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Publié par Daniel Cardot

Le travail de l'utopie. Godin et le familistère de Guise par Michel Lallement

Ed. Les Belles Lettres, 2009, 510 p., 29 euros.

Jean-Baptiste Godin, homme du peuple et disciple de Charles Fourier, devenu riche industriel, voulut mettre en pratique les analyses de ce dernier et changer l'habitat et le rapport au travail. Il construisit donc le Familistère, un "palais social" où, à côté du logement, se trouvent écoles, théâtre, commerces, buanderie, "nourricerie" (crèche), "pouponnat" (maternelle)..., où l'on dispose d'eau courante (chaude et froide) et de chauffage. Cela lui vaudra quelques ennuis (la IIIe République refusait la mixité des écoles qui était la règle au Familistère) et la participation collective n'est pas toujours à la hauteur des espérances, mais le système éducatif est de bonne qualité et les conditions d'habitat exceptionnelles pour l'époque.

En ce qui concerne l'entreprise, Godin renonce vite à l'une des idées centrales de Fourier - le travail attrayant -, mais cherche à valoriser le talent, l'initiative et la participation. C'est en partie l'échec, même si la transformation de l'entreprise en association ouvrière (coopérative de production) contribue à modifier les rapports sociaux en son sein, sans toutefois effacer les différences sociales comme il l'aurait souhaité.

Godin n'a pas vraiment réussi à associer le travail et le capital. Michel Lallement s'efforce d'analyser les raisons de cet échec: quand "la production des richesses s'impose au titre d'objectif collectif prioritaire, la transformation radicale des conditions de travail est un problème quasiment insoluble". Produire ou s'épanouir, il faut choisir. Une conclusion qui sonne comme l'enterrement des utopies sociales. En tout cas, le livre mérite le détour, car, même s'il est parfois un peu longuet, il est passionnant.


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