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Publié par J. G.

 

VI. L'ETHIQUE.

A. L'Ethique: aboutissement de toute philosophie:

Pour Aristote, la philosophie est à elle-même sa propre fin. Pour Epicure au contraire, la philosophie est soumise à une fin autre qu'elle même: l'Ethique.

Dans le Livre A de la Métaphysique, Aristote montre que le but de la philosophie est le savoir, qui est le bonheur suprême, puisqu'il permet, par la théorie qui nous fait contempler les principes de la science, d'atteindre la vertu.

Selon Epicure, la philosophie est une méthode qui est au service d'une vie pratique, concrète. La philosophie est comme la science du pilote du navire, qui n'est qu'un moyen pour mener le navire à bon port.

 

B. La fin ultime est le bonheur.

Cette finalité accordée à la vie fait qu'Epicure se distingue là encore des stoïciens qui considéraient que la finalité se trouvait non dans le bonheur, mais dans la vertu d'une vie conforme à la nature

L'idée de vertu du stoïcisme tient au fait que le monde est organisé par un dieu, et que chacun a un rôle qui lui a été assigné par la divinité. Le monde serait comme une pièce de théâtre où il dépend de nous de bien jouer le rôle qui nous a été attribué. La vertu est donc une acceptation de la limitation et de la fatalité de la destinée, acceptation accompagnée de sérénité, de tranquillité d'esprit, et de conformité aux principes de la morale voulue par les dieux. La vertu est une manière de se conformer au regard d'un dieu qui est extérieur à nous.

C'est pourquoi l'épicurisme, qui n'accepte pas l'idée que notre vie serait écrite d'avance, et donc que nous aurions un rôle défini à jouer, refuse catégoriquement un tel système: nous sommes les propres maîtres de notre moralité. Il n'existe pas de vertu qui serait une soumission à un ordre extérieur; il n'y a qu'un ordre qui peut diriger l'éthique, et c'est celui de la constitution matérielle de notre corps.

Le but véritable de la vie est LE BONHEUR, ce que disait déjà Aristote, même si pour lui le bonheur était une activité de l'âme conforme à la vertu, un travail. Pour Epicure, LE BONHEUR SE TROUVE DANS LE PLAISIR QUI NOUS REND SATISFAITS. Cf. "Je crache sur toute vertu qui ne procure aucun plaisir": l'activité de l'esprit en tant que telle n'est pas une fin en soi.

La véritable fin de la philosophie est donc le bonheur, et la philosophie joue seulement un rôle négatif puisqu'elle est en fait une simple médecine de l'âme. Elle est utile, et c'est tout.

 

C. La philosophie est une médecine de l'âme.

Tout discours de philosophie qui ne servirait pas à nous soulager ne serait qu'un discours vide et inutile, car la philosophie n'a de sens que si elle permet de transformer l'âme pour que nous puissions enfin atteindre le bonheur.

La "maladie de l'âme", qui consiste principalement à être prisonnier des superstitions, explique que les gens soient malheureux, et en ce sens, les maladies qui touchent l'âme sont les plus répandues de toutes les maladies. Seuls les dieux ne sont pas malades, et n'ont donc pas besoin de philosopher pour atteindre le bonheur.

La philosophie concerne donc tout le monde, et il n'est jamais trop tard pour se livrer à la philosophie, puisqu'il n'est jamais trop tard pour être heureux.

Par ailleurs, la maladie de l'âme est finalement qu'un pur " rien ": la superstition est une opinion vaine, vide, parce qu'il n'y a pas d'explication du mécanisme de formation de cette illusion. Plus encore, Epicure va jusqu'à refuser toute réalité matérielle à l'illusion superstitieuse, et il ne peut y avoir aucun véritable attachement à l'illusion puisque celle-ci n'est rien.

Il n'y a pas de justification du mécanisme de l'illusion: la superstition n'est rien car elle n'est justifiée par rien et est incompréhensible. C'est pourquoi la philosophie peut guérir immédiatement et sans douleur, par le seul énoncé d'une maxime fondamentale ou du tétrapharmakon ( ), qui donne un accès immédiat au bonheur:

Les dieux ne sont pas à craindre.

La mort n'est pas à craindre.

On peut supprimer la douleur.

On peut atteindre le bonheur.

Une fois ces vérités connues, nous sommes délivrés des angoisses qui nous empêchaient d'être heureux. Il suffit en fait de se persuader de la vérité du tétrapharmakon pour vivre dans la sérénité et la tranquillité de l'âme.

 

 

 

VII. LE TETRAPHARMAKON.

A. LES DIEUX NE SONT PAS A CRAINDRE:

§ 123 et 124 de la Lettre à Ménécée :

" Ces conceptions, dont je t'ai constamment entretenu, garde-les en tête. Ne les perds pas de vue quand tu agis, en connaissant clairement qu'elles sont les principes de base du bien vivre. D'abord, tenant le dieu pour un vivant immortel et bienheureux, selon la notion du dieu communément pressentie, ne lui attribue rien d'étranger à son immortalité ni rien d'incompatible avec sa béatitude. Crédite-le, en revanche, de tout ce qui est susceptible de lui conserver, avec l'immortalité, cette béatitude. Car les dieux existent : évidente est la connaissance que nous avons d'eux.

Mais tels que la foule les imagine communément, ils n'existent pas : les gens ne prennent pas garde à la cohérence de ce qu'ils imaginent. N'est pas impie qui refuse des dieux populaires, mais qui, sur les dieux, projette les superstitions populaires. Les explications des gens à propos des dieux ne sont pas des notions établies à travers nos sens, mais des suppositions sans fondement. A cause de quoi les dieux nous envoient les plus grands malheurs, et faveurs : n'ayant affaire en permanence qu'à leurs propres vertus, ils font bonne figure à qui leur ressemble, et ne se sentent aucunement concernés par tout ce qui n'est pas comme eux."

 

1. Il existe une superstition très pesante constituée par la religion et dénoncée par Epicure, ainsi qu'il nous est dit dans le Chant 1 du poème de Lucrèce " De la nature ", chant où nous est livré un tableau accablant de cette superstition:

 

Longtemps dans la poussière, écrasée, asservie,

Sous la religion l'on vit ramper la vie;

Horrible, secouant sa tête dans les cieux,

Planait sur les mortels l'épouvantail des dieux

Un Grec, un homme vint, le premier dont l'audace

Ait regardé cette ombre et l'ait bravée en face;

Le prestige des dieux, les foudres, le fracas

Des menaces d'en haut ne l'ébranlèrent pas.

L'obstacle exaspéra l'ardeur de son génie.

Fier de forcer l'accès de la sphère infinie,

Des portes du mystère il perça l'épaisseur,

Et, dépassant de loin par un élan vainqueur

Les murailles de flamme et les voûtes d'étoiles,

Sa pensée embrassa l'immensité sans voiles.

De son hardi voyage il nous a rapporté

La mesure et la loi de la fécondité,

Et quel cercle émané de leur intime essence

Des êtres à jamais circonscrit la puissance.

Il pose sur l'erreur son pied victorieux ;

La religion croule et nous égale aux dieux.

Vers 62 à 79.

La religion est ici présentée comme étant semblable aux monstres de la mythologie, et est surtout vue à travers le sacrifice d'Iphigénie, fille d'Agamemnon, et qui fut le symbole de la dégradation de la vie humaine, ainsi que de l'horreur absurde inspirée par la religion en place. Celle-ci aurait fait le malheur des hommes, en les soumettant à la souffrance, et en les faisant s'entre-tuer.

Dans ces conditions, il faut dire que la religion en place, celle de la mythologie, qui présentait des dieux exigeants, et qu'Epicure qualifie d'impie, ne peut être que diffamatoire par rapport aux dieux tels qu'ils sont véritablement, et la piété les concernant une fausse piété:

 

" La piété, ce n'est pas se montrer souvent voilé

et, tourné vers une pierre, s'approcher de tous les autels,

ni se prosterner à terre, tendre ses mains ouvertes

devant les temples des dieux, inonder leurs autels

du sang des quadrupèdes, aux vœux enchaîner les vœux,

la piété, c'est tout regarder l'esprit tranquille. "

Vers 1198 à 1202

Dans la mythologie, les dieux sont représentés comme ayant tous les défauts des hommes. Or, ceci est contradictoire avec le nom même de dieu:

" L'être bienheureux et immortel est libre de soucis et n'en cause pas à autrui, de sorte qu'il ne manifeste ni colère ni bienveillance : tout cela est le propre de la faiblesse. " Maximes fondamentales ; I.

Non seulement donc, la superstition populaire est fausse, mais encore la théologie plus savante (Platon / Aristote), qui considère que les astres sont des êtres supérieurs aux hommes aussi bien en intelligence qu'en mouvement. Il est en effet évident que cette théologie astrale doit être rejetée, et ce en vertu même des principes de la physique qui montrent qu'il n'existe aucun esprit supérieur qui mettrait les astres en mouvement suivant sa volonté:

" En ce qui concerne les corps célestes, il ne faut pas croire que leurs mouvements, leurs changements de direction, leurs éclipses, leurs levers et leurs couchers, et tous les autres phénomènes du même genre, soient dus à l'action d'un être qui les règle, ou qui les a réglés, et qui jouirait en même temps de la félicité absolue et de l'immortalité. Car les occupations et les soucis, les colères et les faveurs ne s'accordent pas avec la félicité, mais sont liés à la faiblesse, à la peur et à l'état de dépendance de nos semblables. Il ne faut pas croire non plus que les corps célestes, formés de feu conglobé, soient en possession de la félicité et qu'ils exécutent tous ces mouvements en vertu de leur volonté propre. " Lettre à Hérodote §76-77.

En réalité, les astres ne nous sont pas parfaitement connus ni même connaissables, et nous ne pouvons en donner que des explications multiples. En revanche, et ce point est tout à fait certain pour Epicure, leur explication doit être de type atomiste, et non pas théologique.

Il ne faut donc pas faire d'anthropomorphisme, et il faut surtout éviter de croire que les dieux dirigent le cours du monde, ce qui ne nous laisserait aucune liberté. Le déterminisme religieux s'oppose en effet à la liberté épicurienne qui trouve son origine dans le hasard.

La physique doit par conséquent nous délivrer de toute angoisse concernant les mythes, et c'est le sens des maximes suivantes:

" Celui qui ne connaît pas à fond la nature de l'univers mais se contente de conjectures mythologiques, ne pourra pas se délivrer de la crainte qu'il éprouve au sujet des choses les plus importantes, de sorte que, sans l'étude de la nature, il n'est pas possible d'avoir des plaisirs purs " Maximes fondamentales ; XII.

" Il ne sert à rien d'acquérir la sécurité vis-à-vis des hommes si les choses qui se passent au-dessus de nous, celles qui se trouvent sous terre et celles qui sont répandues dans l'univers infini, nous inspirent de la crainte " Maximes fondamentales VIII.

 

2. La nature des dieux:

Les dieux existent (nous pouvons en être certains puisque nous en avons la vision durant notre sommeil, et que toute sensation est vraie), mais ils ne s'occupent pas des hommes.

Pendant le sommeil, alors que notre organisation matérielle est différente, les hommes peuvent recevoir des images des dieux, lesquels, s'ils ont une forme humaine, n'en sont pas moins immortels et bienheureux.

* Les dieux sont immortels:

Ayant une forme humaine, ils sont évidemment vivants. Mais ils sont immortels, et non pas éternels: ce qui est éternel en effet est co-présent à chaque instant, c'est-à-dire que chaque moment du présent récapitule le passé et anticipe l'avenir. Le concept d'éternité ne sera introduit qu'avec le christianisme pour qui tout le passé et tout l'avenir sont compris dans le présent de Dieu, dans l'instant.

Bien qu'ayant une vie humaine, cette vie des dieux ne se dégrade cependant jamais, ce qui est rendu possible sur le plan matériel par le fait qu'ils vivent dans des inter mondes où ils ont la possibilité de regagner toujours autant d'atomes qu'ils en perdent pour émettre des simulacres.

* Les dieux sont bienheureux:

Les dieux vivent dans l'absence totale de soucis, d'inquiétude, c'est-à-dire dans un état parfait d'ATARAXIE (absence de troubles), dans une sérénité la plus totale. Or, le bonheur qui caractérise l'état dans lequel ils vivent est le vrai bonheur en ce qu'il se présente bien plutôt comme une délivrance, une absence de soucis, que comme une accumulation de plaisirs.

Les dieux peuvent donc servir sur ce point de modèles où de références pour le sage, tout comme le sage peut servir de modèle pour les hommes. Il ne s'agit pas là d'une finalité, mais d'un rôle que nous, hommes, devons leur accorder.

La figure du sage, c'est Epicure lui-même, lui qui vit "comme un dieu parmi les hommes". Il est donc possible, du moins dans une certaine mesure, c'est à dire non pas sur le plan physique (immortalité), mais sur le plan moral ou pratique (ataraxie), de s'identifier aux dieux, et ce en suivant le TETRAPHARMAKON.

En fait, les dieux constituent le modèle d'un bonheur accessible aux hommes.

 

B. LA MORT N'EST RIEN POUR NOUS:

§ 125-126-127 de la Lettre à Ménécée

"Familiarise-toi avec l'idée que la mort n'est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l'éradication de nos sensations. Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l'amputant du désir d'immortalité. Il s'ensuit qu'il n'y a rien d'effrayant dans le fait de vivre, pour qui est radicalement conscient qu'il n'existe rien d'effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre. Stupide est donc celui qui dit avoir peur de la mort non parce qu'il souffrira en mourant, mais parce qu'il souffre à l'idée qu'elle approche. Ce dont l'existence ne gêne point, c'est vraiment pour rien qu'on souffre de l'attendre !

Le plus effrayant des maux, la mort ne nous est rien, disais-je : quand nous sommes, la mort n'est pas là, et quand la mort est là, c'est nous qui ne sommes pas ! Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n'est point, et que les autres ne sont plus. Beaucoup de gens pourtant fuient la mort, soit en tant que plus grand des malheurs, soit en tant que point final des choses de la vie. Le philosophe, lui, ne craint pas le fait de n'être pas en vie : vivre ne lui convulse pas l'estomac, sans qu'il estime être mauvais de ne pas vivre. De même qu'il ne choisit jamais la nourriture la plus plantureuse, mais la plus goûteuse, ainsi n'est-ce point le temps le plus long, mais le plus fruité qu'il butine ? Celui qui incite d'un côté le jeune à bien vivre, de l'autre le vieillard à bien mourir est un niais, non tant parce que la vie a de l'agrément, mais surtout parce que bien vivre et bien mourir constituent un seul et même exercice.. Plus stupide encore celui qui dit beau de n'être pas né, ou sitôt né, de franchir les portes de l'Hadès. S'il est persuadé de ce qu'il dit, que ne quitte-t-il la vie sur-le-champ ? Il en a l'immédiate possibilité, pour peu qu'il le veuille vraiment. S'il veut seulement jouer les provocateurs, sa désinvolture en la matière est déplacée. Souvenons-nous d'ailleurs que l'avenir, ni ne nous appartient, ni ne nous échappe absolument, afin de ne pas tout à fait l'attendre comme devant exister, et de n'en point désespérer comme devant certainement ne pas exister."

* La crainte de la mort:

1. Crainte de la douleur au moment du passage de la vie à la mort.
2. Crainte à l'idée de la décomposition de notre corps.
3. Crainte de ne pas avoir une sépulture religieuse.
4. Crainte d'un jugement ou d'un condamnation dans l'au-delà (Cf. Mythe d'Er chez Platon)
5. Attachement pour une vie que l'on regrette de quitter (considération de la mort comme d'une limitation de la vie, conduisant au regret de ne pas être immortel).

* Réponse d'Epicure:

1. La douleur physique est facile à supporter parce qu'elle n'est pas extensible à l'infini et, en ce sens, nous ne pouvons souffrir que dans certaines limites (ainsi, si la douleur se fait trop violente, nous nous évanouissons, ou nous mourons: notre organisation corporelle elle-même limite nos souffrances).
2. Ce qui est dissout ne peut pas avoir de sensibilité, et ce qui n'a pas de sensibilité n'est rien pour nous. Ainsi, la crainte de la décomposition est une pure fiction, car nous ne serons jamais en train de voir notre corps se décomposer.
3. 4. Les dieux ne s'occupent pas des hommes, et l'âme humaine ne survit pas à la mort. Il n'y a donc pas de vie après la mort, puisque notre âme se dissout avec le corps, n'étant finalement qu'une organisation corporelle particulière, un agrégat spécifique d'atomes, doté de qualités nouvelles n'existant pas en les atomes pris individuellement. L'âme ne peut pas subsister sans le corps car elle est dissoute, ou plutôt répartie dans celui-ci.

5. Le regret de mourir est ce qui semble poser le plus de problèmes, et c'est pourquoi Epicure s'y attache plus particulièrement. L'on peut regretter de mourir pour plusieurs raisons:

 

* On a l'impression que ce serait mieux de vivre plus longtemps. Or, pour Epicure, le bonheur n'est pas à mesurer dans la quantité, mais dans la qualité: la longueur de la vie ne change rien au bonheur.
" Le temps infini contient la même somme de plaisir que le temps fini, si seulement on en mesure les bornes par la raison " Maximes fondamentales ; XIX.
Le plaisir en effet peut être rapporté à la satisfaction de chaque instant. Donc, on est aussi heureux pendant une heure de sérénité que pendant un temps infini. L'on ne peut pas additionner et stocker le bonheur: celui-ci en effet ne peut pas servir de base pour un bonheur encore plus grand.
Par ailleurs, si le bonheur était additionnable, l'on n'en serait jamais rassasié. Or, il est clair qu'il est possible d'atteindre le bonheur, la tranquillité. Le bonheur doit donc toujours être vécu dans l'instant, dans l'immédiateté, et il ne peut pas augmenter, mais seulement varier

" Le plaisir dans la chair ne peut s'accroître une fois que la douleur causée par le besoin est supprimée ; il peut seulement se diversifier. Et la limite du plaisir de l'esprit vient de l'investigation de ces choses et de celles de même nature qui lui ont causé les plus grandes inquiétudes " Maximes fondamentales ; XVIII.

 

* On peut regretter qu'un tel état de chose (le bonheur dans l'instant) s'arrête, regretter qu'il y ait une fin à la vie heureuse.
En fait, la fin de la vie ne fait déjà plus partie de la vie; la mort n'est absolument rien pour nous car nous ne sommes jamais en sa présence. Nous ne sommes présents que pour la vie: il y a exclusion mutuelle de la vie et de la mort. Nous n'avons d'affections que pour la vie, et nous ne sommes déjà plus là quand la mort survient. Celui qui craint l'arrivée de la mort craint donc pour rien car la mort n'est aucunement significative pour celui qui vit: la sagesse est une méditation de la vie et non pas une méditation de la mort.
Aucune angoisse n'est donc justifiée au sujet de la mort, car celle ci n'est pas un véritable enjeu. Le seul enjeu possible est celui de la vie, et il s'agit de vivre heureux.
On ne rencontrera jamais la mort.
La crainte de la mort n'a pas d'objet.

 

C. ON PEUT ATTEINDRE LE BONHEUR:

§ 128-129-130-131-132 de la Lettre à Ménécée :

" Il est également à considérer que certains d'entre les désirs sont naturels, d'autres vains, et si certains des désirs naturels sont contraignants, d'autres ne sont... que naturels. Parmi les désirs contraignants, certains sont nécessaires au bonheur, d'autres à la tranquillité durable du corps, d'autres à la vie même. Or, une réflexion irréprochable à ce propos sait rapporter tout choix et rejet à la santé du corps et à la sérénité de l'âme, puisque tel est le but de la vie bienheureuse. C'est sous son influence que nous faisons toute chose, dans la perspective d'éviter la souffrance et l'angoisse. Quand une bonne fois cette influence a établi sur nous son empire, toute tempête de l'âme se dissipe, le vivant n'ayant plus à courir comme après l'objet d'un manque, ni à rechercher cet autre par quoi le bien, de l'âme et du corps serait comblé. C'est alors que nous avons besoin de plaisir : quand le plaisir nous torture par sa non présence. Autrement, nous ne sommes plus sous la dépendance du plaisir. Voilà pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et le but de la vie bienheureuse. C'est lui que nous avons reconnu comme bien premier, né avec la vie. C'est de lui que nous recevons le signal de tout choix et rejet. C'est à lui que nous aboutissons comme règle, en jugeant tout bien d'après son impact sur notre sensibilité. Justement parce qu'il est le bien premier et né avec notre nature, nous ne bondissons pas sur n'importe quel plaisir : il existe beaucoup de plaisirs auxquels nous ne nous arrêtons pas, lorsqu'ils impliquent pour nous une avalanche de difficultés. Nous considérons bien des douleurs comme préférables à des plaisirs, dès lors qu'un plaisir pour nous plus grand doit suivre des souffrances longtemps endurées. Ainsi tout plaisir, par nature, a le bien pour intime parent, sans pour autant devoir être cueilli. Symétriquement, toute espèce de douleur est un mal, sans que toutes les douleurs soient à fuir obligatoirement.

C'est à travers la confrontation et l'analyse des avantages et désavantages qu'il convient de se décider à ce propos. Provisoirement, nous réagissons au bien selon les cas comme à un mal, ou inversement au mal comme à un bien.

Ainsi, nous considérons l'autosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse. Car nous sommes intimement convaincus qu'on trouve d'autant plus d'agréments à l'abondance qu'on y est moins attaché, et que si tout ce qui est naturel est plutôt facile à se procurer, ne l'est pas tout ce qui est vain. Les nourritures savoureusement simples vous régalent aussi bien qu'un ordinaire fastueux, sitôt éradiquée toute la douleur du manque : galette d'orge et eau dispensent un plaisir extrême, dès lors qu'en manque on les porte à sa bouche. L'accoutumance à des régimes simples et sans faste est un facteur de santé, pousse l'être humain au dynamisme dans les activités nécessaires à la vie, nous rend plus aptes à apprécier, à l'occasion, les repas luxueux et, face au sort, nous immunise contre l'inquiétude.

Quand nous parlons du plaisir comme d'un but essentiel, nous ne parlons pas des plaisirs du noceur irrécupérable ou de celui qui a la jouissance pour résidence permanente - comme se l'imaginent certaines personnes peu au courant et réticentes, ou victimes d'une fausse interprétation - mais d'en arriver au stade oµ l'on ne souffre pas du corps et ou l'on n'est pas perturbé de l'âme. Car ni les beuveries, ni les festins continuels, ni les jeunes garçons ou les femmes dont on jouit, ni la délectation des poissons et de tout ce que peut porter une table fastueuse ne sont à la source de la vie heureuse : c'est ce qui fait la différence avec le raisonnement sobre, lucide, recherchant minutieusement les motifs sur lesquels fonder tout choix et tout rejet, et chassant les croyances à la faveur desquelles la plus grande confusion s'empare de l'âme. "

 

* L'EUDAIMONIA ou Bonheur.

Les philosophes de la Grèce antique affirmaient presque toujours que la sagesse amenait le bonheur, constituant par là un trait commun à la plupart des philosophies. Ainsi:

Platon: celui qui subit l'injustice est plus heureux que celui qui la commet: le respecte du bien et de ce qui est bien amène le bonheur.

Aristote: il y a un accord du bonheur et de la vertu. Aussi, celui qui ne prend pas plaisir à être vertueux n'est pas vraiment vertueux. Le bonheur est une activité de l'âme en accord avec la vertu (Cf. Ethique à Nicomaque).

Les Stoïciens: Le bonheur s'accorde avec la vertu. Une action vertueuse, c'est-à-dire conforme à l'ordre de la nature, apporte la réussite et la satisfaction.

L'on voit donc que toute la philosophie grecque fait aboutir l'éthique dans le bonheur, à la différence, notamment, de Kant qui, à son époque, insistera sur la différence radicale entre le bonheur et la vertu, puisque, pour lui, être véritablement moral, c'est être vertueux, mais qu'être vertueux peu aussi parfois rendre malheureux. Pour Kant, on peut tout à fait être digne du bonheur, c'est-à-dire être moral, sans pour autant être heureux.

En fait, l'originalité d'Épicure vient sur ce point de ce que pour lui, le bonheur se trouve dans le plaisir, et non fondamentalement dans la vertu.

 

1. Le Bonheur se trouve dans le Plaisir:

Selon Epicure, l'accès au bonheur est immédiat. Ceci doit s'entendre par référence au fait que dans sa philosophie, la sensation est toujours vraie, ce qui permet une évidence immédiate du plaisir. Dans la mesure où, ayant pris fait de la sensation, tout le monde recherche le plaisir et fuit la douleur, il s'ensuit que le bien est évidemment ce qui fait plaisir.

Et c'est cela que Lucrèce représente au début de " De natura rerum ", sous la figure de Vénus: le seul bien véritable est la loi de Vénus, c'est-à-dire la recherche des plaisirs, lesquels nous sont indiqués par la nature elle-même, et sont disponibles, faciles à atteindre.

 

2. Le Plaisir disponible:

Il nous faut nous tourner vers les plaisirs accessibles, plaisirs que la nature peut nous fournir aisément. Une telle conception du plaisir pourrait, semble-t-il nous autoriser à parler d'un certain finalisme dans la philosophie d'Epicure, si nous ne savions déjà qu'Epicure refuse tout finalisme. Peut-être vaudrait-il mieux ici parler d'un " état de chose ": Il y a en effet un certain équilibre entre ce que la nature nous fournit facilement, et ce qui nous est nécessaire pour atteindre le bonheur. Car l'essentiel est ici de voir que le bonheur dans le plaisir est saisi dans un PLAISIR LIMITE: le " plaisir heureux " est toujours un plaisir fini, le meilleur exemple en étant le fait que nous n'avons pas besoin de manger à l'infini pour être véritablement satisfaits. Il faut admettre une FINITUDE DES PLAISIRS.

Plus encore, il faut dire que le bonheur se trouve dans une limitation consciente et volontaire des désirs: il faut limiter nos désirs pour ne garder que ceux que nous pourrons satisfaire facilement. Dans cette optique, combattre les illusions, et donc combattre les superstitions, peut nous permettre de retrouver une limitation de nos désirs afin de ne garder que ceux qui sont véritablement naturels.

* Ceux qui ont des désirs infinis, interminables, sont des hommes malheureux.
* L'homme heureux est celui qui se satisfait des plaisirs limités offerts par la nature.

Sur ce point nous pouvons également nous référer à la Maxime XV : " La richesse qui est conforme à la nature a des bornes et est facile à acquérir, mais celle qui est imaginée par les vaines opinions est sans limites ".

Si nous voulons être heureux, il nous faut ne chercher à acquérir que ce qui est nécessaire pour satisfaire nos désirs naturels. D'où une exigence d'autolimitation de nos désirs, autolimitation qui doit nous conduire à nous satisfaire de peu. En ce sens, le modèle de la douleur devient l'insatisfaction liée à des désirs insatiables.

Le malheur consiste a ne pas pouvoir vivre dans le présent, mais à attendre toujours un futur hypothétique dans lequel nous serons heureux: la douleur, la souffrance, naissent du désir insatisfait (ce qui est le cas dans la soif).

Il faut donc avouer que le désir est fondamentalement l'inverse du plaisir, et que ce qui est agréable n'est en aucun cas le désir, mais bien plutôt la suppression du désir, l'accès à un état de " complétude ".

 

3. La classification des Désirs:

§ 127 de la Lettre à Ménécée : " Il faut se rendre compte que parmi nos désirs les uns sont naturels, les autres vains, et que, parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires et les autres naturels seulement. Parmi les désirs nécessaires, les uns sont nécessaires pour le bonheur, les autres pour la tranquillité du corps, les autres pour la vie même ".

Maxime XXIX : " Parmi les désirs, il y en a qui sont naturels et nécessaires, d'autres qui sont naturels mais non nécessaires d'autres enfin qui ne sont ni naturels, ni nécessaires, mais des produits d'une vaine opinion ".

Il ressort de tout ce que nous venons de voir qu'il faut limiter le nombre de nos désirs à ceux que nous pouvons satisfaire. Et c'est le sens de la classification opérée par Epicure:

* Les désirs naturels et nécessaires qu'il faut satisfaire:
Ces désirs sont ceux qui sont indispensables à la conservation de la vie, et englobent donc des désirs tels que ceux de la FAM et de la SOIF, qui ont un aspect purement physiologique. Mais il faut aussi y rajouter un certain nombre d'autres désirs tout aussi nécessaires à la conservation de la vie, tels que le désir d'être à l'abris du froid, mais aussi d'être en sécurité, d'atteindre la tranquillité de l'esprit, ce qui peut être rendu possible par les groupements humains qui organisent le droit, produisent la philosophie (ce sont en fait des désirs nécessaires et naturels liés à un contexte social: Cf. l'amitié).

Nous voyons que tous ces désirs sont limités

* Les désirs Naturels et Non Nécessaires:
Entrent dans cette rubrique les désirs qui, s'ils ne sont pas indispensables pour l'obtention du bonheur, ne constituent cependant pas un obstacle pour celui-ci. Par ailleurs, il faut noter que ces désirs tombent eux aussi sous le coup de la limitation:
· Désir sexuel.

· Désirs artistiques ou esthétiques (ceux-ci figurent plutôt chez Lucrèce que chez Epicure, dont nous pouvons dire qu'il était plus stricte dans sa classification): la poésie et l'art peuvent être agréables si le désir qu'ils engendrent est limité et ne mène pas à l'excès.

* Les désirs Non Naturels et Non Nécessaires :
Ce sont ces désirs qui s'opposent au bonheur, car ils sont le plus souvent illimités: désirer quelque chose que nous n'aurons jamais peut expliquer que nous soyons malheureux.
Ces désirs peuvent prendre la forme d'une perversion des premiers et des seconds désirs. La recherche, par exemple, d'une nourriture toujours plus raffinée, de vêtements toujours plus précieux, de maisons luxueuses au maximum, ..., sont des désirs de cette sorte. Dans ces cas, nous constatons une transformation de la finitude de nos désirs naturels et nécessaires.

De cette classification, il semble finalement ressortir que la satisfaction véritable ne dépend pas de l'objet de notre désir en lui-même, mais bien plutôt de l'attitude que nous adoptons face à nos différents désirs.

Nous voyons également que nous pouvons rendre nos désirs naturels illimités, comme c'est le cas par exemple lorsque nous tombons amoureux. Le sentiment amoureux en effet, est condamnable en ce qu'il nous rend malheureux en nous faisant désirer une unification impossible de deux individus séparés (Cf. Platon ; Phèdre : les amoureux ne voient que l'objet de leur amour et finissent par s'isoler, au contraire de ce qui se produit dans l'amitié, qui est toujours une ouverture sur le monde).

 

4. La nature du plaisir:

Ce n'est pas, nous l'avons vu, le désir en lui-même qui a de la valeur, mais sa suppression, puisque le plaisir consiste justement en la suppression de la souffrance causée par le désir.

Epicure insiste sur la finitude du plaisir naturel, et s'oppose donc sur ce point au " plaisir en mouvement ", tel qu'il est présenté par l'école hédoniste des Cyrénaïques. Pour ces derniers en effet, l'intensité du plaisir peut être plus ou moins grande, peut augmenter ou diminuer. Loin de nier l'existence de ces plaisirs en mouvement, Epicure les considère cependant comme insuffisants.

Ainsi, dans le cas des plaisirs corporels ou dans le cas des plaisirs de l'âme, il peut bien y avoir une augmentation des plaisirs: plus on a soif, plus le plaisir éprouvé en buvant est grand. Mais ces plaisirs sont insuffisants en ce qu'ils sont provoqués par des circonstances particulières que nous ne maîtrisons pas: nous attendons l'occasion d'un plaisir plus grand, et ce plaisir est forcément éphémère et incertain.

Par ailleurs, une telle théorie (celle des plaisirs en mouvement), laisse croire que nous pouvons accumuler les plaisirs puisque le bonheur s'atteint dans l'absence de désirs. Pour Epicure, le plaisir est CATASTEMATIQUE, c'est-à-dire CONSTITUTIF, et non pas en mouvement: quand tout va bien, il n'y a pas besoin d'un plaisir plus grand.

Le PLAISIR CATASTEMATIQUE est un plaisir stable du point de vue de l'intensité: il trouve son intensité maximale au moment même où il commence. Car, dès que la douleur causée par le désir est supprimée, nous atteignons la sérénité.

LA NEUTRALITE DE L'ABSENCE DE DOULEUR EST LE MAXIMUM DU PLAISIR CONSTITUTIF OU CATASTEMATIQUE.

Pour résumer, nous pouvons dire que le bonheur et le plaisir consistent donc dans une absence de manque, une tranquillité, une sérénité, qui ne cherchent pas à s'accroître, et qui sont toujours complètes.

Au niveau du corps cet état est appelé APONIA.

Au niveau de l'âme cet état est appelé ATARAXIE.

Ils représentent la conquête d'un équilibre qui n'a besoin de rien d'autre.

Seul ce plaisir catastématique peut être facilement atteint

L'Epicurisme, un peu comme le stoïcisme, préfère une limitation des désirs conforme à la nature: la seule activité du sage est donc de viser les plaisirs naturels constitutifs, lesquels ne sont pas aléatoires car ils concernent ce qui sera toujours disponible dans la nature.

Cf. Sentence vaticane 47 : " J'ai prévenu tes coups, ô Destin, et barré toutes les voies par lesquelles tu pouvais m'atteindre. Nous ne nous laisserons vaincre ni par toi ni par aucune autre circonstance fâcheuse. Et lorsque la nécessité nous fera partir, nous cracherons copieusement sur la vie et sur tous ceux qui s'accrochent vainement à elle, en entonnant le beau chant: Oh! que noblement nous avons vécu! ".

Il convient cependant d'ajouter ici qu'un calcul des plaisir est nécessaire, afin de saisir les conséquences des plaisirs immédiats. Cette recherche ou ce calcul engage la sagesse même, la prudence, la vertu: c'est l'âme qui est mise au service des plaisirs et non l'inverse:

Cf. Maxime VIII : " Aucun plaisir n'est en soi un mal, mais certaines choses capables d'engendrer des plaisirs apportent avec elles plus de maux que de plaisirs ".

Parce que c'est la sagesse qui détermine le choix des plaisirs, celle-ci est toujours accompagnée de plaisir. En fait, la sagesse, consiste ici en une prudence lors du choix des plaisirs, en une capacité de discernement:

Cf. Maxime V : " Il n'est pas possible de vivre heureux sans être sage, honnête et juste, ni d'être sage honnête et juste sans être heureux. Celui qui est privé d'une de ces choses, comme, par exemple, de la sagesse, ne peut pas vivre heureux, même s'il est honnête et juste. "

 

D. LA DOULEUR EST FACILE A SUPPORTER:

Cf. Maxime IV: " La douleur ne dure pas d'une façon continue dans la chair. Celle qui est extrême, dure très peu de temps, et celle qui surpasse à peine le plaisir corporel ne persiste pas longtemps. Quant aux maladies qui se prolongent, elles permettent à la chair d'éprouver plus de plaisir que de douleur ".

L'une des principales, si ce n'est la principale, solution pour supporter la douleur consiste en le souvenir des plaisirs passés. En effet, la pensée reste indépendante de la douleur physique, et peut donc faire appel aux souvenirs des plaisirs passés, ce qui suppose d'ailleurs que nous puissions orienter nos souvenirs pour ne garder que les bons.

Il y a une DOUCEUR DE LA NOSTALGIE.

 

 

CONCLUSION SUR LE TETRAPHARMAKON:

Il est possible de dire que le tétrapharmakon aboutit à une doctrine médiane concernant la nécessité, la liberté et le hasard.

Cf. §134-135 de la Lettre à Ménécée :

" Et maintenant, y a t il quelqu'un que tu mettes au dessus du sages? Il s'est fait sur les dieux des opinions pieuses; il est constamment sans crainte en face de la mort ; il a su comprendre quel est le but de la nature ; il s'est rendu compte que ce souverain bien est facile à atteindre et à réaliser dans son intégrité, qu'en revanche le mal le plus extrême est étroitement limité quant à la durée ou quant à l'intensité, il se moque du destin, dont certains font le maître absolu des choses; et certes mieux vaudrait s'incliner devant toutes les opinions mythiques sur les dieux que de se faire les esclaves du destin des physiciens, car la mythologie nous promet que les dieux se laisseront fléchir par les honneurs qui leur seront rendu,. tandis que le destin dans sont cours nécessaire, est inflexible; il n'admets pas, avec la foule, que la fortune soit une divinité -car un dieu ne fait jamais d'acte sans règle-, ni qu'elle soit une cause inefficace: il ne croit pas, en effet, que la fortune distribue aux hommes le bien et le mal, suffisant ainsi à faire leur bonheur et leur malheur, il croit seulement qu'elle leur fournit l'occasion et les éléments de grands biens et de grands maux ; enfin il pense qu'il vaut mieux échouer par mauvaise fortune, après avoir bien raisonné, que réussir par heureuse fortune, après avoir mal raisonné, ce qui peut nous arriver de plus heureux dans nos actions étant d'obtenir le succès par le concours de la fortune lorsque nous avons agi en vertu de jugements sains. "

* La Nécessité n'est que partielle:

Il y a dans le monde de la nécessité.

La nécessité est acceptée par Epicure en ce sens qu'il y a dans le cours du monde une certaine détermination et une détermination certaine du monde physique, ainsi que des espèces naturelles. Les phénomènes naturels montrent un certain déterminisme qui appartient et relève de la nécessité. Mais cette nécessité n'est pas le destin.

Le destin veut dire que tout est soumis à la nécessité. Or, pour Epicure, tout n'est pas soumis à la nécessité; la nécessité n'est que partielle.

Ce point précis oppose notamment Epicure et Démocrite. Alors que chez Démocrite, tout advient par nécessité, puisque le tourbillon est la cause de tout, chez Epicure au contraire, le refus d'une nécessité absolue tient à ce que si tout arrivait nécessairement, alors il n'y aurait aucune liberté possible, et rien ne nous permettrait de sortir de notre malheur pour atteindre le bonheur.

* Il existe une liberté:

La liberté dont nous parle Epicure commence dès le monde physique, puisque les atomes eux-mêmes ont un mouvement libre: c'est le CLINAMEN. La liberté est ce qui nous permet de nous prémunir face au hasard, à la fortune.

* Le hasard :

Le hasard n'est en fait rien d'autre que la rencontre accidentelle entre plusieurs causes. La liberté doit permettre d'établir un bonheur définitif, et doit donc réagir face au hasard, face à la fortune.

La pensée de l'homme joue le rôle d'anti-hasard, en créant un ordre local. La liberté est donc ce qui permet d'être heureux quelques soient les coups du sort. Car ce sur quoi nous avons du pouvoir est toujours plus fort que ce sur quoi nous n'avons pas de pouvoir, pas de maîtrise. La maîtrise est plus forte que la non maîtrise.

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