Archives

Publié par Les étudiants de Paris 8

La drogue avait été retrouvée dans un camion, dans le centre technique municipal (CTM). Trois hommes, dont un ancien agent de la ville, sont jugés à Bobigny ces lundi et mardi.

Une grosse bâtisse grise, à quelques centaines de mètres de l’université Paris 8, à Saint-Denis. Le centre technique municipal (CTM) de Saint-Denis - 200 agents, et un parking abritant cars municipaux et véhicules de propreté - avait été, il y a deux ans et demi, le théâtre inédit d’une saisie de drogue.

94 400 € découverts dans sa voiture

Le 17 novembre 2016, au terme de plusieurs jours de surveillance, les douanes y découvraient, dans un camion en provenance d’Espagne, 504 kg de cannabis, conditionné en 66 paquets, d’une valeur marchande estimée alors à 3 M€. Il est alors 21 h 20. Le lieu est quasi-désert. Le conducteur du camion, un Espagnol aujourd’hui âgé de 62 ans, et celui de la voiture qui l’escortait, un jeune homme de 30 ans, sont immédiatement interpellés.

Mais un troisième homme prend la fuite. Les agents des douanes finissent par interpeller, à deux heures du matin, un fuyard sur le toit du CTM. Il s’agit de Cyril F., responsable adjoint du service des fêtes de la ville. Dans sa voiture, garée elle aussi au CTM, on retrouve 94 400 € en liquide, somme répartie en trois paquets thermosoudés.

L’agent a toujours nié

L’homme de 42 ans comparaît ce lundi devant le tribunal correctionnel de Bobigny, avec les deux autres suspects. Ils sont jugés pour trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs. Ce père de famille, révoqué depuis par son employeur, travaillait pour la ville depuis plus de vingt ans. Il a, tout au long de l’enquête, contesté les faits qui lui sont reprochés.

Les images de vidéosurveillance, sur lesquelles le directeur du CTM l’a reconnu ? « On voit une silhouette avec une casquette. Il n’est pas possible de l’identifier », soutient Me Guillaume Valat, son avocat. L’argent liquide retrouvé dans sa voiture ? Il ne porte aucune trace ADN. A entendre Me Valat, il a pu être entreposé là par quelqu’un d’autre : « Au CTM, les employés avaient l’habitude de laisser leurs clés sur le contact. »

Révoqué par la ville

Mais Cyril F. est bien le seul employé municipal sur le banc des prévenus. C’est aussi le seul à avoir été révoqué par la ville, ce qui fragilise l’hypothèse d’un réseau de complicité au sein du CTM. « On n’est pas tous des voyous, des trafiquants d’armes ou de drogue », glisse, sarcastique, un salarié du site.

Fin 2016, ébranlée par cette affaire hors normes, la municipalité avait pris des mesures drastiques, encore mal vécues aujourd’hui par certains de ses employés. Le service des fêtes avait été dissous, ses employés suspendus deux mois et les occupants des logements de fonction du CTM priés de partir.

Des dysfonctionnements au centre technique municipal

Un rapport établi fin 2018 par des élus a pointé les dysfonctionnements du lieu à l’époque des faits : gardiennage et vidéosurveillance défaillants. Il relatait aussi que le CTM avait aussi abrité « le dépôt de voitures de luxe, jet-ski » et soulignait l’incompréhension des agents lorsque Cyril F., déjà arrêté mais pas condamné dans une autre affaire de stupéfiants en 2015, avait été réintégré à son poste.

La mairie de Saint-Denis s’est portée partie civile et demandera réparation du préjudice, si le suspect est condamné. « Il est absolument intolérable d’imaginer qu’on utilise les moyens de la ville, son aura, sa respectabilité pour s’assurer d’une forme d’impunité », souligne Me Mathieu Hénon, conseil de la municipalité.

l’employé municipal explique n’avoir «jamais touché à un trafic de drogue»

L’ancien employé municipal de Saint-Denis est jugé au tribunal de Bobigny pour l’introduction de 500 kg de cannabis au centre technique de la ville. Il nie en bloc.« Madame la juge, je suis comme vous, j’essaie de comprendre ce qu’il s’est passé. » Silhouette trapue enserrée dans un polo blanc, crâne rasé, l’œil attentif aux débats, Cyril Ferrari le répète sur tous les tons devant les magistrats de la chambre correctionnelle du tribunal de Bobigny : il n’a rien à voir avec les 504 kg de cannabis retrouvés, un soir de novembre 2016, dans l’enceinte même du centre technique municipal (CTM) de Saint-Denis.

La drogue dissimulée dans un camion venant d’Espagne

L’ancien employé communal, âgé de 42 ans, est jugé depuis ce lundi, avec deux autres prévenus, pour trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs. Des faits pour lesquels il encourt une peine maximale de 10 ans d’emprisonnement.

Il était présent au CTM lorsque les douanes ont saisi la drogue, le 17 novembre 2016, dissimulée dans un camion en provenance d’Espagne, tout juste entré dans l’enceinte du site. Les fonctionnaires, arrivés sur place vers 21h20, avaient immédiatement arrêté le chauffeur du poids lourd, un Espagnol de 62 ans, et le jeune conducteur d’une Audi A6, qui le précédait, également jugés dans cette affaire.

Arrêté plus tard sur le toit du CTM

Mais un troisième homme avait pris la fuite. Peu avant deux heures du matin, Cyril Ferrari était arrêté sur le toit du CTM.

Dans sa camionnette, garée sur place, on retrouvait près de 94 000 € en liquide. Le soir même, le directeur du CTM, appelé sur place, visionnait les bandes de vidéosurveillance et reconnaissait, dans la silhouette manœuvrant le véhicule, en ouvrant et fermant les portes, Cyril Ferrari.

« Quand je suis entré en prison, je faisais 117 kg. Sur les vidéos la personne est menue. Faites-moi voir la vidéosurveillance, regardons-la ensemble ! », proteste l’intéressé face à la magistrate qui l’interroge.

Il affirme être revenu au travail pour bricoler son quad

« J’ai trois enfants, je travaille depuis l’âge de 16 ans. J’aime mon travail, j’aime ma ville. Je n’ai jamais touché à un trafic de drogue », assure celui qui occupait alors le poste de chef-adjoint du service des fêtes de la ville. Ce soir-là, a-t-il expliqué aux enquêteurs, il était revenu sur son lieu de travail, hors service, pour bricoler son quad.

« Vous êtes salarié de la ville de Saint-Denis. Est-ce bien déontologique d’être, hors service, sur votre lieu de travail ? Votre employeur est-il d’accord avec ça ? », l’interroge le président Nicolas Blot.

« J’avais un différend avec ma femme, je ne fréquente pas les cafés, le seul endroit où je pouvais aller, c’était là-bas », rétorque Cyril Ferrari, que sa hiérarchie a décrit comme travailleur, mais parfois imprévisible et agressif ».

Une lettre à sa cousine pour le « sortir de là »

Au moment où les douanes faisaient irruption dans le CTM, il affirme qu’il se trouvait chez sa cousine, logée dans un des appartements de fonction situés au 4e étage d’un des bâtiments du site.

Celle-ci a bien confirmé la visite, mais à « un peu plus de 21 heures ». Quelques jours après les faits, elle recevait une lettre de son cousin, lui détaillant le contenu de son audition… et ce qu’il faudrait qu’elle et deux autres agents disent pour le faire « sortir de là ».

Aucun de ses ex-collègues à l’audience

« C’était maladroit, j’étais dans la détresse », a-t-il tenté de justifier, ce lundi.

Il ne sait rien, affirme-t-il aussi, des liasses de billets retrouvées dans son Renault Trafic_sur lesquelles aucune trace ADN n’a été décelée. « Je n’ai jamais eu autant d’argent que ça dans ma vie », glisse-t-il en affirmant avoir retrouvé sa camionnette « avec un carreau cassé ».

Et suggère même être un « bouc émissaire » : « J’ai été témoin de beaucoup de choses au CTM, ça m’est revenu comme un boomerang. » Aucun de ses anciens collègues n’était présent ce lundi à l’audience.

La municipalité « n'avait pas à agir sur la base de rumeurs publiques »

La ville de Saint-Denis, qui a révoqué Cyril Ferrari en juin 2017 et s’est portée partie civile, aurait-elle pu prendre des mesures plus tôt qu’elle ne l’a fait, à l’égard du prévenu ?

« Nous n’avions aucun élément pour le faire, et la ville n’avait pas à agir sur la base de rumeurs publiques, comme il y en a tout le temps », indique-t-on en mairie.

Interpellé en 2015, et finalement réintégré

Si la rumeur a couru, c’est que fin 2015, Cyril Ferrari avait déjà été interpellé dans le cadre d’une affaire de stupéfiants - la procédure a été annulée depuis -, et placé en détention provisoire durant plusieurs mois.

Mais « en l’absence de condamnation, souligne l’avocat de la ville Me Mathieu Hénon, un employeur public ne peut révoquer son salarié sans risquer de voir sa décision attaquée ». À son retour, l’homme avait donc réintégré son poste.

Casier judiciaire vierge

La municipalité affirme avoir systématiquement demandé un extrait de casier judiciaire pour son agent « en 2015, 2016 et 2017 » : « À chaque fois, il était vierge », souligne un porte-parole. Condamné à six reprises - notamment pour vol en réunion et escroquerie -, le fonctionnaire avait bien obtenu une dispense d’inscription au casier judiciaire.

Son placement en détention provisoire, après la saisie des 500 kg de cannabis au CTM, a finalement conduit à sa révocation. Avis rendu à l’unanimité en mai 2017 par la commission de discipline du Centre interdépartemental de gestion (CIG), pour « absence de service fait » et « atteinte à l’image de la ville ».

L’avocat de Cyril Ferrari, qui a attaqué la décision devant le tribunal administratif, a été débouté en première instance.

 

source : Journal le Parisien

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article