Archives

Publié par Anthony Le Cazals

L’archétype des sociétés patriarcales est donné par l’empire romain, même si la famille souche ne semble pas avoir été le modèle familial dominant TodOS1. En effet, le droit romain avait inventé la notion de ventre, c'est-à-dire que le futur enfant n'appartenait pas à la femme mais à la cité. Citons pour cela Tacite, lequel reprend Aulu-gelle : A la nature de la mère les juristes opposent la nature de l'enfant à naître. Celui-ci est dans la mouvance du père, lequel relève de l’État : « Tout doit être mis en œuvre pour que le fœtus formé (partus) voie le jour. Le ventre doit être nourri. Si ce n'est pour son Père [dans le cas où celui-ci est mort], que ce soit au moins pour l’État, qu'il accroît par sa naissance ». Pour le Père, pour l’État ou ladite Patrie le ventre maternel est déclaré territoire public IllGV_81. Il y avait besoin de soldats. Il y a aujourd'hui avec la dissociation de la procréation et de la sexualité — via la contraception — et plus encore avec la distinction entre grossesse ovarienne et grossesse utérine — via les mères porteuses — une remise en cause du patriarcat, une sorte de castration. On retrouve cela, dans l’œuvre de Nietzsche, à travers le sentiment de décadence des bien-nés et la perte de la virilité dont la peur des femmes est, chez Nietzsche, depuis son enfance, un symptôme. Cette peur tend parfois à la misogynie. Mais si l'énigme de la femme telle qu'elle se conçoit ou que sa mère la conçoit est la grossesse, alors non seulement il y a perte de la virilité mais le système patriarcal saute et avec lui la patrie : Aujourd'hui, contraints de dire adieu au patriarche, ils doivent réinventer le père et la virilité qui s'ensuit nous dit Elisabeth Badinter dans XY. Ceci se produit d'abord par le contrôle de la contraception et donc des naissances par les femmes elles-mêmes. Plus important, le pouvoir des femmes sur la reproduction se trouverait dépossédé AtlUA_151-152 par une nouvelle chimère qui consisterait à pallier les 24 premières semaines de la grossesse utérine par des machines : jusqu'à présent on ne sait pas remplacer le cordon ombilical et le placenta du ventre de la mère mais des recherches scientifiques tentent d'y trouver un substitut artificiel. Il n'y aurait plus alors, par-delà tout jugement moral, de grossesse comme condition inéluctable de la femme, ce ne serait plus qu'un choix de vie insoumise : la volonté d’avoir un enfant. Cette chimère, notons-le, coïncide avec le tout économique, avec une conception de la vie active comme un flux tendu. Elle n'est pas réalité. Mais ce nouveau genre de grossesse artificielle irait dans le sens de la promotion des femmes au sein de l'entreprise. Les congés « maternité » ne seraient plus un frein obligé à leur prise de pouvoir, à leur ascension dans ce système. Ce qui ressurgirait là, ce serait un certain nombre de superstitions qui oublieraient que déjà des enfants, en vivant leurs trois derniers mois de grossesse dans des couveuses, semblent avoir une affectivité modifiée. Notons que nombre de grossesses ne sont pas connues dès les premières semaines, la grossesse utérine n’est pas ce qui fait ou non une mère. Cela en relativise l’importance. Notons aussi le cas des dénis de grossesse : ces mères qui jettent à la poubelle leur bébé mort-né comme si ce n’était pas leur bébé. Ces « mères » simplement n’ont pas fait le lien entre le fœtus mort-né et leurs aïeux, leur lignée, puisqu’elles n’ont pas ressenti leur grossesse. Ceci démontre l’importance instinctive de la lignée et donc de la famille — que les Grecs comprenaient aussi comme le « genre ». La grossesse et la maternité existent chez la femme indépendamment de toute gestation.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article