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Publié par Anthony Le Cazals

Ce personnage dérangeur 531 continue. « Venez en mon ménil. Venez que je vous traite, venez que je vous régale. Donnons-nous de la potence dans cette plate connaissance qui peu nous circonvient. Démant. Prenez place à la mense. Festoyons avec lumineuses et mobiles victuailles. Mais poinct ne vous flatte. Pas plus ne vous lâche dans une zone d’erre. Peut-être trouverez-vous là encore quelque imprudent, Miel ! que Montaigne n’a point raccourci dans son Apologie sebondienne. Servons à nos festins, foies de scares et laites de murènes, pales et langues de phénicoptères. Prou, prou prou, puis doulx, doulx, doulx. La vie croasse et les grenouilles loin du bénitier jubilent dans l’insatisfaction. » C’est Pseudo-Denys l’aérophage fils de Pseudo-Denys l’aréopagite.

 

Toute métaphysique de l'Occident est liée ... à ceux qui, tenant le discours, détiennent le droit à la parole FcPD et peut-être ce texte n'en sort-il pas, partant d'un émerveillement, le fameux étonnement philosophique est cette fois dirigé vers l’informatique et vers la physique quantique, toutes deux liées. Les discours anciens ne donnent aucun outil pour le comprendre. Descartes et Spinoza parlaient-ils de l'imprimerie qui diffusa les manuels universitaires et le De revolutionibus de Copernic ? Parlaient-ils de ce que cela allait révolutionner ? Passé le moment d’émulsion 912, l’influence des textes philosophiques retombe avec leur époque pour ne demeurer après que des « songes stériles » et non une pensée en actes. La première fois on croit toucher à la vérité mais ce n'est qu'un discours dominant et professant qui se met en place. Par sa surdétermination, celui-ci déconsidère très vite tant la lumière que le mouvement. La lumière et le mouvement sont pourtant deux des nouveaux domaines de l’action, débarrassée de l’esprit et de sa matière. L’action minimale de la lumière 435 est faite de photons, c’est la grande découverte de Planck et l’accélération du mouvement génère la force nécessaire à l'action.

J. T. Desanti relevait la persistance entêtée de la vieille conscience philosophique dans l’enchaînement des ruses capables d’assurer sa survie DesPS, bref dans l’invention d’hyperboles 401/526 (insatisfaction pointant vers le néant) et de symboles (figures qui capturent le flux).  Par une lente transvaluation, nous sommes passés d’une réflexion faite de représentations symboliques du monde à une pensée plus collective et hellénique de l’allure et de l’hypertexte. Le collectif pousse à la délibération sur ce qui importe  727-729 et non à la charge retorse du prêtre qui dit ce qui est « vrai » ou « faux ». Ceci met de côté les dimensions de l'être et de l'innocence du devenir ; elles ne sont que les deux « formes d’extériorité » du jugement et de la défense de la vie ; Bergson et Deleuze nomment leur développement des systèmes clos et ouverts ou encore des systèmes ponctuels et multilinéaires Dz. La tâche à présent n’est plus de recueillir ce qui doit être affirmé  Livrée A, mais davantage de faire état de substitutions qui ont lieu dans les valeurs de notre société. D’abord de traiter les valeurs anciennes comme telles et d’en détacher les valeurs dynamiques Livrée B puis d’y substituer une nouvelle table de valeurs au travers d’un nouveau programme d’investissement dans les combats et les rebonds Livrée C. Le classique et ses représentations laissent la place au quantique. On passe de l’hyperbole pleine de désespoir avec ses symboliques ratatinées au champ métabolique. Finies les idées de la raison suffisante, qui veulent que concepts et figures soient mis en système. C’était l’hyperbole de la vérité et sa symbolique qui commandaient. Tout en Un. Place aux pensées de la passion complexe. Les affects et les mots sont liés au vécu et à l’épreuve. Plutôt que de la résilience on pensera à Nicola Tesla remerciant son frère d’être disparu trop tôt et de lui avoir ainsi causé un traumatisme qui modifia ses aptitudes cérébrales. Un traumatisme n’est pas forcément dommageable contrairement à ce que voudrait la morale chrétienne, qui s’appuie sur le fautif et le punitif. Ce rebond est transposable, chez Kant, chez Schopenhauer et chez Nietzsche, à la perte de leur père très tôt et à la commotion de pensée qui s’en est suivie. Mais peu à peu, nous sortons des étrangetés et des curiosités de la métaphysique : Kant allant contre les superstitions et le mysticisme, Schopenhauer  s’interrogeant plus que Kant sur la négation de la volonté et la folie, Nietzsche voulant renverser l’ordre fixiste platonicien et imposer de nouvelles tables de valeurs. C’est en réaction à ce bouillonnement et parce qu’il sentait les choses lui échapper, que Platon apporte la définition malheureuse des idées. Il y a une seconde définition des idées par Descartes où celui-ci admet les idées innées et les idées acquises. C’est ainsi que s’ouvre la voie de l’immanence à Spinoza, qui peut alors poser la régression des idées à l’infini et la pensée du concept à partir de l’affect. Cette régression se manifeste sous la forme d’une idée de l'idée — de l'affection par exemple — ce que la notion antique de Bien empêchait alors, tout en permettant l’avènement de l’homme supérieur et de l’homme bon. L'affect, le thymos ou le pathos ne relèvent ni de l'être ni du devenir. Mettons l'autonomie du mouvement par rapport à l'être et au devenir et l'autonomie de la lumière 435 par rapport à l'esprit et à la matière. Déjà Whitehead WhiPR_154-155 ou |78-79] parle de la matière 431 comme d’une illusion inadaptée tant à un atome qu’à une pierre, déjà il parle des quantas qui semblent se dissoudre dans les vibrations de la lumière. Deleuze, quant à lui, parle des potentialités du silicium sans savoir que c'est son interaction avec la lumière qui prime DzMP et DzF. Les termes de phase et de stase ont pris le pas sur celui d’état. Le mouvement se retrouve dans la mécanique classique puis la thermodynamique avec les mouvements browniens et la lumière dans la dynamique quantique. Une philosophie de l'affectif et du contemporain se constitue là, qui ne rentre ni dans les systèmes ouverts ni dans les systèmes fermés. Repérer systématiquement les bornes de ces systèmes pour suggérer l'existence d'une pensée du Dehors ou du Surpli, comme la nomment du dedans de leurs systèmes les métaphysiciens. Repérer les limites, pour mieux les dépasser et se tenir dans l’affirmation d’une existence autonome, voire terrible pour le chrétien. Grande synthèse 921 des types nouveaux en des « natures » qui ne sont ni le prophète, ni le martyr, ni le saint, ni le sauveur faiseur de miracles. Le coup de chance n’est pas là. Cette grande synthèse se joue paradoxalement en dehors de notre petite synthèse. Une petite synthèse n’est qu’un condensé et un précipité ; elle s’obtient par le recoupement 912 sagace de différentes fulgurances 914.  Mais avant cela, il faut déblayer.

Très peu de gens ont pris la mesure du bouleversement. Hors de toute représentation, Internet et les nouvelles technologies ne font qu’exprimer les retombées de l’ère quantique 501, où la moindre action est la moindre information. Plus que le déploiement autour d'un principe, il s’agit de définir le réseau comme ne contenant pas de centralité. C’est cela la neutralité. Si ce n’était le cas, nous retomberions dans l’« immanence » d’une substance cause d’elle-même. Nous raterions la dimension dérangeante de la lumière que la physique quantique a révélée, en prenant comme tel 914 son mouvement aberrant. Comment se fait-il que la philosophie se soit approprié la pensée et l’ait capturée ? Une réponse serait donnée par tous les métaphysiciens parce que c’est une pratique qui, raréfiée, couve d’autant mieux dans les systèmes que nous, bonnes araignées, savons en tisser la toile. Ainsi parlent les métaphysiciens. Leurs fils sont les schémas (figures) et leurs nœuds sont les symboles (concepts). Nous reposons la question foucaldienne de la capture de la pensée par la philosophie Guillaume Leblanc, Foucault, 4ème de couverture en rappelant que l’inattendu guette et que la philosophie s’est illusionnée de chimères, nous empêchant de voir le mouvement et la lumière pour ce qu’ils sont. Des dimensions dérangeantes qui ne portent aucune vérité : la nature est silencieuse de paroles. Ce n’est pourtant qu’une vision dogmatique qui nous fera croire qu’« au début était le Verbe ». Le même travestissement de la réalité fait de la philosophie une interminable quête de la vérité. Les intégrismes de tous ordres n’y vont pas autrement et posent aussi la religion comme quête et amour de la vérité. « Nous hommes de connaissance », nous voyons affleurer là la croyance plutôt que la connaissance puisque la philosophie en ses termes est amour de la sagesse, non qu’elle y parvienne mais qu’elle reste bel et bien marquée par le bouillonnement pré-platonicien comme il existe un bouillonnement pré-biotique. Peut-être que parler de vérité comme production d’existence et de la création comme puissance du faux DzP_182-184, comme falsification serait le but de toute philosophie, dès lors qu’elle a acquis une certaine endurance. Pourtant l’important n’est pas ce qu’on dit, vrai ou faux, puisque paradoxale l’obéissance ouvre à la direction plus qu’à la commande. L’obéissance du créateur et de l’artiste à son métier et à son inspiration est plus puissante que les ordres de l’homme supérieur. Il n’y a pas là la corruption de ces ordres, ni la perversion des actes, ni la subversion d’une démarche. L’important est ce que l’on fait et aussi de savoir ce que le discours nous empêche de faire. L’important n’est pas de savoir si le vrai ou le sens tiennent dans des propositions, des systèmes ou des divinations, surtout si l’on commet une philosophie à conjectures, qui, différenciant des registres, s’accoquine de bien des fantaisies. Il n’est pas besoin de se demander ce qui est noble mais là où se tient la création, la puissance au point vertigineux où obéir c’est diriger, c’est affecter les autres par la brèche que l’on a ouverte dans ce que d’autres tenaient pour « possible » et donc irréalisable. Pierre Hadot émet ceci : Certains philosophes contemporains ont considéré l’activité philosophique comme la construction d’un échafaudage conceptuel qui serait une fin en soi. Mais ce n’est pas un phénomène nouveau. Car la philosophie doit toujours commencer par le discours, qu’il s’agisse de rapporter une expérience, de poser des questions ou de proposer un mode de vie. Ensuite devraient succéder à cette première phase l’engagement existentiel et l’action concrète. Mais la grande tentation, pour tout philosophe, consiste à s’en tenir au discours. C’est pourquoi d’un bout à l’autre de l’histoire de la philosophie, deux types de philosophes se sont toujours opposés : ceux qui limitent la philosophie à un discours et ceux qui mettent l’accent sur sa dimension existentielle HadMES. Ne faisons pas de jaloux. Voilà cette autre citation de Dostoïevski : Mais l’homme est tellement passionné de systèmes et de déductions abstraites, qu’il est prêt à déformer sciemment la vérité, à se boucher les yeux et les oreilles pourvu qu’il justifie sa logique DosNS_64. L’homme logique, cet homme de croyance et de conviction NzA°54/12 qui cherche à avoir raison par ses raisons, est même le premier à prétendre dire la vérité et à s’indigner du mensonge. Chez les métaphysiciens, les systèmes se diluent par contagion et parfois par inondation quand l’acmé --- moment où toutes les recherches entre en résonnances --- est suffisante et quand le succès permet au malentendu d’opérer. Il ne s’agit pas de faire une guerre destructrice à la métaphysique ou plutôt au métavécu* a priori --- « du possible ou, moi le phtisique, j’étouffe ». Il s’agit d’en montrer les bornes, ce que Derrida aurait vu comme un logocentrisme*. Par extension d’en dégager un combat « ailleurs » qu’en métaphysique, mais bien sur la Terre. Ce combat serait cette manière de percuter qui est à la base de la force vive 838 chez Leibniz, de la force explosive 836 en arts martiaux et de la force ascensionnelle 837 en saut en hauteur. On peut appeler éperon ou hormesis 634 à l'image des navires grecs. Une dimension de sagesse plus que de philosophie : éperonner consiste à blesser mais sans trace en surface pour faire avancer, à jeter dans l’effroi pour sortir du déni. Les actes, les œuvres, les impulsions de tous ordres réclament avant tout de penser et de ressentir.

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