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Publié par Paris8philo (texte de Benoît Goetz)

Dans notre série sur la jubilation de la transformation mis en avant par des femmes et dont relate par exemple le film de Ozon, Potiche, voici un texte sur le concept de TRANSFORMAT produit par Jean-Pierre Faye. Paris8philo.

 

par Benoît Goetz

Il ne s’agit pas, dans ce nouveau livre de Jean-Pierre Faye, de « nouvelle philosophie », mais
de nouvelles voies pour la philosophie, ce qui est bien différent. En effet, beaucoup de choses
ici narrées sont bien connues des lecteurs de Jean-Pierre Faye. Ce ne sont pas des obsessions,
mais des leitmotivs : par exemple, les raisons du retournement anti-métaphysique de Martin
Heidegger. Nous reconnaissons ce thème, inlassablement repris, mais cela ne nous lasse pas,
car Jean-Pierre Faye a un génie unique pour raconter la philosophie et ses transformations.
Et les grands enfants que nous sommes ne se plaignent jamais d’entendre toujours la même
histoire. La même histoire ? Certes, mais autrement modulée, et en d’autres circonstances,
dans un autre site, un autre livre, sur un autre « littoral ». Tout à la jouissance de l’écoute de
ce conteur génial, le lecteur pressent que pour Jean-Pierre Faye, la dénonciation ne compte
que pour presque rien (et c’est ce qui fait toute la différence...). On ne nous enjoint pas ici de
dénazifier notre bibliothèque. Il s’agirait plutôt de dilatation, d’amplification de la philosophie,
et jamais de soustraction. On peut donc se détendre à l’écoute de cette parole chantante, et
cesser de se défendre. On n’aura pas à céder à la triste passion de la contradiction. « Jean-
Pierre Faye a raison ! ». C’est d’ailleurs ce que l’on doit accorder à tout philosophe que l’on
commence à lire. En adoptant cette posture non agonistique, que peut-on espérer découvrir en
lisant Faye ? Beaucoup de choses... Beaucoup d’idées et de concepts, tissés dans la mélodie
du conteur. D’abord, ce terme curieux de « transformat ». Ce livre se présente comme une
« Introduction à la philosophie du transformat ». On se souvient du nom de la revue de Jean-
Pierre Faye : Change. Jean-Pierre Faye attire l’attention sur ce qui passe, se transforme et se
« réciproque », entre l’« espace des langues » et le sol des réels ». Le concept se raconte et le
conte devient concept. Le monde, « monstre vibratoire », devient le monde connu, le paysage
que nous connaissons, à travers la transformation conceptuelle. Faye transforme Nietzsche
avec une fidélité déconcertante. Et comme dans la pensée de Nietzsche, on est sans cesse
attiré ici vers un autre paysage (ou plutôt : c’est un autre paysage qui nous attire). Le littoral
narratif est le point où les transformations ont lieu entre concept et états de chose. Tout
concept demeure « vibrant » des mouvements, des inventions et des dangers de ce littoral. Le
« transformat » est donc ce qui a lieu entre inventions conceptuelles et inventions mentales. Le
« transformat » est le monstre transformant, et le monde lui-même est un monstre et un conte.
Faye nous raconte, sur un autre ton que celui des grands prêtres de la cosmologie vulgarisée,
l’histoire de « notre » univers et de sa lumière. Comme Nietzsche, et comme Deleuze peut-
être (avec lequel il entame un passionnant dialogue), Faye est un « «physicien », c’est-à-dire
un narrateur, tel Héraclite qui nous dit – en une sentence que Faye aime beaucoup citer (et
où surgit pour la première fois le philosophos) – que le philosophe doit connaître beaucoup
d’ « histoires ».

 

Pour citer cet article
Référence électronique
Benoît Goetz, « Jean-Pierre Faye, Les Voies neuves de la philosophie »,  Le Portique [En
ligne], 21 | 2008, mis en ligne le 21 août 2008. URL : http://leportique.revues.org/index1913.html

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