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Publié par Anthony Le Cazals

En s’appesantissant sur les prétendus « partages équivoques de l’être », Badiou nous fait manquer par sa réaction couvée, l’essentiel, l’aspect critique de la pensée de Deleuze. « Du point de vue de l’être la philosophie de Deleuze n’est aucunement critique » BdDE_33. Ressembler au maximum à l’adversaire par tout un jeu d’analogies et de correspondances puis chasser les œufs du nid parce qu’ils deviennent une donnée contingente, futile, qui ruine la survie et le développement du coucou, telle est la tactique de notre oiseau. Cela se passe donc en deux temps. Dans sa réinterprétation de Deleuze, Badiou cherche à enfermer la virtualité propre à Deleuze dans une impasse, plutôt qu’à ouvrir sur l’actuel, la nouveauté : la virtualité demeure une donnée contingente. Nous parlons de politique du coucou, mais nous aurions pu parler tout autant d’une araignée tissant sa toile abstraite pour vous y capturer. Bon nombre sont tombés dans cette « zone d’indiscernabilité », cette « aire de voisinage » qui fut pour eux comme un triangle des Bermudes. Peu s’en sont tirés, parce qu’il n’y a pas d’entre-deux possible entre un système fermé ou fondé et un système ouvert ou sécrété, sauf peut-être à voir le système ouvert se refermer et ne plus sécréter. Ce que nous appelons le triangle des Bermudes tient dans cette phrase ou d’autres que nous avons déjà évoquées : « il se pourrait donc que les processus de la « puissance du faux » soient proprement indiscernables des processus répertoriés de la puissance du vrai » BdDE_87. La détention du vrai s’assimile à la production du faux et alors les aiguilles perdent leur orientation. Mais en dernier lieu qu’importe les systèmes qui nous maintiennent dans des opérations machinales qui cachent mal le manque d’énergie de départ. Les systèmes nous éloignent de l’action, nous maintiennent dans l’opération. Pour les opérations laissons faire les machines, mais elles sont un piège pour le dernier homme, pour la vanité de celui qui croit plus aux idées qu’à l’action, plus à la contradiction du discours qu’à la pensée qui stimule. Réussir à piéger le lecteur dans la contradiction et s’empresser ensuite de conclure, une fois supposé que « le mouvement de cette pensée soit encore inachevé, incomplet, mutilé » BdC, mais l’argument est tout aussi valable pour le trajet à l’envers de Badiou, apparemment aléatoire et joyeux, alors qu’il est tout aussi bien axiomatique et aride. Pourquoi ne pas se livrer à cette bassesse-là ? Serait-ce alors celui qui énonce ou plutôt qui interrompt qui a raison, qui a le dernier mot. Mais est-ce cette raison restrictive ou notre capacité d’énergie à trancher net qui importe ? Les propos de Badiou sont déjà pris dans des présupposés moraux, il nous faut les noter dans la force de leur énoncé : L’infini d’une vérité signifie aussitôt qu’elle est inachevable BdC_205, et c’est à « la mort » qu’il revient de trancher dans l’indécidable, car c’estune des formes de son terrible pouvoir logique : le pouvoir de précipiter les conclusions BdLM_571. Forcer cet indécidable est tout autant constitutif de la vérité que l’arrêt même du forçage par un imprévu extérieur. Badiou en serait resté à son premier tome de L’Etre et l’Evénement, il aurait révolutionné la pensée puisque dans son parcours prétendument aléatoire il ne serait pas parvenu jusqu’aux principes qui lui font poser, ô désastre ! des prescriptions (incorporations de vérités par idéation), comme déjà il a prescrit la mathématique, l’une de ses prétendues conditions pour la philosophie. La contradiction est aisée, certes Deleuze a pratiqué une philosophie décadente qui d’une pensée intempestive passe à une pensée fuyante et pour finir contemplative. Cela rejoint les trois définitions successives DzNP/DzAŒ/DzIT qu’il donne de la création : vouloir, fuir, contempler comme trois périodes DzP_187. Deleuze trace avant tout une ligne entre la vie et la mort, les inepties surgissent sous la plume de Badiou, pour faire du système ouvert de Deleuze une philosophie de la mort BdDE_24. Poussant le désir d’ascèse assez loin, il en arrive à exprimer que la mort est la pensée, puisque penser est justement venir ascétiquement au point où l’individu est transi par l’extériorité impersonnelle. Chose qui est valable pour Badiou lorsqu’il fut transi par la Vérité. Telle est la stratégie de retournement de Badiou qui vient à peine de parvenir à la dimension contingente de son principe, et n’a pas encore produit de prescriptions, hormis celle concernant les mathématiques qui doivent être « révisées au garage ». Il le dit lui-même sa pensée est crépusculaire 25/11/06, crépuscule de vie, pour un penseur qui commença à penser quand d’autres comme Spinoza ou Nietzsche avaient déjà terminé leur œuvre. Cette pensée crépusculaire, il se doit de l’imposer aux autres : c’est en ce sens que l’on parle de la vérité comme endurance d’un principe obscur. Badiou ne fait, au travers de la vision mimétique et de son principe de la moindre action, que confondre l’absolue mémoire BdDE_98 avec la vérité oublieuse BdDE_97. C’est un discernement de prêtre. Son interprétation fidèle à l’esprit BdDE_30 du modèle qu’est Platon, ne comprend en rien la lettre des textes et des archives. Vanité où tout s’équivaut et donc rien ne vaut.

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