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Publié par Anthony Le Cazals

Si un changement dans la procréation de l’enfant survenait, cela induirait de fait une différence moins marquée entre l’homme et la femme, dans la répartition des tâches. Nous avons vu déjà, avec le genre vernaculaire 731, que ce ne sont plus deux genres répartis au sein du foyer en vue de fonder une famille mais deux sexes. Même si la grossesse contrôlée ne conduit pas à des rapports d’égalité entre les sexes, la grossesse séparée de l’utérus serait-elle un pas supplémentaire et presque inconscient vers ce que Nietzsche nomme le surhomme ? Toute réponse ne serait que spéculation. Le surhomme est ce qui succède à la mort de Dieu, c’est-à-dire l’homme sans Dieu le Père  et le sens tourné vers la Terre 822 non vers le ciel qui tous deux succèdent au sens divin 931/932. Le sexe serait libéré du genre — procréation de la lignée comme l’affirme déjà Ivan Illich IllGV_65-69/78-83 ou Henri Atlan AtlUA_135 La question de l’homme — plutôt que de la femme ou de l’espèce — était celle de Dieu le Père, déjà chez les Grecs AtlUA_135 et c’est cela qui meurt avec la procréation artificielle. Les questions des sociétés matriarcales sont centrées autour de la fécondité, de la Mère-Nature mais certainement pas autour de l’homme. Le surhomme 822 n’est pas une histoire d’individu humain amélioré par la morale mais il pose davantage la question du rapport homme femme sans le Dieu de la (pro)création pour les chapeauter. Machina ex Deus. La suppression de la grossesse et de l’accouchement, bouleversant la réalité physique de la maternité, risque d’entraîner sinon la disparition de tout sentiment maternel, du moins des modifications profondes dans la façon qu’aura une femme de concevoir et de vivre une maternité éventuelle. En fait, la maternité, dans les conditions d’une ectogenèse (grossesse artificielle) deviendrait très proche de la paternité AtlUA_150-151. Suivant toutes ces hypothèses, si l’utérus artificiel se substituait au ventre de la mère, une dimension du genre vernaculaire disparaîtrait. La féminité ne serait plus intrinsèquement liée à la maternité. Même si la parenté et la filiation se réadaptaient, la féminité se détacherait bel et bien de la maternité — qui tourne toute entière autour de la grossesse. La virilité se détacherait à son tour de la patrie. La différence des sexes dans la procréation et la filiation aura disparu en tant que donnée de la nature immédiate AtlUA_132. Il en serait fini de la prééminence des genres. Place aux sexes ? Quoi qu’il en soit, poser la question de la procréation artificielle c’est faire qu’elle tombe dans la société civile et non qu’elle soit le jouet d’un état autoritaire — mondialisé ou partitionné entre nations — comme pouvait l’être sous une forme d’eugénisme la société spartiate ou les lebenborn nazis — les orphelinats sélectionnant la « race aryenne ». C’est par l’émergence d’une sexualité consommable et monnayable qu’Ivan Illich pense que le genre est ce qui protège la femme. À son sens, seule une réelle philosophie du genre pourrait fournir une explication satisfaisante (à cela) — cette philosophie n’existe pas encore IllGV_82.  Mais Illich en est resté à une intrusion de l’esprit dans le foyer, inquisition généralisée qui a lieu dans les sociétés de la faute et de l’aveu. Une philosophie de la procréation serait non la perpétuation d’une lignée basée sur le genre mais l’affirmation de valeurs nouvelles et un effort mené sur soi qui n’autorise que la fuite ou la lutte. Cette société serait à la fois plus cruelle et plus affective. Elle serait plus cruelle, car basée non plus sur la représentation mais sur l’affectivité.

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