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Publié par Anthony Le Cazals

« Grande idée » que la justice. Toutes les « grandes idées » contiennent un esprit de vengeance, dès leur conception, parce qu’elles n’adviennent jamais. La « justice divine », le « jugement de dieu » sont la régulation morale des conflits et des contentieux par la faute et le châtiment. La « justice » n’est que le mode d’acceptation de la punition, qui s’établit toujours d’un point de vue supérieur et dominant. La justice est toujours la réparation par l’ordre établi d’une faute ou d’un préjudice. On l’appellera la dette. La dette est importante, car, qu’elle soit d’État ou financière, c’est elle qui permet de lier le jugement à la cruauté du châtiment et tout cela de manière festive et sans honte. Le régime de la cruauté ne succède pas à celui de la discipline ou à celui du jugement dernier : l’État et le gouvernement demeurent. Avec l’État, c’est-à-dire le regroupement de plus de 300 personnes et leur mise en collectivité apparaît le régime de la dette infinie. Les sujets sont le fruit de la dette infinie, face à un absolu. Deleuze et Guattari sont très cinglants là-dessus :


Sujétion. — Bref, l’argent, la circulation de l’argent, c’est le moyen de rendre la dette infinie … L’abolition des dettes ou leur transmutation comptable ouvrent la tâche d’un service d’État interminable … Le créancier infini, la créance infinie a remplacé les blocs de dette mobiles et finis … la dette devient dette d’existence, dette d’existence de sujets eux-mêmes. Vient le temps où le créancier n’a pas encore prêté tandis que le débiteur n’arrête pas de rendre, car rendre c’est un devoir, mais prêter une faculté, comme dans la chanson de Lewis Carroll, la longue chanson de la dette infinie… Deleuze et Guattari DzAO


Pour Nietzsche, la dette est vitale quand elle est responsable, rappelle Pseudo-Denys. Peu après l’invention de l’argent numéraire par Athènes, Sophocle fait dire à Créon, dans Antigone, ces paroles : Jamais n’a grandi chez les hommes pire institution que l’argent. C’est l’argent qui détruit les Cités ; c’est lui qui chasse les citoyens de leurs maisons ; c’est lui dont les leçons vont séduisant les cœurs honnêtes et leur font embrasser l’infamie. Il leur enseigne tous les crimes, il leur apprend l’impiété qui ose tout. Mais celui qui se vend et en arrive là, un beau jour aussi aboutit au châtiment SatTT_92-93. Et pourtant c’est l’apparition de la dette mobile par différence avec la dette infinie envers Dieu, ce que l’on qualifie bassement de matérialisme.


Peut-on penser que le fait de devoir peut être une source positive d'activité. Une source qui ne serait plus une source négative de compassion et d'acceptation passive. La dette est positive quand elle permet à l'individu de s'affirmer par rapport à son inscription dans la culture, mais non dans la finance qui tend à devenir une bulle spéculative, une sphère éthérée. Cette source positive d’activité, qui réclame un travail forcé et non plus le travail libre d’un oisif, peut entretenir tout autant la culpabilité et la mauvaise conscience. La dette n’est pas la distance prise par rapport au christianisme et au don-sacrifice entretenant la culpabilité, car en chacun un régime de dette infinie demeure. Si la dette ne génère pas de l’argent, mais de la considération, elle est une unité d'alliance. Le capitalisme financier, avec les Rockefeller et les Rothschild, a fait succéder le régime de la dette infinie propre à l’ordre marchand au régime de la dette infinie monnayée par l’État :


Aveux. — Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, au magazine Time, et aux autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté leurs promesses de discrétion depuis presque quarante ans. Il aurait été pour nous impossible de développer notre projet pour le monde si nous avions été exposés aux lumières de la publicité durant ces années. Mais le monde est aujourd’hui plus sophistiqué et préparé à l’entrée dans un gouvernement mondial. La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux est assurément préférable à l’autodétermination nationale des siècles passés. David Rockefeller, Commission Trilatérale, 1991 ou encore : Donnez-moi le droit d'émettre et de contrôler l'argent d'une nation, et alors peu importe qui fait ses lois. Mayer Anselm Rothschild, banquier de son état.


La justice n’est là que pour recouvrer la dette, les criminels ne sont que des prétextes pour la punition des délinquants ou mieux la mise en attente des présumés coupables en attente de jugement. Les peines sont toujours fonction des couches sociales ou, comme on dit, de la réinsertion future. Détention, retenue, containment, justice sociale. « Mieux vaut une injustice qu’un désordre social » ferait-on dire : L’État assure aux banquiers qu’ils recouvreront leurs crédits ne serait-ce que par la justice et l’ordre marchand. C’est par ce biais que se crée l’argent en circulation, sous la forme de monnaie frappée — pièces d’or et d’argent —, fiduciaire — billets et titres — ou aujourd’hui numérique. L’accumulation d’énergie par la contrainte morale après la seconde guerre mondiale a provoqué une dépense de cette même énergie, notamment sous la forme d’un foisonnement conceptuel idéaliste mais non dogmatique puis un contrebalancement économique a eu lieu au niveau de la monnaie et de la banque pour assurer la rente du capital au détriment du travail. Ceci a conduit aux années d’hiver et à un appauvrissement de la pensée et aux postures de sauveurs qui s’ensuivent. Le chômage, présenté comme conjoncturel, est devenu structurel pour éviter l’inflation de l’État, même s’il touche en premier les plus jeunes et les plus âgés. La précarité, difficile à vivre pour les bas revenus, est apparue, alors que ceux qui occupent les positions dominantes ne la connaissent que sous la forme du risque. Aujourd’hui, c’est l’accès plus ou moins aux jouissances qui sert de récompense et de punition, de plaisir et de déplaisir. Dans un monde atone et narcotisé, l’insatisfaction et la jubilation ne sont pas immédiatement de mise. Et pourtant ! S’il n’y a plus de sentence, de mot d’ordre, bref s’il y a une montée de l’insignifiance CstMI, c’est que l’on a davantage recours (upaya 924) à des mots de passe qui permettent d’accéder à tel ou tel domaine de jouissance. La jouissance même esthétique du spectateur n’est pas la jubilation de l’artiste qui se transforme à mesure qu’il acquiert de la maîtrise. On cherche partout à généraliser le plaisir notamment au travers de tout ce qui touche à la sexualité et non à l’érotique. Cela marque le règne de la troisième forme de capitalisme : la société de l’information et de son enregistrement par l’informatique.

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