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Publié par Anthony Le Cazals

C’est le mouvement qui crée la force et non la force qui crée le mouvement, ou plus exactement c’est l’accélération du mouvement venant se heurter à une force inertielle qui permet de créer, par exemple, une force explosive 836. Pour Galilée, il n'y a pas de repos, mais de l'inertie, c'est-à-dire une force qui freine une accélération mais ne change en rien l’état de mouvement. Le mouvement est un état entre forces d’accélération et forces d’inertie, ce n'est ni un processus ni l’opposé du repos. C’est notre œil qui nous trompe. On peut même ajouter que la masse inertielle est ce qui fait passer d'un monde de forces stabilisées à un monde de champs vectoriels. Depuis Schopenhauer, qui développe les théories de Kant et de Newton sur ce point, la « substance » d'une chose est avant tout la force qu'elle est capable d’exercer. Si un corps en mouvement a une énergie finie mais non limitée, comme l'accorde et sa masse et sa vitesse, l'énergie même du mouvement et sa « substance » sont finies. Le mouvement, cet état de force, s’exerce plus qu’il ne se perçoit ou s’éprouve  En disant, dans Le pli, « la force n'est pas ce qui agit mais ce qui perçoit et éprouve » DzP Deleuze ramène la force à une dimension subjective. N’aimant pas parler de puissance, Deleuze lui substitue la force, il tente alors d’associer la force vive leibnizienne et la puissance spinoziste. Ce qui s’exerce, c’est avant tout une puissance et ce qui perçoit et s’affecte serait de l’ordre d’une volonté de puissance. Le statisme des forces et la dynamique du mouvement sont une manière de sortir de la maladie de l'Être et de la vita contemplativa. Achille s'en sort en renonçant à l'immobilité de l'être, à la procrastination et l'engourdissement qu'engendre une telle conception du monde. Celle-ci se rapproche du fini-illimité 331 propre à tout mouvement qui peut se réenclencher de manière illimitée, dès lors qu'il n'est pas séparé d’une source d'énergie : force d’accélération ou d’attraction et même la force de gravité dans le cas de la force ascensionnelle 837.


Ceci sonne une belle débandade pour tous les prêtres abstraits qui s'amusent à soutenir que l'« être » du mouvement est infini et immobile ; l'« être », cette conception inerte et morale des choses, n'a aujourd'hui guère d'importance, sauf à perpétuer la pensée classique 411 à une époque quantique. La pensée et encore moins la philosophie ne sont pas une affaire de questions, sauf à demeurer analytique par formalisation et interprétation : la pensée, parfois philosophique mais pas toujours, s’exerce dans les conjectures 918 et par là indique ce qui a de l’importance 727-729, crée des valeurs que d’autres analyseront s’ils le souhaitent. Le mouvement, quant à lui, est un état de forces qui s'éprouvent dans l'inertie. Car dans un mouvement rectiligne uniforme, ce n'est ni la force d'impulsion ni la force d'accélération — nulle — qui s'exercent. Sous l'effet de la gravité ou du frottement accompagné de son échauffement thermique, il y a une baisse de la vitesse : ce ne sont pas les forces qui s'éprouvent là. Dire que la force s'éprouve dans l'inertie, c'est laisser libre jeu à l'excès ou ne pas considérer l'inertie comme une force (qui se verra marquée du sceau de la constante de la gravitation), ce serait dire que les forces s'annulent et qu'il n'y a donc pas de mouvement autrement que comme processus d'accélération. Nous sommes d'emblée en mouvement et c'est notre vision statique qui nous ferait voir une prépondérance du repos sur le mouvement ou même l'inverse du mouvement sur le repos. C'est qu'il n'y a pas de repos, il n'y a que du mouvement sans importance, de l'atermoiement, de l'équilibre que l'on assimile au repos, par une vision fatiguée du réel et de la complexité.


L’élévation de la vitesse au carré plutôt que de la substance à l’infini, tel est le ressort non-métaphysique de l’accélération. C'est à Koening et à Emilie du Châtelet  que l'on doit la relation faite entre la force vive de Leibniz et les expériences qui démontrèrent que contrairement à ce que pensait Newton, l'énergie d'un corps en mouvement n'est pas le produit de la sa masse et de sa vitesse, mais du carré de sa vitesse.


énergie d'un mouvement = masse d'un corps x vitesse au carré de ce corps


Les « systèmes inertiels » et le prétendu fondement de la physique quantique. — Le principe d’inertie n’est pas à la source de la vision scientifique du monde, c’est le principe de moindre action. Derrière ces « systèmes » d’inertie, on présuppose la représentation de l'espace et du temps en un nombre réduit de dimensions numériques avant de les coordonner par une origine commune. On trouve la référence aux systèmes inertiaux dans la Th. de la relativité d'Einstein de Max Born Un système d'inertie repose sur l'Espace et le Temps, mais non l'inertie en elle-même qui préfigure la Gravité de Newton. Ce référentiel sera absolu chez Newton, c'est avec la théorie de la relativité que le référentiel devient relatif, mais l'origine et donc « la commutativité » des variables, leur mise en relation par des axes, demeurent. Ce qui n'est plus le cas avec la physique quantique, car l'on passe d'une irréversibilité de l'action dans le temps — qui présuppose une morale — à une non-commutativité des opérations — le temps n'a plus d'importance. La physique quantique ou, plus exactement, la technologie ont une incidence sur la philosophie : ce qui est visé là c'est une réduction de l'erreur humaine au travers de l'action. L'homme n'a plus qu'à déclencher des opérations effectuées par des machines, ceci est le raisonnement tenu par tous les « ingénieurs » qui savent qu'une manipulation humaine introduit des erreurs et qu'une rigueur maximum suppose le minimum d'interventions humaines. Le domaine de la complexité naît aussi de là, des premiers calculateurs. Revenons-en donc à la physique quantique, pour attirer votre attention sur le fait que la complexité, avant toute dimension mathématique, est ce qui n'a pas d'origine, mais procède de tensions — on pourra parler à la rigueur de système auto-tendu et non plus de système fondé, ceci pouvant être transposé en une métaphore architecturale, l'architecture n'étant pas que de fondation. Reste la question de la physique quantique, puisque l'on ne peut donc donner trop d'importance aux « fondements mathématiques », la complexité n'ayant pas d'origine. Ce que je veux, à la suite du livre de Selleri sur le grand débat de la théorie quantique, c'est que des fondements mathématiques que Von Neumann offre aux tenants de la théorie quantique comme Bohr et Born, ne sont pas universels mais la simple justification mathématique singulière de la réalité quantique. Bohr et Born le reconnaissent sans mal après l'attaque de leurs adversaires. Vouloir fonder ce qui n'a pas d'origine c'est encore être de l'ancien monde, de la même manière que de rechercher l'objectivité de la mesure alors que la réalité quantique est indépendante du système de représentation. L’édition et la diffusion du présent ouvrage ont été possibles grâce aux techniques issues de la physique quantique. Cela me paraît être la plus grande preuve de la Révolution quantique, car c'est bien plus que la simple révolution de l'imprimerie, c'est la mise à mal de la représentation sans pour autant virer dans l'abstraction.


Heureusement il y a eu Galilée, qui a introduit l’autonomie du mouvement par rapport à l’ancienne métaphysique --- ontologie qui soit pose un « être » immobile du mouvement comme Zénon d’Elée et Platon soit pose que le mouvement est changement, processus (genesis) et touche ainsi le changement de chaleur ou de couleur. Or il semble bien que c’est du mouvement comme état que naît la force, c’est en tout cas ce qu’énoncent les maîtres d’arts martiaux chinois et autres samouraïs japonais. Heureusement il y a eu Einstein et Bohr qui malgré leur antagonisme ont montré que la lumière avait un comportement distinct de celui de la matière. Ainsi a-t-on 1°) l’autonomie du mouvement par rapport à l’« être » et au « devenir » et 2°) l’autonomie de la lumière 435 par rapport à l’« esprit » 412 et à la « matière » 431. Coup sur coup, ce sont les métaphysiques de l’un et du multiple, les dimensions de l’esprit et de la matière qui sont résiliées. Penser l’être, c’est rater le mouvement tel qu’il a été empiriquement vérifié et c’est aussi rater la lumière telle qu’elle a pris de vitesse les conceptions humaines au tournant du xxe siècle. Chacun peut nier ces simples éléments qui ne rentrent dans aucune théorie compliquée ni aucune équation, mais alors ce sont les dimensions les plus importantes de notre époque que l’on rate.

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