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Publié par Anthony Le Cazals

Toute éducation passe par un mensonge, pensez à vos cours de grec ou de latin où la pédagogie voulait que l’on transforme les règles en les simplifiant puis on vous disait : « eh bien ce n’est pas comme ça que ça marche ! » Il fallait bien simplifier dans un premier temps. Mais à force de simplifications on dénature parfois, on dompte. À l’inverse, Goethe faisait un éloge de l’éducation à la sauvagerie (Wildheit) chez de jeunes Anglais parce qu’il admirait leur côté non-philistin, leur nature non domptée EckCG_562, 12 mars 1828. Ce n’est pas une affaire de vertu mais de virtù 811. C’est cela se tenir sur la brèche et se confronter à l’inéluctable. C’est par exemple, celui qui sait prendre les événements fracassants avec humour et s’en ressaisir. Nous sommes loin d’une quête de sérénité ou de vérité. On ne cherche plus à ce que le cœur soit en paix et qu’aucune passion n’en vienne troubler le calme. Un idéaliste a un penchant contraire, même si l’idée, en un sens pousse à l’action aveugle, à la « praxis ». Quand l’idée sert de refuge à la lâcheté face à l’existence, elle produit une butée. Ceci est de l’ordre de la philosophie comme décadence et non de la pensée comme accomplissement. Toute philosophie qui n’appelle pas à la volonté est décadence. Ceci est la vertu éducatrice de la philosophie, car par toute éducation, il s’agit d’amener le « sujet », celui qui est affecté par la philosophie jusqu’à un certain point où il comprendra qu’il n’y a pas de volonté, que cela fut le grand mensonge philosophique allemand qui traversa Leibniz, Kant, Hegel, Schopenhauer et Nietzsche. Ce dernier stipulant clairement contre son maître Schopenhauer qu’il n’y a pas de volonté. Mais le souffle instillé par les Allemands était basé sur cette illusion. À la volonté et au pouvoir Nietzsche préféra la puissance, voire la volonté tournée vers cette puissance, même s’il savait combien  elle pouvait être systématique. La passion d’exister, l’exercice tout en sagesse, passe par une certaine générosité.

 

Illustration sur la nécessité de serres de créateurs. L’éducation : un système de moyens visant à ruiner les exceptions en faveur de la règle. L’instruction ; un système de moyens visant à dresser le goût contre l’exception, au profit des médiocres. Vu ainsi, cela semble dur ; mais d’un point de vue économique parfaitement rationnel. Du moins pour la longue période où une culture se maintient encore avec peine, où toute exception représente un gaspillage de force (quelque chose qui séduit, rend malade, isole). Une culture de l’exception, de l’expérimentation, du risque, de la nuance — une culture de serre pour les plantes exceptionnelles n’a droit à l’existence que lorsqu’il y a assez de force pour que même le gaspillage devienne « économique » NzFP°16|6].

 

Une société incestueuse est une société qui n’encourage pas l’inceste, mais ne l’interdit pas, ayant compris une certaine dimension de l’amour et de la tendresse. Le déclin apparaît quand, nous sommes obligés d’interdire formellement l’inceste, alors que l’œil scrutateur et la mauvaise conscience trop scrupuleuse viennent s’insinuer là où les forces sont déclarées d’avance comme déclinantes et décadentes. Reste ce qui a toujours fait son office, la pudeur et non pas le rejet de la nudité. Il n’y a pas de tabou de l’inceste, c’est là une vue familialiste qui échoue, il y a surtout une protection de l’enfant par la pudeur. Cette manière la plus calme de poser son territoire lui évite la prédation vengeresse de l’adulte. La pédagogie grecque reposait sur cette étrange limite. La société marocaine paraîtrait incestueuse avec ses mères prêtes à toutes les gâteries pour calmer les pleurs de leurs enfants. C’est précisément dans la bonne distance à tenir qui relève de l’intime 530 et non du droit que le renouvellement d’une civilisation se joue.

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