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Publié par Alain

La réponse d'Alain, au Léviathan technologique que souhaitait mettre en place Bernard Stiegler, en commençant par expérimenter à Plaine commune alors qu'il s'en foutait pas mal de la concertation démocratique. "Oh comment osez-vous dire ça ?", ce sont ces propos dans ses deux derniers allocutions juste avant l'assemblée générale. Nous pouvons envoyer . Lui pense que le fascisme n'existe plus alors précisément qu'il fait preuve de microfascisme et que peut-être les industriels (les commerçants à échelle industrielle) ne le financeront plus. Reste le jihadisme et ses milliers de toyota, reste les nervi de Ayoub et leur costumes derniers cri. Restent ces lois de régimes autoritaire prêt à renvoyer les musulmans natifs hors de chez eux. Paris8philo

Le plus clair de l'esprit démocratique, c'est peut-être qu'il est anti-social. Je m'explique. On petit considérer une société comme une sorte de gros animal. Je l'en­tends par métaphore ; mais il y a des mystiques qui veulent croire que ce gros animal existe réellement comme vous et moi, qu'il sent, qu'il pense et qu'il veut comme nous pensons, sentons, voulons. Ce n'est que mythologie ; mais de toute façon il faut convenir qu'il y a des forces sociales bien puissantes qui ressemblent tout à fait à des forces naturelles. La défense contre les criminels, dans certains cas, prend ainsi forme de panique furieuse, et déchire très bien des innocents. La guerre s'explique par des causes du même genre, dont nous ne nous défions jamais assez. Les hommes les plus pacifiques sont soudainement transformés par l'état de guerre, jusqu'au jour où l'épuisement fait naître un besoin de paix tout aussi impérieux et universel, comme Napoléon 1er l'a éprouvé à ses dépens.

 

Je range encore parmi les faits du même genre l'adoration soudaine pour un chef, ou pour un orateur, les entraînements bien connus des assemblées, le délire révo­lutionnaire, enfin tous les courants d'opinion qui naissent comme le vent et le cyclone, et se terminent de même. La religion, quelle qu'elle soit, est le plus brillant et le plus connu de ces phénomènes d'Effervescence, qui tuent le sens commun. Nous dirons, pour abréger, que Léviathan a des passions, des colères, des fatigues, des fièvres et des attendrissements. L'individu, qui n'est qu'une pauvre petite cellule dans le grand corps, est pris dans ces mouvements, soulevé, roulé, transporté ; on peut bien dire aussi qu'il est à la fin usé et arrondi comme le galet sur nos plages. Quand cette rumeur monte et s'étend, les circonstances sont agréables pour les gouvernants, qui sont comme des dieux.

 

Chose digne de remarque, ce gros Léviathan, dont vous et moi nous sommes de petites parties, n'est pas du tout civilisé ; c'est un enfant ou un sauvage, comme on voudra dire. Ce qu'il peut faire, il le fait aussitôt ; son âme, s'il en a une, ne distingue pas entre la force et le droit. Lorsqu'il fait des promesses ou signe des traités, il ne se croit point tenu par sa parole ; ce n'est qu'une ruse pour gagner un peu de répit. L'histoIre le prouve assez ; et les hommes d'État, illuminés par cet esprit de l'ensem­ble, adoptent bientôt les mêmes maximes. Et il est ordinaire qu'on leur pardonne tout, si seulement ils réussissent.

 

Eh bien, il me semble que tout mouvement démocratique s'élève contre les réac­tions du gros animal, et tend à balancer l'association naturelle, disons l'organisme social, par une espèce de contrat appelé à tort contrat social, car c'est un contrat anti-social. Il est alors promis et juré que l'on résistera à ces mouvements instinctifs du gros animal, et qu'on les soumettra, autant que possible, aux règles de justice qui sont acceptées par les individus. C'est en ce sens que l'Esprit Démocratique juge la Patrie et blâme la guerre. Le conflit fut violent aux temps de l'affaire Dreyfus, il dure encore. L'Esprit se délivre de l'Instinct.

 

 

 

18 décembre 1912.

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