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Publié par Anthony Le Cazals

Récemment un ami m'a fait remarquer ceci quand je lui disais "la vie est rude !" : "Non ce n'est pas la vie qui est comme cela, c'est le monde dans lequel on est qui est terrible !"*. On retrouve bien la différence entre la vie simple, la vie nue et le monde, réduit à la volonté grégaire de reconnaissance et à sa représentation, qui, comme le montre Les illusions perdues de Balzac et le mondain parfois snob de Proust, consiste en un réseau de signes : le code. Le code plus que l'étiquette.

La mondialisation qui est la première forme de planétarisation, telle que l'avait vu Nietzsche sans pouvoir la qualifier autrement que comme ratée, n'est que la perte de cette peau qu'on appelle monde. L'internet a aboutit à cela, nous sortir de l'ère classique où régnaient les Idées de la Raison, le Moi, Dieu et le Monde. Aussi appelées objets de la métaphysique traditionnelle. Peut-être bien que la Terre ne se débarrassera pas de sitôt de sa maladie de peau, l'humain ? Quant à savoir si nous sortons de la métaphysique, nous garderons retenue et prudence. Nous sortons, via internet et la condition tropicale (cf. Francis Hallé), de la raison suffisante qui épuise la Terre en sa croûte. Reste sa gravité et son champ magnétique comme autres conditions de l'humain, du terrien.

La Terre qui se substitue au monde et le décoiffe a quatre conditions :

  • la complexité **
  • la tropicalité
  • la gravité
  • son champ magnétique

Le monde réduit comme peau de chagrin, c'est en cela que consiste la mondialisation et ce dont les gilets jaunes sont l'expression... qui n'est pas l'alternative entre la représentation et un irreprésentable (le sacré, l'infini ou en sophistique l'inachevable, en mystique l'ineffable porteur de rédemption ou de grâce) mais un simple refus des deux, une fin de non recevoir et de non représenter. Pourtant, comme le dit de manière classique, J.-P. Vernant « il y a des formes et des degrés divers de sacré, plutôt qu'une polarité sacré-profane ». Ce n'est pas plus une profanation ou une théologie négative. Les gilets sont l'effraction dans le monde d'une insurrection de lemmings. Un fait démographique plus que social. Le social est trop mondain, trop lumineux (enlighted). Et comme le dit le président Macron, « il y aura un avant et un après gilets jaunes ».

Le monde se rétrécit alors qu'on nous parle abusivement de World Wide Web... Le monde n'est que l'autre nom de ce qui est classique et non pas quantique, de qui est porté en toute fin, par la raison suffisante ou marchande. Confère la dimension mercurienne de Yuri Slezkine. Le monde s'étiole et autre chose s'affirme sur Terre.

 

Voir aussi le cri du monde à la française, à la Franciade***, bref à la Dionysienne. On empile des montjoies précisément parce que l'on n'a pas compris la gravité et donc la légèreté. Vous comprendrez en lisant

Voir aussi ennemi et adversaire comme occupants du monde.

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* Dit autrement il parlait de la précarité qui sommeille derrière toute situation enjouée ou stable.

** Nous développons cela dans d'autres articles. Internet en est une résultante.

*** Nom révolutionnaire pour Saint-Denis, que la ville porta 10 ans.

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