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Publié par Le Cazals

Nous vous recommandons ces deux livres qui contrecarrent à leur manière la réduction opérée par le champ opératoire des idéalités mathématiques et la dite "science" des systèmes complexes adaptatifs, tant de mots pour une même choses la projection de l'institution ouverte hors d'elle-même mais qui ne ramène à elle que du similaire.


des livres à découvrir


Bernard Lahire
Franz Kafka : éléments pour une théorie de la création littéraire
La Découverte - 4 février 2010

Bernard Lahire s’est confronté à un monument de l’histoire littéraire. Considéré comme l'un des grands représentants mondiaux de la littérature d'avant-garde, Franz Kafka a laissé une œuvre jugée le plus souvent énigmatique et formellement inventive. Il y avait donc un véritable défi scientifique à montrer ce dont la sociologie est capable sur un terrain qui ne lui est, a priori, pas favorable. Pourquoi Franz Kafka écrit-il ce qu'il écrit comme il l'écrit ? Pour répondre à cette question, Bernard Lahire examine, grâce aux outils de la biographie sociologique, la fa-brication sociale de l’auteur du Procès, depuis les primes expériences familiales jusqu'aux épreuves les plus tardives. En entrant dans les logiques mentales et comportementales de Kafka, il saisit non seulement les raisons qui le conduisent à être attiré par la littérature, mais il se donne les moyens de comprendre autant les propriétés formelles de son œuvre que la na-ture des intrigues qu’il déploie en faisant travailler une série de questions qui composent sa problématique existentielle.
Dans ce livre magistral qui, au-delà du cas de Kafka, pose les fondements d’une théorie de la création littéraire, les œuvres apparaissent comme autre chose que des solutions esthétiques à des problèmes formels ou que des manières de jouer des coups dans un champ littéraire. Les œuvres sont aussi des points de vue sur le monde, des manières formellement spécifiques de parler du monde mises en œuvre par des créateurs aux expériences sociales singulières. « La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l'auteur », écrivait Roland Barthes. Pour sa part, la lecture sociologique (ou historique), en tant que lecture scientifique, doit au contraire faire renaître l'auteur – un auteur socialisé et non sacralisé – pour rendre raison de ses textes.
- Présentation de l'éditeur -


Bernard Lahire
La Condition Littéraire- La double vie des écrivains
La Découverte - 31 aout 2006

Bien que les écrivains soient l'objet d'une grande attention publique, force est de constater qu'on les connaît en réalité très mal. Faute d'enquêtes sérieuses, on se contente bien souvent de la vision désincarnée d'un écrivain entièrement dédié à son art. Et l'on peut passer alors tranquillement à l'étude des textes littéraires en faisant abstraction de ceux qui les ont écrits.
Ce livre fait apparaître la singularité de la situation des écrivains. Acteurs centraux de l'univers littéraire, ils sont pourtant les maillons économiquement les plus faibles de la chaîne que forment les différents « professionnels du livre ». À la différence des ouvriers, des médecins, des chercheurs ou des patrons, qui passent tout leur temps de travail dans un seul univers professionnel et tirent l'essentiel de leurs revenus de ce travail, la grande majorité des écrivains vivent une situation de double vie : contraints de cumuler activité littéraire et « second métier », ils alternent en permanence temps de l'écriture et temps des activités extra-littéraires rémunératrices. Pour cette raison, Bernard Lahire préfère parler de « jeu » plutôt que de « champ » (Pierre Bourdieu) ou de « monde » littéraire (Howard S. Becker) pour qualifier un univers aussi faiblement institutionnalisé et professionnalisé.
Loin d'être nouvelle, cette situation de double vie - dont témoignaient Franz Kafka et le poète allemand Gottfried Benn - est pluriséculaire et structurelle. Et c'est à en préciser les formes, à en comprendre les raisons et à en révéler les effets sur les écrivains et leurs oeuvres que cet ouvrage est consacré. Il permet de construire une sociologie des conditions pratiques d'exercice de la littérature. En « matérialisant » les écrivains, c'est-à-dire en mettant au jour leurs conditions d'existence sociales et économiques, et notamment leur rapport au temps, il apparaît que ni les représentations que se font les écrivains de leur activité ni leurs oeuvres ne sont détachables de ces différents aspects de la condition littéraire.

- Présentaiton de l'éditeur -
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