La Philosophie à Paris

722. La substitution tient donc de la révolution discrète.

20 Février 2013, 12:47pm

Publié par Anthony Le Cazals

La substitution influe sur le milieu des valeurs, sur la capacité énergétique d’une époque. Cette substitution est toujours silencieuse et inaperçue dans un premier temps. Elle n’est pas un danger immédiat qui menace la survie du groupe.  Personne, par exemple, ne s'était aperçu  de la mort de Dieu. Nietzsche fait état de cette disparition plus métaphysique que religieuse en notant ceci : les grands événements arrivent toujours sans bruit. La substitution est un certain renversement de valeurs qui se fait sans fracas mais contamine et sécrète dans toute la société. On retrouve la substitution chez Merleau-Ponty dans Le visible et l'invisible quand il envisage une  conversion du langage 716. Cette conversion du langage est une manière d’amender la substitution métaphysique. On la retrouve quand Foucault parle de ruptures épistémologiques entre différentes strates empirico-historiques : les « positivités »  320. Mais ces ruptures sont en fait la substitution de régimes de pouvoir et de savoir, et derrière eux des métabolismes. Chacun d’eux s’inscrit  dans le registre discursif d’une époque. Ils se superposent en strates et se juxtaposent dans le temps, suivant la manière dont on souhaite les voir. Au fond il n'y a que les révolutions symboliques — comprenez scientifiques — qui marchent, toutes les autres trahissent. La plus grande reste celle de Galilée qui en désontologisant* le mouvement rompt avec la métaphysique de Platon et d’Aristote. Mais c’est aussi la Révolution quantique qui nous a fait sortir du monde de la représentation en montrant combien la lumière en interagissant sur ladite « matière » offre de nouvelles possibilités d’y inscrire des « informations ». Lumière et mouvement. Il saute aux yeux que les nouvelles technologies bouleversent notre paysage quotidien. Mais, qui s'est aperçu que ces nouvelles technologies étaient issues des jeux et des expérimentations 325 de la physique quantique ? La Révolution quantique s'est jouée de toute représentation et a conduit à  un nouvel ordre polycentrique en substituant sa complexité à la représentation du réel. 


Pour en revenir à une définition politique et bruyante de la révolution, tout renversement de régime est bien la mise en place d'un régime tout aussi violent. Cette violence a lieu dès qu’on souhaite imposer une prétendue « égalité » tout en réservant des privilèges à ses apparatchiks. Tout ce qui s’obtient par la violence, se maintient dans la violence. Toute révolution a sa Terreur, sa guerre contre les adversaires de la Révolution, mais aussi ses Thermidoriens, ses bourgeois qui se détachent du « peuple » qui les a faits souverains. Peuple et notables vont de pair, le problème n’est donc pas là mais survient après coup quand le conservatisme, la rente des valeurs et les héritages du passé font que les capacités d’énergie ne peuvent plus se renouveler. Dès lors qu’il n’y a plus de sphère de création — Nietzsche la nommait « serre » — une culture périclite en une civilisation qui dompte et discipline les corps, croyant que c’est par le rendement qu’elle prospèrera, alors que ce sont les capacités d’agir qui, de manière ténue, importent. En ce sens la substitution est événement pour parler comme les métaphysiciens. La substitution, c'est avant tout une révolution discrète, un bouleversement inscrit dans le texte. On retrouve cette substitution inscrite dans Mille Plateaux, il suffit de voir combien le discours y fonctionne sur le mode du troisième terme : c’est la figure du « ni..., ni..., mais... ». La substitution opère un glissement, une dérive qui, de limites repoussées en limites repoussées, nous fait finalement franchir un seuil sans que nous nous en rendions compte, puisque cela tient de données générationnelles. Les adultes n'évoluent guère dès lors qu'ils ont un statut et une notoriété, mais, dans une société résiliente, les adultes se substituent les uns aux autres. 

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