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Publié par Anthony Le Cazals

Le paradoxe de Georges-Arthur Goldschmidt
Georges-Arthur Goldschmidt est à l'origine d'un étrange paradoxe qui tient à ce qu'il nomme le côté incoinçable et que l'on retrouve dans la tradition sous le terme de Mar'éh/Mar'ah (Vision/Miroir que l’hébreu consonantique entremêle) comme le développe Pierre Rachline dans La loi intérieure (éd. Hermann, _43). Georges-Arthur Goldschmidt rapproche cela de sa judéité 
« Ma judéité, c'est de savoir d'emblée et d'avance mon humanité totale et mon anonymat pointu, mon irréductibilité. »
Mais cela semble propre à toute singularité qui s'expose au regard d'autrui qui projette sur soi son propre comportement, je qualifierai cela de la posture de l'homme-miroir, pour celui qui est jaugé. Ainsi
« Je ne suis jamais ce qu'on dit de moi, je suis celui qui échappe à toute définition. Je ne suis pas ce que vous voulez faire de moi.  »
Le paradoxe de Goldschmidt apparaît rapidement quand on confronte le précédent extrait à celui-ci :
« Il arrive souvent que là où les autres vous mènent, c'est là où vous devez aller, c'est très curieux comme si les autre devinaient beaucoup mieux que soi-même qui on était et ce qu'on devait faire c'est magnifique d'ailleurs. »
C'est peut-être pourquoi la raison d'être de son processus d'écriture est l'acceptation d'autrui en tant que rescapé des persécutions nazies  :
« La raison d'être d'un livre est de vérifier que l'autre vous considère comme sien. »
Persécution qui s'est jouée pour lui alors qu'il était issu d'une famille protestante qui avait fait allégeance au Kaiser et qu'arrivé en France il s'était rapidement converti au catholicisme par respect pour ses protecteurs. C'est ce qui lui fait dire :
« La persécution c'est simplement la ressemblance »
C'est pourquoi on peut qualifier sa pensée d'anti-platonicienne. Georges-Arthur Goldschmidt a été traducteur de Freidrich Nietzsche et de Peter Handke. C'est à lui que l'on doit cette formule : « la philosophie n'est pas là où elle est formulée »
 
 
Sur la traduction :
« Le premier livre de Peter Handke que j’ai traduit, c’était Bienvenue au conseil d’administration. J’ai écrit à Handke pour lui demander une précision et il ne m’a pas répondu. Christian Bourgois un beau jour me téléphone pour me proposer de rencontrer Handke qui était à Paris : “qu’il aille se faire voir ! Il est tellement impoli qu’il n’a pas répondu à une lettre de son traducteur !” Bourgois me dit de m’arranger avec lui et me donne son numéro. Je lui téléphone et Handke me propose de venir le voir car, dit-il, il n’a jamais reçu ma lettre. On est devenu extrêmement amis et c’est pour cela que je suis tombé dans la soupe de la traduction. Mais, au départ, je ne voulais pas traduire. Je me suis aperçu depuis que vous ne pouvez pas écrire sans traduire. Tout écrivain est un traducteur, il traduit un texte muet. Peu à peu, je me suis aperçu à quel point la traduction vous apprend à écrire. J’ai mené mon oeuvre personnelle en même temps que je traduisais. Quand vous traduisez, vous avez dans le dos l’envie d’écrire. L’une et l’autre se renforcent. C’est extraordinairement excitant. L’écriture mûrit pendant qu’on traduit. J’ai appris en écrivant que ce n’était pas nécessaire d’accumuler des brouillons : c’est la masse de l’attente qui est le vrai brouillon. Pendant que vous traduisez ça s’accumule dans votre tête, puis vous allez vous promener et quand vous rentrez, vous ne savez même plus si vous traduisez ou si vous écrivez. Vous passez de l’un à l’autre presque automatiquement.
 
« Si je me suis tellement mêlé à la querelle Heidegger qui pour moi est le militant nazi type, ce n’est pas du tout pour faire le malin, c’est parce que j’étais désespéré de voir ce pays qui m’a préservé, dont cinq habitants ont risqué leur peau pour me sauver, sombrer dans le délire de l’admiration du nazisme intégral. Mais je ne veux donner de leçon à personne. Je voulais simplement dire « Français faites attention où vous mettez les pieds quand vous vous occupez d’affaires allemandes ». C’était une très grande tristesse de voir de fins penseurs français, intelligents, sensibles, particulièrement avisés, se laisser couillonner à ce point. C’était de l’indignation personnelle. Comment peut-on se laisser aller dans l’ignorance absolue d’une langue à vous prêcher ce qui n’est pas. J’étais indigné devant autant de connerie. Ce côté salonnard, distingué de certains est meurtrier ! Ce sont des gens qui jouent avec l’horreur sans le savoir. Ils n’ont pas vu que le paragraphe 27 du fameux Être et temps était une proclamation d’extermination la plus radicale. Heidegger écrit pour toute oreille allemande : « les youpins au four ! » C’est dit explicitement et tout confirme que c’est bien ce qu’il disait. Et les penseurs français sont là en admiration et lisent ce qu’ils ne comprennent pas. C’est terrible ! C’est vraiment un appel à l’élimination de l’inauthentique. Heidegger évite le mot de pureté, car il n’est pas naïf, mais son concept d’authenticité signifie qu’il n’y a que l’Allemagne d’authentique.
 

Georges-Arthus Goldschmidt s'est permis cettte réponse en 2013 : "merci cher Anthony pour ce beau texte et veuillez excuser mon grand retard à vous remercier. Vous ne déformez nullement ma pensée; vous attribuez beaucoup d'importance à ma "judéité",ais elle m'a été imposée par Hitler, je ne suis pas juif mais d'origine luthérienne,comme vous le dites te curieusement je ne sais rien,mais vraiment rien du judaïsme et j'ignore tout de l'hébreu,je sais tout juste que ça se lit de droite à gauche, je ne suis juif que parce que mes arrière-grand parents l'étaient.Tout ce que vous écrivez est à la fois généreux et très pertinent,mais je ne peux rien en dire. je vous remercie surtout de ce que vous dites si bien:La raison d'être d'un livre est de vérifier que l'autre vous considère comme sien. Comme on dit " vous avez tout compris" et cela me touche;On n'écrit,comme vous le dites si bien que pour montrer qu'on est pareil aux autres ;la persécution c'est la ressemblance,on en saurait le dire en termes à la fois plus succincts et plus"

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