Archives

Publié par Anthony Le Cazals

L’inscription se fait sous deux formes à partir de symboles : la notation personnelle et l’écriture qui a un destinataire. Avec les écritures cunéiformes et hiéroglyphiques, le code source de l’écriture relève de l’expertise des scribes et est jalousement gardé secret. Mêmes les souverains, à quelques exceptions près, ne savent ni lire ni écrire. Les phéniciens, peuple de commerçants, inventent l’alphabet consonantique. Seules les consonnes sont écrites. Par exemple, « Sls ls cnsnns snt crts » : c’est ainsi que l’on écrit la phrase précédente de manière consonantique. Avec l’écriture des sons vocaliques, au travers des voyelles, le grec ancien est la première langue à disposer d’un alphabet phonétique. Phéniciens comme grecs disposent d’une trentaine de symboles contre plusieurs centaines auparavant. Pour les Grecs, il sera très aisé d’inventer des verbes pour l’action et de les substantiver à l’image de l’auxiliaire « être ». À partir de cette invention, c’est l’apparition de l’occident, qu’occidentalisent les Juifs et qu’orientalisent les Chrétiens — soit dit en passant, la troisième secte juive, les Mandéens, disciples de Saint-Jean le baptiseur, ayant pratiquement disparu avec la seconde guerre d’Irak. Petit saut dans l’histoire, dans cette disparition tardive ont peut voir la performance à l’œuvre d’un tout dernier genre d’écriture, notamment pour la balistique. Notre époque possède aussi son lot démultiplié d’inventions quant à l’écriture. Ces inventions font de l’écriture un code que l’on décode et recode : c’est le langage-machine. Mais comme pour les hiéroglyphes, il existe une caste particulière de gens capables d’écrire et de donc de programmer ce qui relève du capital (les machines) : ce sont les informaticiens ou programmateurs aidés des techniciens-système pour la mise en réseau des machines. Toute la population n’est pas capable de le faire. L’écriture est la formulation de propositions adressées et enchaînées. Ecrire, quand cela ne relève ni de la réflexion ni de la dialectique, est l'incorporation de notations. Les tenants de la notation sans écriture ont été Aristote, Pascal, Valéry, Husserl, plus récemment Loraux. Aristote et Pascal ayant formalisé par ailleurs. La notation est davantage ce qui se rapproche le plus de ce que les stoïciens nomment « la mise en rapport par le discours » (logos) qui n'est pas la mise en formule par le travail de l'écriture. C'est pourquoi par exemple nous nous étions intéressés aux notes préparatrices du Visible et de l'Invisible qui avaient l'avantage de mettre à jour des pertinences brutes de décoffrage sans que celles-ci ne soient recouvertes du liant du discours argumenté qui, présupposant un lecteur idéal, met en place des codes qui, par la convenance, faussent le discours. On peut donc voir deux types d’écrivains. La notation a la chance d’obéir au principe de raison insatisfait(e) 915 aussi nommée la passion de penser. Elle fait que le scripteur, à partir d’une certaine envergure 726, n’est pas capable d’avoir en mémoire ce qu’il a écrit, au contraire d’un auteur qui peut dire de mémoire ce qu’il a écrit et en communiquer. Le scripteur reçoit l’émission d’une époque, qu’il met en notations, parfois en écriture.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article