Pages

Archives

Publié par La Philosophie

Vladimir Poutine appartient au clan de siloviks, ces anciens fonctionnaires issus de l'armée, de la police d'Etat et des services secret. Il a reçu l'éducation patriotique d'après guerre d'un soviétique de base. Il est intéressant que son nom issu du mot chemin (Путь / Pout') évoque celui qui indique le chemin vers la reconstruction de la Grande Russie. Vladimir Poutine est-il une "nature large", c'est-à-dire à la fois cynique et idéaliste, comme Karamazov le héros de Dostoïevski ? A-t-il opéré son tournant conservateur seulement en 2013 ? Et sa revanche impérialiste seulement en 2014 - sachant qu'il faut pouvoir opérer un réarmement conséquent auparavant ? A-t-il seulement été inspiré par Douguine en 2013 ? Est-ce sur les conseils de ce dernier si l'administration présidentielle qu'il a envoyé aux cadres de son parti et aux responsables des régions de la fédération de Russie ainsi qu'aux hauts fonctionnaires, Nos missions d'Ivan Iline, La philosophie de l'inégalité de Nicolaï Berdaiev, La justification du bien de Vladimir Soloviev ? En 2013, Vladimir Poutine cité déjà ces mêmes auteurs dans ses discours. Ces mêmes hauts fonctionnaires devaient assister en février 2014 aux conférences obligatoires sur le thème du conservatisme. L'alternative énoncée le 14 août 2014, par Méjouev lors des journée Tauride 2014 en Crimée était l'alternative « s'édifier comme une civilisation séparée [...] ou se penser en sauveur Conservateur de l'Europe. » Vous avez là l'un des indices du pourquoi la mode Michéa et derrière Orwell. Toute alternative posée en forme de dilemme ne fait que témoigner d'une politisation de la vision du monde, car c'est toujours l'un des deux terme que l'on souhaite imposer.

« Je suis opposé à la restauration en Russie d’une idéologie d’Etat officielle sous quelque forme que ce soit. Dans la Russie démocratique, il ne doit y avoir aucun consensus civil forcé » (1)

« Je ne crois pas qu’il nous faille une idéologie et une philosophie dominantes. Mais l’Etat, bien sûr, peut être dirigé par un philosophe – à condition qu’il partage cette vision des choses. » (2)

« Par ailleurs, la vile natale de Poutine, Saint-Pétersbourg, est une capitale intellectuelle. De nombreux philosophes plus ou moins dissidents y vivent. Il est possible qu’il en est croisé quelques uns. » , (3) 

La pensée de Poutine est marquée dans son tournant conservateur par les thématiques de « la Voie russe » et de « l'empire eurasiatique ». A quel moment Vladimir Poutine s'est-il écarté de Vladislav Sourkov et Gleb Pavlovski - partisans respectifs de la « démocratie souveraine » et de la « démocratie dirigée » pour se tourner vers Alexandre Douguine ?

L'administrateur d'empire.

La prise de contrôle est allée en s'accentuant est écartant dès 1999 les partisans de Eltsine des cercles de pouvoir. En 2006, Marie Mendras, professeur à l’IEP de Paris, notait ceci  : « Il n’y a plus ni Parlement ni Cour constitutionnelle dignes de ce nom, le gouvernement est court-circuité par l’administration présidentielle, les juges sont soumis au pouvoir politique dès qu’une affaire devient délicate. Cela nous ramène au problème de la violence et de l’impunité (…). Désinstitutionnalisation du régime, opacité des décisions, montée de l’arbitraire et des méthodes expéditives : tout cela traduit une agitation croissante des cercles dirigeants. » (4)

Conformation de la société : l'administrateur d'empire et la brute.

Ce à quoi en appelle le système poutinien en dehors des deux grandes capitales, c'est ceci : « Ainsi donc, dans le même temps que la science industrielle abaisse sans cesse la classe des ouvriers, elle élève celle des maîtres. Tandis que l'ouvrier ramène de plus en plus son intelligence à l'étude d'un seul détail, le maître promène chaque jour ses regards sur un plus vaste ensemble et son esprit s'étend en proportion que l'autre se resserre. Bientôt il ne faudra plus au second que la force physique sans l'intelligence ; le premier a besoin de la science et presque du génie pour réussir. L'un ressemble de plus en plus à l'administrateur d'un vaste empire, l'autre à une brute. Le maître et l'ouvrier n'ont donc ici rien de semblable, et ils diffèrent chaque jour davantage (…). » (5) La personne débrouillarde et futée échappe par une sélection non dite à ces déterminismes.

Sources

1. Article publié dans différents journaux, « la Russie au tournant du millénaire », le 30 décembre 1999, www.ng.ru/politics/1999-12-30/4_millenium.html

2. Rencontre avec les étudiants de l'université de Kaliningrad, 27 juin 2003.

3. Extrait de Michel Etchaninoff "Dans la tête de Vladimir Poutine", Actes Sud sur Issuu : https://issuu.com/actes_sud/docs/poutine ; ou sur googlebooks :

4. Le Monde le 15 octobre 2006.

5.  Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique T II, p. 199, éd. GF-Flammarion.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article