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Publié par Anthony Le Cazals

Ce avec quoi il faut rompre, ce sont les modèles, car ils exploitent, dans le bouillonnement de l’existence, les filons qui se tarissent. Un modèle a pour principe de s’appuyer sur les crises qui, en retour, renforcent son aspect totémique et superstitieux. Le modèle pousse au dépérissement et à la corruption la chose imprévue qui s’était affirmée dans sa générosité. Apportant une contradiction, les modèles feront apparaître pour futile ce qui était naissant : la prochaine génération. Cette jeunesse, cette genèse, ne peut se défendre que par elle-même. Générati²on et aurore, plus que corruption et crépuscule. La jeunesse n’est pas une question d’âge, comme la majorité n’est pas une question de nombre. La jeunesse s’oppose au modèle préétabli, à ce qui sert d’étalon à la majorité. C’est une affaire de ce que l’on appelait au xviiie siècle, les « forces vives ». Dès lors les modèles ne sont nécessaires que pour être dépassés à la manière des enfants qui ont besoin de répétitivité pour grandir et abandonnent ces modèles à mesure que leur imagination se développe. Celle-ci n’est pas encore entravée par ceux qui, adultes, posent le « principe de réalité » ou l’« économie de modèle ». D’ailleurs si des sociologues parviennent tellement à nous faire croire à des déterminismes, c’est que les modèles persistent dans la tête des gens : mais partout foisonnent les vilains petits canards et autres cygnes noirs. Ces mêmes modèles sont sujets à des malentendus réciproques. Il y a tellement d’exemples que nous passerons sur ceux plus personnels. C’est Donal O’Shea dénonçant dans un livre sur Grigori Perelman, le rejet des mathématiques chez certains jeunes au moment où ils abordent le cinquième axiome d’Euclide et sont déçus par le manque de rigueur de ce qui est le postulat des droites parallèles. C’est la même chose avec la philosophie qui convoque les sciences anciennes pour dire qu’elles sont en crise alors que ces mêmes sciences dépassées fonctionnaient sur des modèles métaphysiques qui, ô pléonasme ! sont éculés — la chose en soi, la propriété, le vide et sa complémentaire, la nécessité totale. De même, les scientifiques se détournent  de la philosophie parce qu’ils y retrouvent l’ancienne métaphysique. Elle ne les aide pas à avancer dans leurs problèmes, ni ne correspond, en tant que pensée de modèle et de méthode, à leur sensibilité. Y a-t-il une méthode pour découvrir la pénicilline ? De même Poincaré a-t-il  écrit que l’un de ses amis, un physicien éminent se plaignait auprès de lui de ce que les physiciens avaient tendance à utiliser la courbe de Gauss parce qu’ils pensaient que les mathématiciens la considéraient comme une nécessité mathématique ; les mathématiciens l’utilisaient parce qu’ils croyaient que les physiciens la considéraient comme un fait empirique TalCN_316. C’est la même chose pour les vérités éternelles, on invoque les vérités mathématiques, or tous ceux qui pratiquent les mathématiques, Poincaré le premier, savent que le critère des mathématiques n’est pas le vrai mais le beau. Encore un préjugé esthétique et donc une sensibilité aux modèles qui traînent derrière. Une démonstration est une fiction qui se fait avec élégance. On invoquera les vérités mathématiques pour justifier les vérités philosophiques pourtant au moment de faire les calculs on se rendra compte qu’une simple valeur arrondie aboutira à des résultats totalement opposés : à la manière d’un billard dont les angles sont arrondis et les coups imprévisibles, à la manière d’un billard quantique Pour la science, n°374, p. 10.


Alors, il faut provoquer ce que les philosophes nomment depuis leurs systèmes avec bruit « l’événement » FcMC_251-261, DzLS parce que l’« l’événement » excède les systèmes élevés en modèles. Les philosophes de tradition n’ont aucune aptitude à susciter les événements. Les philosophes ne savent que les recueillir dignement et fidèlement au fil de leur plume. Leur vision est crépusculaire 643. C’est bien tout le travers de la pensée d’avoir été prise en otage par des personnes qui ont besoin de fixer leur sérénité sur des modèles. Ils sont animés de grandes peurs d’où transpire l’instinct de vengeance et ils retournent les systèmes, toujours axiomatiques, contre l’existence. Il leur faut surtout empêcher l’advenue de l’homme terrible, le retour du « Grec antique », aussi bien que de sa transposition actuelle : le surhomme 822-823. Ce qui compte en dernier lieu, au-delà de la capacité d’agir de notre corps, c’est l’exercer de la pensée, qui se moque de toute philosophie. Appelons cela sagesse du terrible. Le terrible n’est plus, comme dans l’Antiquité 327, l’homme mais le surhomme. Qui est-il ? Un simple dépassement du modèle, en ce que le modèle et l’étalon sont l’homme. Les penseurs ont peur de perdre leurs modèles et ils s’y raccrochent d’autant plus qu’ils ont peur du « monde » et de la prise de risque existentielle. Par là, ce qu’ils font, c’est freiner l’exercer de la pensée. Chaque modèle est une prétention à la vérité et aussi une entrave à la pensée. À notre époque, même un sceptique comme, Nassim Taleb croit à la vérité en bon métaphysicien de l’excédence 517e. Il y a toujours un travers moral chez ceux qui prétendent à l’authenticité, elle est « cash », elle ne se dit pas. De là, naissent les trajectoires qui se dissipent à mesure qu’elles s’éloignent de leur base. Restez fidèles à la Terre et pratiquez son sens : le surhomme.

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