Archives

Publié par Anthony Le Cazals

Ici nous pratiquons l'auto-édition sans ISBN, mais il existe d'autres voix...

 

N.O. - Qu'appelez-vous l'«anti-édition»?
M.-E. Nabe. - Remettre l'auteur au centre. J'ai réfléchi après avoir été évincé des éditions du Rocher - non pas par Jean-Paul Bertrand comme je l'ai parfois lu, mais par les repreneurs de la maison. Je n'avais plus d'argent, plus de portable. L'alternative, c'était arrêter d'écrire, ou écrire un livre sur un type qui arrête d'écrire. Un peu comme dans «Je suis mort» : je me flingue, ou je raconte ce qui se passe quand un mec se flingue. Pour l'instant, j'ai toujours choisi la deuxième solution. Il a fallu monter une microstructure pour le publier.

La situation était particulière pour moi parce que je n'étais pas complètement inconnu. Ça n'avait rien à voir avec l'autoédition classique du débutant qui essaie de faire publier son livre. Il y a eu tout un tas de démarches à faire. Avec Audrey Vernon, on a recherché un numéro ISBN, on a fait les choses légalement. Le roman lui-même était particulier : je l'ai écrit en faisant semblant d'arrêter d'écrire. Il a donc fallu travailler concrètement dans l'ombre à édifier cette structure et à la fois continuer le livre, pendant quatre ans. Sachant qu'il n'y aurait pas de retour en arrière possible. Je n'allais pas le proposer à une maison d'édition. Il y avait la tentation d'Internet. Mais je ne voulais pas d'un livre numérique. Je préférais une autoédition à l'ancienne, inspirée des pratiques de Tolstoï, de Dostoïevski, de Pouchkine.
La grande faiblesse du milieu littéraire, c'est son ignorance. Beaucoup ignorent que c'est Madame Dostoïevski qui a lancé l'édition des œuvres de son mari à partir des «Possédés», ou que c'est la femme de D.H. Lawrence qui s'est occupé de la publication de «Lady Chatterley». On apprend beaucoup de l'histoire littéraire : Mallarmé voulait créer une bourse pour aider les jeunes poètes à écrire et à publier, financée par l'argent des best-sellers. On a regardé : les choses n'avaient pas tellement changé depuis le XIXème siècle. On s'est surtout intéressé à Dostoïevski. Anna Dostoïevski vendait directement les romans de son mari aux libraires, à partir du moment où elle s'est rendu compte qu'ils étaient dans une situation matérielle difficile alors même que les livres se vendaient bien.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article