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Publié par Anthony Le Cazals

L’échange de tirs toucha à ce moment-là à la fulgurance — on n’y compris absolument rien. Alain Damasio DamHC_541.


Pour produire les premières fulgurances, il faut d’abord une désadhérence, une incapacité adolescente. L’idéalisme réflexif et solipsiste de l’enfance prolongé chez le jeune adulte romantique permet d’entrer en résonance avec les textes philosophiques et de s’en faire un « Dedans ». Il faut différents déclencheurs, parmi ceux-ci, l’expérience de la guerre pour la figure de l’« idiot », celle de l’amour perdu pour le romantique, celle de la perte du père ou encore celle de l’exil pour le décadent, etc. … Le cocktail est laissé au libre choix de l’intervenant. On est à la limite de l’autisme par les affects incommunicables et par le jargon qui les recouvre. Par delà cette pudeur que les écrits trahissent, il faut très certainement un guide qui permet les épanchements de ces mots étranges, c’est là que commencent la discipline et l’apprentissage qu’il existe des pensées tout autres que les siennes. On a effleuré de l’intact. Face à cet indéterminé, nommé parfois l'innommable, le Grand Autre, la béance, il y a trois optiques : le réduire en morceaux, l’obturer, l’accueillir comme tel. D’où ces différentes postures dont l’envergure 726 dépend de la prise de risque que l’on se donne qui consistent à :

 

- en rester aux déterminations comme les philosophes analytiques et « expérimentaux »,

 

- exprimer l'inexprimable (Tsuda), achever l'inachevable (Badiou) et tout un tas d'expressions pour parler du forçage symbolique, bref.

 

- le tenir comme tel, sans le déterminer, tenir le silence (le no man's land) qui est le propre d'un cerveau à hémisphère droit dominant, c’est-à-dire le propre d'un gaucher le plus généralement. On se tient, dès lors, non plus dans le symbolique mais dans le métabolisme. Mais c'est par exemple la volonté de Deleuze de n'accorder aucune propriété à l'indéterminé (l'Un-Tout-Virtuel de son axiomatique) et de s'en tenir à la puissance de l'indéterminé qu'est la Vie, pour en rester aux travers métaphysiques. C’est l’art de l’accueil et de l’écoute typique de Plinio Prado.

 

Penser c'est aussi « connaître » de manière classique, c’est lier l’intellectuel à l’affectif dans un premier temps. Les quelques pensées émergent du nombre plus grand d’émotions qui nous assaillent. Mais il y a plusieurs manières de connaître : réfléchir a priori et penser après s’être embarqué dans le vif de l’existence. Dans le second cas, c’est comprendre. Penser c'est disjoindre le voir du parler et même le parler de l’écrit. Penser ce n'est point réfléchir comme par le couplage des fictions transcendantales du « voir » et du « parler », c’est là le premier type, dynamique, de compréhension 427. On pose un Dehors pour disjoindre ces deux fictions du point de vue d’un ego transcendantal. Mais c'est quand on couple deux autres fictions — le « dire » et le « faire » — que l'on parvient au savoir-faire qui est le propre de toute activité. Le second type de compréhension, plus métabolique, la transpréhension*, paraît se disperser dans un premier temps avant de tout faire converger. Le Dehors concerne les forces. Une pensée du Dehors est une pensée des forces et non des formes d'extériorité (objets ou choses) ou d'intériorité (conscience, âme, esprit). Ces forces ne sont pas subjectives mais affectives c'est-à-dire qu'elles n'envisagent pas seulement des réactions mais aussi et surtout des activités et de la passivité. C’est là que se dénoue le pli, que l’on parvient à une certaine neutralité entre l’activité et la passivité. Toute neutralité 702 à l'égard du monde voire toute préférence pour le social plutôt que pour le mondain font que l'on manque le transcendantal et que l’on bifurque par chance par rapport à ce qui nous était assigné, comme nous allons le voir.

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