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Publié par Anthony Le Cazals

Illustration. — Tel a été jusqu'ici le cours de la philosophie : on a voulu expliquer l'univers en partant de ce qui nous est clair à nous-mêmes de ce que nous croyons comprendre. On est donc parti tantôt de l'esprit ou de l'âme, tantôt de la volonté, ou de l'image, ou de l’œil... ou de nos jugements de valeur, par exemple d'un dieu de bonté, de justice, etc. ; ou de nos jugements esthétiques. Bref la science elle-même procède comme l'homme l'a toujours fait : faire servir une partie de soi-même, considérée comme intelligible et comme vraie, à l'explication de tout le reste, — en somme, anthropomorphisme. Ce qui manque c'est la grande synthèse NzFP.


Au-delà des différents propos que nous avons rassemblés comme une petite synthèse, il y a la grande synthèse du créateur, de l’amoureux et du destructeur — de l’artiste, du savant, du philosophe. Déjà Kant à sa manière tentait une synthèse – toute théorique – mais s’en tenant à l’homme de bien, il manquait la grande synthèse. Ses types étaient plus convenus ou habituels : selon les trois points de vue différents auxquels se place habituellement pour apprécier son objet l’homme de bien qui tranche si hardiment sur théories et systèmes ; donc à un triple titre : 1) comme (…) homme pratique <Geschäftsmann>, ; 2) comme homme politique <Staatsmaan> ; 3) comme homme du monde <Weltmann> ou citadin du monde <Weltbürger>. Or ces trois personnages sont d’accord pour s’en prendre à l’homme d’école qui élabore la théorie pour eux tous et à leur profit KtSE. Dès à présent, c’est bien à une division du travail toute moderne ou structurale que je m’en prends, car au travail préférons le métier, ce métier que la tripartition de Dumézil passe sous silence. La première nature à s’être présentée comme un homme accompli (Nietzsche, Nietzsche contre Wagner) et un tentateur (Nietzsche, Généalogie de la Morale) fut Goethe il fut à la fois, homme d’état, homme de science et poète, rejoignant ainsi une dimension typiquement grecque que l’on trouve chez Sophocle auteur de 93 tragédies, stratège athénien et prêtre de son état. On est loin de l’étiquette moderne, qui veut faire d’une nature, d’une personnalité, un simple caractère ou même mieux une fonction : ma fonction est de dire ce que je crois être la vérité (Badiou, entretien en 2007). Ainsi pour mon compte, s’il est une synthèse de différents types à mener, elle me paraît être celle de l’homme de connaissance, de l’homme de métier et de l’homme doué de fantaisie plus que poésie. Mais cela a déjà eu lieu à la Renaissance avec Léonard de Vinci. En plus de l’arte (métier) et de la scientia (connaissance), la synthèse de Léonard CapLV_41 réussit la jonction en une seule nature entre plusieurs types comme l’homme de métier le peintre, l’homme de connaissance, l’ingénieur hydraulicien et disséqueur et le homme d’art, fantaisiste quand il dessinait d’amusants petits dragons sur ses planches. Les géants de Rabelais ne lui auraient été pas étrangers. Léonard ne se considère pas pour autant comme un poète. Pour lui, La peinture sert une sensibilité plus noble que la poésie et restitue avec plus de vérité les apparences des ouvrages de la nature que le poète VinTP°14 CapLV_48. Mais c’est la vieille concurrence entre hommes d’images et hommes de lettres, les premiers révèlent par l’artifice quand les seconds mettent en avant les « vérités intimes » révélées dans les textes NzA. Cette distinction est aussi le symptôme de la ligne de basculement qui existe entre « cerveaux droits » et « cerveaux gauches », ou plutôt la préférence dans l’usage d’un des deux hémisphères avant de donner de l’envergure aux deux. Cette distinction aussi montre que les affirmations inscrites dans la Bible, relèvent de la monstration des écritures et non de l’honnêteté spontanée d’une notation sur le moment. On peut se leurrer toute une vie et être dans le déni de la « mort de Dieu », mort de Dieu qui veut dire que l’Être a vécu comme chimère au sein de tous les monothéismes depuis la rencontre des Hébreux et des Babyloniens.


La grande synthèse de Goethe, une nature qui synthétise le savant, l’homme d’État et le poète, est donc différente de celle de Vinci. Même si comme le remarque Nietzsche on n’a pas épuisé ses attendus et les conséquences de ce qu’il a apporté, il n’est pas sûr qu’on puisse le faire. Ce n’est pas l’affaire d’un individu sur fond de culture, mais d’un métier qui synthétise art et science et qui est donc fonction d’une époque. Goethe préfère la poésie et le sérieux à la fantaisie. Goethe met en avant l’institution État plutôt que la « société civile » mais par ailleurs il associe la lecture de la poésie au sombre dégoût de la vie. Par là, il n’empêche pas la tendance allemande qui ira jusqu’à la paranoïa d’État au siècle suivant. Une autre forme de grande synthèse pourrait être celle de l’homme de connaissance (philosophe ou savant), de l’homme de métier (architecte) et du fantaisiste (homme de théâtre ou dessinateur ou tout le domaine de la SF). C’est celle que je pratique. Qu’est-ce qu’un homme de métier ?

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