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Publié par Anthony Le Cazals puis Valérie Mazerolle

C'est amusant de passer pour un blog militant. C'est amusant de voir que beaucoup de personnes trop occupé à leurs petites affaires n'ont pas vu le retournement de réflexion de Bernard Stiegler. Oui la réflexion de Bernard Stiegler, qui n'est pas une pensée, outre qu'elle ait comme substrat une personnalité borderline avec ses cyclothymies, ses braquages, ses insultes et ses suicides. Il faut accueillir avec joie et respect son geste qui n'aurait fait que déconsidérer sa réflexion antérieur sur la transformation qu'il préférait appeler métastabilité en ce que chez lui tout concept était marqué par un renversement dialectique opposé. On pourra remarquer qu'il ait écarté de sa pensée sur la technique la technologie et qu'il n'ait jamais consi . Notre propos, qui vient en exception à son 'système' exoplanétaire, est de dire qu'il y a présentement une échange d'information (plus que de savoir) qui vient grever ou ouvrir toute entropie. Appelez-le le fini-illimité, le monde sans bord, l'éternel retour.

Si c'est pour vanter les bienfaits du pape comme Erasme (Eloge de la folie en grande partie n'est que ça), beh oui nous ne sommes pas anthropocentré ou humaniste comme vous dites, vous avez tout à fait raison, dès lors puisque cela discrédite toute notre pensée vis-à-vis de vos idées reçues, vous n'avez même plus à daigner perdre votre temps à nous répondre mais occupez vous d'abord de votre bonheur...

Comme il semble que vous ayez manqué une étape dans la pensée de Bernard Stiegler laquelle était anti démocratique et pour un léviathan technologique. Comme contrairement à Martin Heidegger qui a exprimé en 1969 un début de repentir, nous avons senti Bernard Stiegler . Peut-être réussira-t-on à nous faire croire que Bernard Stiegler mettait en place un . Je reprendrai l'argument de Bégaudeau pour lequel il n'y a pas de peuple mais que des couches populaires, argument validé de facto par les queer comme Dany Caligula. Oh de grands penseurs comme nous me direz-vous mais il faut toujours prêter le flanc à la controverse.

Bernard Stiegler ne souhaitait pas finir comme un vieillard et c'est face à la maladie et avec courage qu'il s'est suicidé, de la même manière qu'il avait mis fin de manière unilatérale à l'expérience de l'école de philosophie d'Epineuil-le-fleuriel. Il est étonnant que Bernard Stiegler, monarchiste, qui a pensé l'une des dimensions de la complexité, le multiéchelle, n'ait pas pensé à une démocratie directe locale sous la forme du communalisme par exemple mais ait déconsidéré toute forme de démocratie directe, les gilets jaunes en premier. C'est pourtant les propos peu "humanistes" (puisqu'il y a une injonction à l'être - même Sartre ne l'était pas) que Bernard Stiegler a tenu à la toute fin de sa vie. Propos effarants d'un renégat microfasciste. Mais peut-être simplement ce que vous me reprochez c'est d'avoir rompu le pacte laïc qui distingue sphère privée et sphère publique. Toutes les personnes qui entourent Bernard Stiegler ne pense pas comme lui le léviathan technologique, il verrons dans le "bouleuterion à l'époque des technologies de la scalabilité" un organe démocratique alors que Bernard Stiegler voulait le légitimer sous l'autorité d'un roi. Ce propos n'a rien d'extrémiste, il ne fait que mettre  au jour la campagne de mise en place sous le faux-nez de Bernard Stiegler (qui fustige le degré zéro de l'urbanisme ; la smart city - parce qu'il ne sait déléguer la référence et la légitimité), vanter les rois et les reines n'a rien d'anodins même si cela est courant chez les anciens gauchistes (cf. Véronique Bergen qui entérine une décision britannique). Relisez Alain (premier folio essai : Propos sur les pouvoirs), le forme de tout parlement ou assemblée générale parce qu'il nécessite des commissions est oligarchique. C'est là une réserve apportée au parlement du travailleur collectif de Clouscard. Cette forme oligarchique Stiegler en a bien conscience même s'il ne la formule par directement, il souhaite être philosophe-roi, c'est-à-dire conseiller des tyrans ou alors les mots n'ont pas de sens, mais son intérêt au moins à partir de 2016 pour Machiavel, Thomas Hobbes et car dans son name-dropping de récupération, il aborde les société ouverte sous l'angle de l'obligation - qui n'est pas la délégation encore une fois.

 

L'expérience de l'école de philosophie d'Epineuil-le-Fleuriel n'a eu lieu que de 2010 à 2016. Bernard Stiegler a peut-être compris au final que Platon et démocratie ne faisait pas bon ménage - encore moi sous une république, ce que, au passage, Platon n'a jamais pensé à l'inverse de Cicéron. Voici un texte de Valérie Mazerolle

 

 

 

 

À partir de 2010, Épineuil-le-Fleuriel a hébergé, dans les locaux de la maison-école et au sein d'un ancien moulin de la famille Fayat, une école de philosophie, entre cours, séminaires et académie d'été. Disparue depuis plusieurs années, elle a laissé son empreinte.

Août 2012. Dans la chaleur moite de la fin d’été, ils avaient pris place dans l’ancien moulin de la famille Fayat, lignée de meuniers du sud de cette partie de France partagée entre Cher et Allier. Le temps était lourd, les ventilateurs tournaient, les poussières dansaient dans les rais de lumière. Ça sentait le son. Dans ce décor dans lequel les outils n’avaient pas été gommés, ils étaient une trentaine à travailler sur un sujet contemporain : « pourquoi et comment philosopher aujourd’hui?? », en intégrant les bouleversements induits par les technologies numériques.

Autour du philosophe Bernard Stiegler, alors installé dans le village, il y avait des universitaires venus de Cambridge, d’Australie, d’Italie ou du Canada, et des habitants d’Épineuil-le-Fleuriel et des villages voisins. Une discrète et élégante silhouette habitait les lieux : Caroline. Masse de cheveux sombres parfois relevés en chignon et éternel sourire, Caroline, alors compagne du philosophe, était la cheville ouvrière de ce rendez-vous. 


Bernard Stiegler. Photo Jean Frémiot

En marinière, assis près de la porte d’entrée, bras croisés, on avait retrouvé Frédéric Mallet. L’éleveur d’aubrac était venu en voisin, « par amitié pour les Stiegler et la famille Fayat ». Il aurait pu simplement passer, mais avait assisté aux quatre jours de conférences, d’échanges. Comptant sur ce moment pour « avancer dans [sa] réflexion sur [son] métier, sur les rapports du monde agricole à la société et ses mutations. » Pour se nourrir.

 

Frédéric Mallet
 

Penser la démocratie à l’ère du numérique

 

Dans le berceau du Grand Meaulnes, où, comme nous avait expliqué un agriculteur retraité de ce village, « la viande pousse bien », l’Académie d’été - six versions - était l’un des rendez-vous créés par Bernard Stiegler en 2010, réunissant les participants au séminaire doctoral, diffusé et conduit en visioconférence depuis le moulin. Il y avait aussi des cours, donnés un samedi sur deux à la maison-école.


Dans cette école au sens originel du terme - discipline de la pensée visant à former des citoyens - on travaillait, en dehors des chemins balisés, à acquérir à une intelligence critique, individuelle et collective, on pensait les enjeux contemporains du développement des réseaux numériques, les rapports de la philosophie à la citoyenneté, la mémoire. On réfléchissait sur la démocratie. On retrouvait Platon, Le Banquet, La République, Théétète, Le Sophiste. On liait la crise de la société hellénistique et l’érosion du modèle occidental actuel. Dans le laboratoire de recherches qu’était l’ancien moulin aux murs couverts de lierre, et dans la maison-école, on se forgeait, à travers la pensée de Bernard Stiegler, un outillage conceptuel pour penser notre temps.

 

L'académie de philosophie de Bernard Stiegler en 2012.

Dans l’ancienne école du village, on avait croisé Ève, étudiante en IUT à Moulins, qui suivait les cours « parce que la « philo lui manquait ». Morgane, en terminale à Montluçon, voulait « s’ouvrir l’esprit ». Maëlle, 15 ans, était en quête d’une « autre approche de la vie, de recul par rapport au quotidien, presque d’une thérapie ». Françoise, quinquagénaire du village, venait, elle, « faire travailler sa tête ». « Je ne sais pas exactement ce que nous étions : des élèves, des disciples?? », s’interroge aujourd’hui Gérald Casteras, enseignant retraité, fondateur de la fabrique Poïen, pôle de création et de diffusion ancré à L’Ételon (Allier) qui a suivi les quatre années de cours dédiés à Platon.


Depuis Épineuil-le-Fleuriel, tout était partagé, en libre accès sur le site d’Ars industrialis, association fondée par Bernard Stiegler hébergeant une école en ligne (pharmakon.fr) et des rencontres. Les mots parcouraient les continents, se baladaient à travers le monde. Bernard Stiegler voulait « réinvestir les territoires », « construire un nouveau rapport à la localité », lier l’ultralocal et l’universel, en s’appuyant sur les réseaux numériques dans lesquels il voyait un pharmakôn de notre temps : le poison ou le remède, la puissance salvatrice, émancipatrice, de la technique et sa force destructrice. Depuis leur champ ou leur fenêtre, les habitants l’apercevaient, sur son vélo, déroulant ses pensées, enregistrées sur son téléphone portable.
 

Académie d'été 2015 à Epineuil-le-Fleuriel. Photo Jean Frémiot
 

« La pensée de Stiegler a marqué nos vies »

 

Les cours comme l’Académie d’été appartiennent désormais au passé. Ils sont dans un autre temps. Ces moments restent, pour autant, très présents chez celles et ceux qui étaient là. La philosophie a irrigué des pensées. « Elle a marqué nos vies », confie l’auteur photographe Jean Frémiot, mains serrant un mug de thé au jasmin. L’aventure de l’école, il l’a rejointe quand elle n’était que projet, embryon. Et l’a suivie jusqu’à son terme. Il conserve des amitiés, des réalisations - expositions, conférences, films - nés de rencontres. Il conserve, surtout, une charpente philosophique, qui le porte dans sa pratique de la photographie. 

 

Jean Fremiot

« La première des techniques humaines était le langage. Cela faisait écho à ce que nous vivions au Café Repaire Le Guet-apens de Pigny. On se sentait bien avec le langage comme première technique ». Dans la foulée, Jean Frémiot, qui participait autant aux cours, séminaires qu’aux Académies d’été, a monté un programme sur les techniques de soi, où l’appropriation des techniques l’emportait sur les industries culturelles, du marketing et de l’information. Le photographe a par la suite fondé Le Réel et son Double, à Pigny, dans lequel il œuvre à dessiner une nouvelle manière de se rencontrer sur un territoire rural. Après une parenthèse, ce lieu pensé comme une fabrique de commun ouvrira à nouveau ses portes à l’automne.

 

 

« On était studieux, appliqués, bons élèves… »

 

À ses côtés lors des cours dans la maison-école, il y avait Damien Remanjon. Ensemble et avec quelques personnes du pays Fort, ils partaient un samedi sur deux vers le sud. Les voitures se remplissaient pour des virées philo. Trois heures chaque fois. « On était studieux, appliqués, bons élèves… ». Charpentier à Morogues, le jeune homme a suivi pendant trois ans les cours. La philosophie, absente de sa formation, « manquait » à son ossature. À Épineuil-le-Fleuriel, Damien Remanjon a retrouvé Platon, dont il lisait jusqu’ici « les écrits dans son coin ». « On a commencé avec la Grèce antique. Et puis on est allés vers l’ensemble de la pensée occidentale ». Une nourriture qui lui a permis, confie-t-il, « de repenser son métier, de revenir au trait. » La philosophie pour repenser le geste. Celui qui bâtit. Celui qui construit des charpentes, symboles de la raison, du droit, de l’organisation d’une société. Celui qui agit, c’est-à-dire qui reprend la main, gouverne.

 

Jean Fremiot et Damien Remanjon
 


« Bernard Stiegler insistait sur cette idée qu’à partir du moment où le désir, qui fait de nous des êtres humains, se mue en pulsion sous l’effet du capitalisme, on n’est plus maître de soi mais soumis aux impératifs économiques », se souvient Gérald Casteras. Des cours, cet acteur de la vie culturelle de son territoire garde notamment en mémoire, au-delà d’un vocabulaire « complexe, exigeant », les « courts-circuits » : « on étudiait les mots de Platon et apparaissait sur un écran des images très contemporaines : publicités, photos de films… Cela faisait sens et en même temps, nous bousculait ».


« Une matière à réflexion sur le contemporain »

 

Comme Jean Frémiot ou Damien Remanjon, Gérald Casteras vit aujourd’hui avec les enseignements d’Épineuil-le-Fleuriel. « J’ai vécu ces moments comme un apport culturel et une matière à réflexion sur le contemporain. C’était une expérience de vie. La philosophie venait irriguer la pensée, comme elle venait irriguer le territoire. »

 

 

Depuis plusieurs années, Platon n’est plus enseigné à Épineuil-le-Fleuriel et le moulin n’est plus habité par des étudiants venus du monde entier. Dans le village, un autre chapitre s’est ouvert. Un soir d’août 2016, lors de ce qui serait la dernière Académie d’été, l’ambiance a tourné à l’orage. Le traditionnel banquet de clôture de ces journées de travail n’a pas eu lieu. Et puis les chemins se sont éloignés. Pour certains, pour lequel le passé peut-être beau tout en étant teinté d’amertume, ils ne se recroiseront sans doute pas. Bernard Stiegler n’est plus là. Pour ceux qui ont assisté aux cours, sa pensée reste ancrée. Sa langue aussi.

 

Académie d'été 2015 à Epineuil-le-Fleuriel. Photo Jean Frémiot

 

Valérie Mazerolle

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