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Publié par La Philosophie

Frédérique Vidal a fait une annonce aux journalistes de Cnews qui a conduit à un tollé. Elle ne concernait pas les bonbons offerts à son mari ou par son mari, mais la tentative faite par le pouvoir macronien de politiser la science. Que des pressions soient exercées par des enseignants sur d'autres chercheurs, parfois via leurs étudiants. Cela a toujours existé et donner de célèbres passes d'armes, on pensera à Badiou envoyant ses gardes-rouges au débuts du séminaire de Deleuze (Deleuze confessant son appréhension les mardi matin auprès de sa femme) ou à Deleuze répondant à Lacan dans son séminaire, ce dernier finissant par inventer le terme d'antiphilosophie tellement la joute fut contradictoire.

Le mardi 16 février 2021, Frédérique Vidal propose la mise en place d'un « bilan de l'ensemble des recherches », visant à discerner « ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l'opinion ». Cette proposition fait suite à une déclaration de la ministre, le dimanche 14 février sur le plateau de CNews, pour qui « l'islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et l'université n'est pas imperméable ».

Ces propos et cette proposition déclenchent une vive polémique et une protestation du monde de la recherche. Le comité des présidents d'université (CPU) regrette « une nouvelle polémique stérile » et fait savoir que les universités se tiennent prêtes à aider le gouvernement pour « sortir des représentations caricaturales et des arguties de café du commerce ». Le CNRS, mandaté pour réaliser cette recherche, accepte sur le principe de réaliser cette étude dans le cadre de l'alliance Athéna, mais rappelle que « l'islamogauchisme n'est pas une réalité scientifique ». Il estime par ailleurs que certains champs de recherche « comme les études postcoloniales, les études intersectionnelles ou les travaux sur le terme de « race » ont toute leur place dans le monde universitaire». Les appels à la démission se multiplient, notamment par l'économiste Thomas Piketty.

Frédérique Vidal est également désavouée par Emmanuel Macron par l'intermédiaire du porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, qui déclare que « le président de la République est profondément attaché à l'indépendance des enseignants-chercheurs, qui est un des fondements de notre république et que nous devons garantir ». Néanmoins, selon un sondage IFOP-Fiducial pour CNEWS et Sud Radio, plus des deux tiers (69 %) des personnes interrogées répondent par l'affirmative à la question si « personnellement, elle estimait que la ministre de l’Enseignement supérieur a raison de demander une enquête sur l’« islamo-gauchisme » à l’université ». Ces sont les sympathisants des Républicains et de la République en Marche qui approuvent le plus l'idée de Frédérique Vidal, avec respectivement 87 % et 81 % et, globalement, 57 % des sympathisants de gauche jugent cette enquête pertinente.

La Conférence des présidents d’université (CPU), qui a réclamé dans un communiqué publié mardi, « des clarifications urgentes ». « Si le gouvernement a besoin d’analyses, de contradictions, de discours scientifiques étayés pour l’aider à sortir des représentations caricaturales, les universités se tiennent à sa disposition », a ajouté la CPU, précisant que le débat politique ne devait « pas conduire à raconter n’importe quoi ».

Il y a deux définitions au prétendu « islamo-gauchisme » :

l'« islamo-gauchisme » c'est le remplacement par une partie de la gauche du prolétaire d'antan, la lutte des classes, par le dominé, le colonisé le racisé et donc l'alliance de cette gauche avec l'islamisme.

l'« islamo-gauchisme », c'est le refus de dénoncer l'islamisme par refus ou par peur de stigmatiser les musulmans tels que le définissent les journalistes Gérard Leclerc de CNews, et Elizabeth Martichoux de LCI. Plus explicitement ce seraient, tel que le définit les instituts de sondage IFOP et Fiducial « des intellectuels, des personnalités ou des partis politiques situés à gauche ou à l’extrême gauche qui minimiseraient la menace représentée par l’islamisme radical en France, ou refuseraient de dénoncer cet islamisme radical, par souci de ne pas stigmatiser les musulmans, ici considérés comme une minorité opprimée ».

C'est pourquoi on nous range dedans ainsi que Emmanuel Todd qui est un libéral politique d'éducation anglo-saxonne et avec pour référence Marx bien qu'il fustige toute son analyse économique. Pourtant nous ne sommes ni gauchistes, ni libéraux, ni libertaire à la Onfray (qui veut faire de Camus un libertaire, confirmation du nihilisme absurde). L'expression a été forgée à Londres où une frange antisémite du parti travailliste s'est associée à des prédicateurs islamistes et musulmans.

L'expression est forgée en 2002 par le publiciste réactionnaire Pierre-André Taguieff : « L'expression « islamo-gauchisme » avait sous ma plume une valeur strictement descriptive, désignant une alliance militante de fait entre des milieux islamistes et des milieux d'extrême gauche, au nom de la cause palestinienne, érigée en nouvelle cause universelle. Elle intervenait dans ce qu'on appelle des «énoncés protocolaires» en logique. J'ai utilisé l'expression dans diverses conférences prononcées en 2002, ainsi que dans des articles portant sur ce que j'ai appelé la «nouvelle judéophobie», fondée sur un antisionisme radical dont l'objectif est l'élimination de l'Etat juif. » Pierre-André Taguieff rappelle le fait où cela est intervenu : « C’est à partir de mes enquêtes, au début des années 2000 alors que débutait la seconde Intifada, sur des manifestations dites propalestiniennes où des activistes du Hamas, du Jihad islamique et du Hezbollah côtoyaient des militants gauchistes, notamment ceux de la LCR (devenue en 2009 le NPA), que j’ai commencé à employer l’expression « islamo-gauchisme », forgée par mes soins. ».

L'expression est réutilisée principalement en Angleterre.

« Frédérique Vidal lance une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université », Le Monde.fr,‎ 16 février 2021.
« Frédérique Vidal demande une enquête au CNRS sur l'"islamo-gauchisme" à l'université » [archive], sur Franceinfo, 16 février 2021.
CPU, « « Islamo-gauchisme » : stopper la confusion et les polémiques stériles ! ».
CNRS, « L’« islamo-gauchisme » n’est pas une réalité scientifique ».
Libération, « « Islamo-gauchisme » : Frédérique Vidal perd ses facultés », par Bernadette Sauvaget et Simon Blin.
Libération, « Thomas Piketty : «Frédérique Vidal doit partir» », par Cécile Daumas.
France Culture, « "Islamo-gauchisme" : Emmanuel Macron recadre Frédérique Vidal ».
Pierre-André Taguieff, Aux sources de l'« islamo-gauchisme », Tribune dans Libération, 26 octobre 2020. 

 

 

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