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Publié par Anthony Le Cazals

La vie comme dernier refuge de l’idéalisme. — Il y a un travers philosophique qui consiste à croire que la vie n’est pas un tout, parce que la vie s’opposerait à la connaissance, car alors l’idéal de vie (le Tout) s’opposerait à l’idéal de connaissance (l’Un de la Raison). Mais par là on ne fait que reproduire l’existence de deux mondes. Si la vie était l’Etre ou le Tout chez Deleuze comment pourrait-il y avoir une affinité entre la pensée et la vie sinon à recréer une opposition entre la connaissance et la vie, bref une vie réactive s’oppose à la vie ou encore la vie s’oppose à la vie DzNP_114-115. Pourtant c’est ce qui arrive.  Sous le terme de vie, tantôt on rangera le Tout abstrait et son élan, tantôt on regroupera les forces actives liées à une existence noble, parfois même on chutera sur son opposé qu’est la mort quand on pensera que la vie, notre vie est en danger, entre la vie et la mort, comme Deleuze lorsqu’il écrivait P_141, mais sous le terme de vie on range aussi une certaine dimension réactive de l’existence, une vie rabougrie. Badiou n’échappe pas à cette dernière idéalisation de la vie, il ne s’agit plus de la vie non-organique et impersonnelle mais de la vie bonne. «  Si du moins la vie est autre chose que l’existence » LM_529. On retrouve parfois cette dimension d’un dépassement de l’existence actuelle dans le destin stoïcien, mais Badiou comme Deleuze veulent couper court, demeurer dans leur système professoral. Nous l’avons vu, dans les correspondances strictes entre deux œuvres il n’y a qu’analogies et manques de rigueur, mais la vie est dans les deux cas, Badiou comme Deleuze, ce qui dépasse l’existence personnelle et finie : respectivement « vivre pour une idée » et « vivre pour se rendre digne d’un événement ».  Au-delà de ces données idéalistes et ces deux manières d’aborder les événement plus que de les provoquer, Badiou est certainement l’un des cas les plus intéressants où l’acte de penser est soumis à une vie réactive, à une vie toujours après-coup. L’acte de penser devient alors sous le terme de philosophie la simple opération d’un système fondé sur « la Vérité » ou l’ennui, nécessaire à un individu pour ne pas qu’il s’effondre. Nietzsche le souligne ce renversement à partir de Socrate. « Chez Socrate, la pensée sert la vie, alors que chez tous les philosophes antérieurs la vie servait la pensée. » Vivre pour une idée dit Badiou BdLM_529. Cette vie est réactive, part d’un déclin de puissance, on peut la masquer sous le terme de sujet. Après tout son trajet à l’envers, Badiou finit par se retourner à l’endroit sur une morale de l’« homme bon », de l’homme rabougri, de l’homme qui ne peut pas commettre le mal. L’« homme bon » peut-il trancher ? Non, car trancher c’est commettre un mal. Le sujet peut-il trancher ? Oui, mais il devient détenteur de vérité : « le choix, s’il est énergique et sans condition, localise le sujet dans l’élément de la vérité » LM_454, bref dans le vide de l’ennui, de l’idéal ascétique.
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