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Publié par Anthony Le Cazals

" On ne peut qu’être étonné – et réjoui – de l’ampleur prise par ce débat qui a d’abord fait son chemin sur Internet à partir de la vidéo de Paul Grignon, Money as debt, mais qui reçoit un fameux coup de main de la crise financière – a-t-on jamais autant parlé qu’aujourd’hui de banques et de liquidités ?... Trop habitués à la parlotte entre initiés mais surtout persuadés de leur monopole « naturel » sur la chose économique, les économistes ne pouvaient imaginer un seul instant voir débarquer dans les cénacles bien propres de l’académie une horde de mal-élevés décidés à se saisir de la question monétaire. Mais les manants ne respectent rien et eux qui ont été si longtemps et si soigneusement tenus à l’écart des débats économiques ont décidé d’un coup que ces choses-là les concernaient aussi et qu’à défaut de se les voir expliquer ils s’en saisiraient eux-mêmes. Seul un réflexe d’ordre, hélas trop prévisible, peut avoir conduit certains économistes, nouvelle noblesse de robe, à s’être scandalisés et à avoir pris pour une insupportable intrusion dans le champ de leurs questions réservées ce qui devrait être tenu pour le plus admirable des réflexes démocratiques : le tiers-état s’intéresse. À la décharge des clercs, il faut bien reconnaître que ce débat « parallèle » sur la création monétaire a été lancé de la plus maladroite des manières et que le sens commun académique a quelques bonnes raisons de renâcler aux accents légèrement paranoïaques de la vidéo de Paul Grignon qui, sur fond de musique inquiétante, dévoile la formidable conspiration : la monnaie est créée ex nihilo par les banques… Evidemment le goût du sensationnel en prend un coup sitôt découvert que la conspiration de la création monétaire ex nihilo fait l’objet des enseignements de première année universitaire, et même des lycées, à l’occasion desquels la « révélation » a jusqu’ici provoqué peu d’évanouissements. Une bonne moitié de la vidéo-scoop de Grignon était donc déjà en vente libre et disponible dans n’importe quel manuel pour classes de Terminale SES…

   Le principe symétrique du droit absolu de saisine des « amateurs », et de leur droit d’effraction dans les débats des « professionnels », devrait donc consister en un minimum de respect pour la division du travail et une obligation, non pas bien sûr d’avoir préalablement accumulé une connaissance « professionnelle », mais au moins de ne pas imaginer « tout inventer », de cultiver le doute méthodique que « la » question (n’importe laquelle) a dû être déjà travaillée, et de faire l’effort minimal « d’y aller voir avant » – manière d’éviter les boulettes du type « complot monétaire »… On pourrait cependant aussi imaginer que la position même du « savoir » devrait valoir à ceux qui l’occupent une sorte de devoir d’indulgence, pour mettre tout ça de côté. Et en venir plus rapidement aux vraies questions. Quitte à résumer grossièrement, il semble que l’objet du tumulte tourne autour des éléments suivants :
   1. On croyait la création monétaire le fait de l’Etat – l’Etat n’était-il pas réputé « battre monnaie » ? – ; on découvre que c’est plutôt l’affaire des banques privées.
   2. Non contente d’être privée, l’émission monétaire-bancaire s’effectue ex nihilo. Or ce qui ne coûte rien à « produire » (l’octroi de lignes de crédit) est facturé quelque chose : le taux d’intérêt. La chose n’est-elle pas profondément illégitime ? Nul ne questionne le privilège de quelques institutions privées, seules détentrices du droit de création monétaire, et encore moins les conditions réelles de leurs profits.
   3. Un qui sait combien l’intérêt lui coûte, c’est l’Etat. Le service de la dette publique n’engloutit-il pas bon mal an l’équivalent des recettes de l’impôt sur le revenu ? Certes, ce ne sont pas des banques qui le lui facturent (l’Etat s’endette sur les marchés), mais – retour au point 1 – si l’Etat disposait du droit de création monétaire, il pourrait en profiter – lui, c’est-à-dire la collectivité des citoyens-contribuables – et, pour peu qu’il soit raisonnable, réserver « sa » création monétaire au financement de l’avenir, c’est-à-dire des biens d’équipement de la nation, le tout bien sûr à intérêt nul, donc avec les économies qu’on imagine.
   4. Or il se trouve que les facilités monétaires que lui accordait la Banque de France ont été interdites par la loi de 1973, et que le verrouillage est devenu quasi définitif avec l’article 123 du Traité européen (Lisbonne) qui prohibe formellement toute avance de la BCE aux Etats membres.
   Il faut bien reconnaître que l’idée de la création monétaire ex nihilo est suffisamment contre-intuitive et suffisamment contraire aux représentations spontanément formées par le sens commun en matière monétaire pour justifier l’effet de stupéfaction qu’entraîne presque systématiquement son énoncé. Car le sens commun se figure le banquier comme l’homme aux écus – il n’a pas totalement tort… – assis sur un tas d’or préalablement accumulé et par conséquent disponible pour être ensuite prêté. C’est là, au sens strict des termes, confondre la finance, où des détenteurs de capitaux déjà accumulés prêtent à des demandeurs de fonds, et la banque, dont l’action caractéristique est le crédit, qui procède par simple écriture et met des fonds à disposition hors de toute accumulation préalable, et sous la forme de la bien nommée monnaie scripturaire, simplement en créditant des comptes d’agent."

Bonne continuation...

2. Le Mercredi, 12 mai 2010, 00:38 par Anthony Le Cazals Répondre à ce commentaire

A noter que

Derrière le capitalisme cognitif, se cache la justification d'une caste intellectuelle qui produit son propre statut en définissant ses propres privilège, car il faut connaître les intimes de YMB. Tout ce qui est de l'ordre du cognitif me gêne. La science n'a pas toujours procédé par connaissance, en tout cas pas avant l'invention du sujet et de l'objet par Descartes. Mais si la Raison s'est épuisée (Spinoza, Pascal et même Leibinz le savait alors même qu'ils s'en réclamaient), la connaissance elle ne s'épuise pas. Alors pourquoi inventer un secte cognitive, sinon pour justifier de sa particularité comme ceux qui avaient inventer le quaternaire (chercheurs) pour ne pas être mélangés avec les prostituées qui elles aussi prodigues leurs offices, quaternaire. La réponse à mon précédent commentaire vous fera aller plus en avant.

Réponse de Galuel Le Mercredi, 12 mai 2010, 07:42 par Galuel

@Anthony Le CazalsRépondre à ce commentaire

Je ne suis pas sûr de comprendre exactement le sens profond de votre commentaire mais je voudrais y apporter des éclairages

1) La Physique avait beau faire partie du programme officiel de 1ère, 2ème, 3ème etc... année, cela n'empêchait pas l'étudiant Albert Einstein de la juger obsolète, dépassée, et pas en phase du tout avec la réalité des phénomènes observés, non plus d'ailleurs que des travaux des physiciens expérimentaux et théoriques.

Il n'y a donc nul critère de légitimité à quoi que ce soit du fait que ce soit enseigné, et toute vérité consensuelle n'est pas à l'abri d'une profonde remise en question.

2) Le poids de la dette pour l'Etat on s'en fout, tout le monde s'en fout. Le monde, le vrai, celui qui à l'instar du monde d'Einstein refuse l'ordre établi et le consensus mou à l'aune de l'expérimentation véritable et directe, ne se pose pas le problème de la monnaie pour l'Etat. Il se pose le problème de la monnaie pour le CITOYEN, et souhaite que l'Etat soit AUX ORDRES du Citoyen qui in fine est la seule et véritable unité souveraine qui soit.

Cette idée comme quoi l'Etat serait à même de résoudre les problèmes du Citoyen fait partie d'une crise antérieure qui a déjà eu lieu, et qui a conduit à séparer Monnaie et Etats. Il s'agit maintenant de séparer Monnaie et Banques.

Aussi seul le Dividende Universel est une solution monétaire acceptable, qui conduira à la réduction insupportable du poids des Etats et Banques qui vivent avec 50 ans de retard sur la complexité individuelle réelle.

 

Réponse de Jean Zin Le Mercredi, 12 mai 2010, 11:49 par Jean Zin Répondre à ce commentaire Répondre à ce commentaire


@Anthony Le Cazals : Ce n'est pas parce qu'il y a des explications sociologiques qu'on devrait rejeter tout ce qui vient d'autres classes sociales. Il n'y a pas de science prolétarienne. Le capitalisme cognitif est un fait et qui n'a rien à voir avec des connaissances raffinées. Je suis bien d'accord que les cognitivistes sont souvent des analphabètes redécouvrant péniblement Husserl et que c'est une secte qui fait du mal à la psychiatrie mais cela n'a rien à voir avec la fonction cognitive du numérique qui est bien réelle. Il est vrai qu'on ne peut réduire la part humaine au cognitif et que j'ai moi-même critiqué l'expression de capitalisme cognitif en mettant en avant le concept d'information plus général mais il ne faut pas que les mots fassent barrière à la pensée. Ce qui importe, c'est s'il y a des idées utilisables. Il ne suffit pas de refuser une réalité pour l'empêcher d'exister. Quant au quaternaire, la définition que j'en connaissais (par Roger Sue) désignait les travailleurs autonomes.

Il est bien évident que si la création monétaire n'est pas à hauteur des capacités de remboursements, le système s'écroule, on l' a vu avec les subprimes. Cela n'empêche pas que le film l'Argent-dette (que j'ai critiqué) est mauvais car il fait d'une vérité mensonge, en particulier avec l'invraisemblable obligation d'emprunter pour payer les intérêts ! La supposition, c'est que l'argent n'est pas productif.

YMB montre le contraire et il a raison. Quand il assimile argent et crédit, c'est qu'ils sont fondés sur la confiance. Ce pourquoi l'argent que Paul Jorion a en poche et qui lui semble plus matériel que les dettes qu'on lui doit, n'empêche pas du tout que son argent peut ne plus valoir grand chose si la confiance dans la monnaie disparaît comme dans la République de Weimar. On peut être d'accord sur la différence de statut entre monnaie et dette sans que cela ne les rende complétement dissemblables. Tous ceux qui ont participé à un SEL savent qu'il y a équivalence entre argent et dette, dette moins assurée que si on était payé en espèces sonnantes et trébuchantes mais qui aboutit aux mêmes échanges finalement.

@Galuel : Tout le monde peut donc créer de la monnaie, sauf que cela ne sert pas à grand chose sinon à créer de nouvelles mafias sans doute. On peut toujours se prêter entre pairs, en P2P, mais pour la monnaie il faut un tiers (le tiers payant). C'est ce qui différencie la monnaie de la dette en grande partie. Pour ma part je défends des monnaies locales, donc politiques, publiques et non pas privées, pas les "monnaies libres".

C'est pareil pour le dividende universel. Même si je n'adhère pas à sa théorisation, je pourrais être d'accord puisque je défends un revenu garanti et donc un revenu pour tous, sauf que ce dividende universel risque d'être bien trop faible. Il faut se méfier de tout ce qui est trop simpliste et ne prend qu'un seul facteur en jeu. Il n'y a vraiment aucune raison de surévaluer les pouvoirs du Citoyen qui doit bien tenir compte des réalités et des divisions multiples. On ne peut balayer d'un revers de main tout le savoir passé. Il est faux qu'Einstein ait rejeté la physique de son temps qu'il n'a fait que reprendre. On ne peut tout changer comme si l'histoire n'avait existé, on ne peut se libérer de tous nos liens non-réciproques, toute négation est partielle et conserve plus qu'elle ne renie. Les utopies merveilleuses qu'on nous raconte retombent vite comme des soufflés. On peut quand même changer la donne mais ce n'est pas seulement une question monétaire.

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