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Publié par Anthony Le Cazals

 

Nous pourrions dire, le contrôle via le tirage au sort en fait, pour être plus pertinent. Comme le notait Montesquieu, le plus important n'est pas le tirage au sort mais les institutions de contrôle qui viennent avant, pendant et après la magistrature tirée au sort. En effet, les analystes politiques ont remarqué qu’en un sens « toute société est inévitablement une oligarchie » quel que soit le système politique revendiqué. Le nombre de membres de l'oligarchie — nombre absolu ou relatif — n'apparaît pas dans sa définition. Ne partageant ni les vues égalitaires de Rancière — qui en vient à nier la spécificité des experts — ni les vues subjectives imaginaires de Castoriadis où l’imaginaire signifie l’immotivé et l’inconditionné, Rancière fait un éloge de l'incompétence puisqu'il veut l'étendre jusqu'aux magistratures stratégiques ou d'experts alors que ce sont elles qu’il faut activer par le renouvellement des gens qui les sollicitent. Cette organisation doit être assez noble pour supporter de mauvais empereurs : le hasard des personnes ne doit pas intervenir dans de telles affaires — premier principe de toute grande architecture NzGS. C’est même là que le bât blesse pour la « démocratie » représentative qui masque son ressort oligarchique. Les oligarchies sont des systèmes politiques complexes, avec souvent plusieurs cercles (plus ou moins formels) de pouvoirs de plus en plus concentrés, des spécialisations selon le domaine de pouvoir (commercial, juridique, religieux, militaire, technologique, etc.), et un exercice du pouvoir souvent discret et collégial. On y retrouve généralement des familles dominantes, pour qui la position politique est un élément de patrimoine transmis aux enfants, dont l'éducation est organisée dans cette perspective. On peut y trouver, ou non, des systèmes de castes.


Même dans un système électif, il se crée une classe qui regroupe les personnes qui connaissent les mécanismes de l'Etat et exercent son contrôle. Aristote écrit d'ailleurs : Il est démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et oligarchique qu'elles soient électives Les Politiques, IV, 9, 4 Traduction: Pierre Pellegrin. Il est repris par Montesquieu : Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie. Le sort est une façon d'élire qui n'afflige personne; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie De l'esprit des lois. Ce dernier a été lu par Rousseau d’une manière souvent reprise à travers le leitmotiv élections piège à c*** sans que l’on sache ce qui s’y substitue sauf à léguer son pouvoir à la majorité et à pouvoir ainsi la mépriser : A l’égard des élections du Prince & des Magistrats, qui sont, comme je l’ai dit, des actes complexes, il y a deux voyes pour y procéder ; savoir, le choix & le sort. L’une & l’autre ont été employées en diverses Républiques, & l’on voit encore actuellement un mélange très compliqué des deux dans l’élection du Doge de Venise. Le suffrage par le sort, dit Montesquieu, est de la nature de la Démocratie. J’en conviens, mais comment cela ? Le sort, continue-t-il, est une façon d’élire qui n’afflige personne ; il laisse à chaque Citoyen une espérance raisonnable de servir la patrie. Ce ne sont pas là des raisons. Si l’on fait attention que l’élection des chefs est une fonction du Gouvernement & non de la Souveraineté, on verra pourquoi la voye du sort est plus dans la nature de la Démocratie, où l’administration est d’autant meilleure que les actes en sont moins multipliés. Dans toute véritable démocratie la magistrature n’est pas un avantage mais une charge onéreuse, qu’on ne peut justement imposer à un particulier plutôt qu’à un autre Du Contrat social, livre IV, chap. III, accuentué.

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