuds topologiques (voir le livre de Jean-Claude Milner, l'oeuver claire que Badiou à lui-même publié, pp. 163-167). Serpent qui se mord la queue.

 


 

Pour approfondir : Sur les occurrences du "même, lui, est à la fois pensée et être" nous avions déjà commis un post, même s'il n'est pas complet sur la question vous pouvez déjà aller y voir. voir Conditions p. 87, p. 250 et p. 279, Deleuze la clameur de l'être p. 117, Court traité d'ontologie transitoire p. 49 et p. 96, Logiques des mondes pp. 109 et 567+

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