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Publié par Anthony

Il ne va pas s'agir là de parler de tous les westerns mais de la question de l'action individuelle et de l'action collective dans certains wersterns. Nous nous intéresserons plus particulièrement à :
- Le train sifflera trois fois, High Noonde Fred Zinnemann  (1952) avec Gary Cooper,
Rio Bravo d'Howard Hawks (1959)
- La trilogie du Dollar (1964-1966) et Mon nom est personne (1973) de Sergio Leone.

Les Westerns sont par défintion des histoires qui prennent place dans l'Ouest des Etats-Unis pendant une période qui va du début de la guerre civil américiane (1860) jusqu'à la fin des guerres contre les Indiens à Wounded Knee (1890). Le système du western repose essentiellement sur le concept américain de frontier que le mot français frontière, c'est une sorte d'horizon du Far West où la loi n'a pas encore réussi à s'imposer. On est donc par delà la morale du Bien et du Mal qui vaut pour les communautés de l'Est (les puritains, les quakers). 

 

Rio Bravo est une réponse décalée dans le temps à Le train sifflera trois fois . Dans le premier, Clint Eastwood s'aide de deux adjoints impotents pour défendre sa prison transformé en camp retranché, Eastwood venant juste d'être nommé shérif. C'est le contre-poied exact de Gary Cooper dans Le train sifflera trois fois qui assume un rôle de fiers héros qui parvient tout seul au terme de toutes les actions.  C'est en fait un dialogue qui se joue entre le train sifflera trois fois et  Rio Bravo pour savoir si l'action est menée individuellement par un héros (Gary Cooper dirigé par Fred Zinnemann) ou bien si l'action doit être ménée collectivement (le shérif et ses deux adjuvants). En contre-pied de cela apparaîtront les Westerns spaghetti sous l'égide de Sergio Leone (avec les célèbre musique d'Enio Moricone) où le heros fait place à un anti-héros aux allures moins respectables et à la personnalité plus complexe. Même si Sergio Leone prône un certain individualisme du héros comme thème même des western, avec Mon nom est personne, c'est l'interaction de plusieurs personnages qui fait qu'il y a histoire, le véritable héros (l'anti-héros en "Personne") s'effaçant pour que le héros finissant entre dans la légende et qu'ainsi il n'est pas à affronter les rivaux qui souhaitent toujours se mesurer à la célébrité. Ceci dépasse la loi du chacun pour soi propre aux westerns classiques et même aux premiers westerns de Sergio Leone (cf la Trilogie de l'homme sans nom)


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High Noon ou l'individualisme. Will Kane (Gary Cooper), le marshal de Hadleyville, vient de se marier avec une    quaker pacifiste Amy (Grace Kelly) et rend son étoile pour quitter la ville quand il apprend que Franc Miller (Ian MacDonald), un homme qu'il avait arrêté et avait envoyé derrière les barreaux, a été relâché. Miller doit arriver par le train de midi et son gang l'attend à la station. Les citadins s'inquiètent pour Kane, l'encourager à partir pour que Miller ne puisse pas se venger de Kane en le jetant en prison. Kane et sa femme fuient la ville; pourtant, sortis de la ville, Kane a des remords et renonce à laisser tranquille un criminel derrière lui dans la ville qu'il avait cherchée à protéger. A son retour il reprend son étoile et espère faire prêter serment aux adjoints pour l'aider à protéger la ville du Miller et des trois membres de son gang. Comme le temps passe et qu'il apparaît de plus en plus les concitoyens ne sont pas disposés à aider Kane. Beaucoup veulent que Kane quitte, espérant que sans sa présence le gang de Miller ne provoquera pas de problème. Sa femme menace de partir par le train de midi sans lui s'il reste, mais il refuse de céder. Même son adjoint, Harvey Pell (Lloyd Bridges), refuse de l'aider. Seule son ancienne maîtresse, Helen Ramírez (Katy Jurado), le soutient, mais il y a peu qu'elle puisse faire pour lui.

Grace Kelly in High Noon
Grace Kelly and Katy Jurado in High Noon
Grace Kelly and Katy Jurado dans le train sifflera trois fois


À la fin, Kane fait face seuk aux quatre bandits armés. Il abat deux des hommes de Miller. Amy préfère sauver la vie de son mari que de respecter ses convictions religieuses et tue le troisième en le orenant à revers pendant qu'il recharge son fusil dans une ruelle à côté du bureau de Kane. Mille la prend alors en otage et offre de l'echanger contre Kane. Kane est d'accord et sort à découvert. Amy, pourtant, se bat avec Miller, le griffant au visage. Kane tue Miller d'une balle. Devant les concitoyens qui sortent de leurs cachettes, il jette dnas la poussière son étoile de marshal et quitte la ville avec sa femme.

Bref, High Noon ou l'individualisme.

Rio Bravo ou le communautarisme. Le film a été tourné comme une réponse à High Noon, qui avait été une allusion pour mettre sur la liste noire d'Hollywood (en 1947), dix à treize scénaristes et réalisateurs cennsurés pour avoir eu des sympathie pour le parti communiste d'avant guerre. C'était en quelque sorte une critique du maccarthisme. Wayne a fait équipe avec le directeur Howard Hawks pour imposer sa direction à l'histoire. Hawks a été offensé par High Noon car il n'a pas cru que le maréchal, joué par Gary Cooper, demanderait aux citadins l'aide. Wayne était un conservateur et un supporter ferme du fait de mettre certains scénaristes sur la liste noire. On croit communément que Cooper a vaincu seul les hors-la-lois et n'a pas eu besoin de l'aide de d'autres or la nouvelle épouse quaker de Will Kane (Gary Cooper) n'hésite pas à sauver la vie de son marshal de mari en tirant et en tuant l'un d'entre eux. Pourtant il est vrai que dans Rio Bravo Wayne est entouré par des aides - un second ivre, un jeune tireur, un vieil homme et une jeune femme séduisante - et il a sans aucun doute besoin de leur aide. 

John Wayne as Sheriff John T. Chance in the opening scene.

John Wayne lors de la scène d'ouverture.


Howard Hawks a reconnu s'être inspiré des Nuits de Chicago de Josef von Sternberg pour le tournage de Rio Bravo. Il y a repris le nom de son personnage féminin feathers, initialement celui d'Evelyn Brent, et l'idée du dollar jetté dans le crachoir. Howard Hawks a toujours affirmé que ce qui l’intéressait au plus haut point dans le cinéma se situait dans la relation entre les personnages.   Des personnages qui fonctionnent comme un groupe, comme une nouvelle famille virtuelle.  Dans « Rio Bravo », cette notion de groupe et de famille primant sur celle de l’individu est primordiale dans la narration. Howard Hawks montrait au cinéma ce qu’il adorait dans sa vie privée avec cette notion perpétuelle autour de la famille. 
Comme le metteur en scène va s’intéresser tout particulièrement aux personnages, il va privilégier l’aspect psychologique des personnages à l’action, au décor, au paysage.  Ici, point de grandes chevauchées.  Du personnage et encore du personnage extrêmement bien esquissé dans le scénario.  Déjà le nom de chacun d’entre eux porte une signification : Stumpy (hors d’usage), Dude (La guenille), Feathers (Plumes, celles des costumes d’entraîneuse), Wheeler (Cheval de trait), Chance.  Cette volonté de privilégier le personnage dans la narration va pousser le metteur en scène à travailler dans le confinement.  On se retrouve presque dans le huis clos avec uniquement comme lieux une prison, une rue et un hôtel de saloon.  Un confinement aussi du temps avec l’action se déroulant uniquement pendant trois jours.  Bref, une action volontairement figée pour travailler dans l’économie de moyen et de narration et qui offre au final une très belle densité à l’ensemble de l’édifice.
« Rio Bravo » va met le looser au premier plan.  Autour du personnage joué par John Wayne, qui lui symbolise la force, l’ordre, la justice, la virilité, le patriarche, on va retrouver toute une série de personnages caractérisés par leur faiblesse comme par exemple le vieux  boiteux Stumpy/Walter Brennan ou encore l’alcoolique Dude/Dean Martin. 
En 1967 et 1970, Howard Hawks filmera deux variations autour de Rio Bravo. Dans El Dorado, John Wayne incarne un tueur solitaire qui vient prêter main forte à un vieil ami sherif qui connaît des problèmes d'alcools interprété par Robert Mitchum. Dans Rio Lobo, Howard Hawks réadapte une nouvelle fois certaines des séquences des deux films précédents. John Wayne y tient à nouveau le rôle principal.

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Les Westerns spaghetti viennent un peu compliqué la donne entre individualisme et communautarisme. Ils sont un sous genre initié par Sergio Leone avec la Trilogie du dollar, ou Trilogie de l'homme sans nom où le rôle de Personne est joué par Clint Eastwood. Le western spaghetti dépasse le schéma manichéen récurrent aux western manichéen pour mettre en scène des personnages bien plus complexes. Il ne s'agit plus d'une lutte unilatérale des gentils cowboys redresseurs de tort contre lesbandis mexician ou les indiens. les protagonistes des westerns spaghettis ont tout de l'anti-héros. Misogynes et mal rasés, cyniques et individualistes, ils sont a priori plus prompts à dégainer pour le bien de leur portefeuille que pour se mettre au service d'une noble cause. Mais beaucoup de Westerns spaghetti sont réintitulé dans beaucoup de pays et aparteinnent au genre populaire avec les séries de Django, Ringo ou Sartana. Intéressons-nous à la trilogie du dollar :

 

  • Pour une poignée de dollarsA Fistful of Dollars (1964)
  • Et pour quelques dollars de plus, For a Few Dollars More (1965)
  • Le Bon, la brute et le truand, The Good, the Bad and the Ugly (1966) .

Le lien entre ces trois films est le personnage de l'« homme sans nom » joué par Clint Eastwood. On dit que l'unicité des personnages interprétés par Clint Eastwood comme personne n'est pas évidente entre les trois films, elle a été construite (sur le fait que le même acteur jour dans les trois films et pour des raisons promotionnelles) en 1966 pour la sortie américaine des trois films coup sur coup. Ce personnage a des noms et des métiers différents selon les films. S'il existe plusieurs emplois du nom de "Personne", le plus lointain reste celui de l'épisode du cyclope Polyphème dans l'Odysée d'Homère. Un exemple de cette référence se retrouve dans Mon nom est personne (voir plus bas) quand le conducteur de train sort en courant de l'urinoir public et crie : 'mais qui le conduit ? Qui ?' (Se rapportant au train qui a été volé). pour le spectateur la réponse est évidente : c'est Personne qui conduit.

 

Dans Pour une poignée de dollars, Clint Eastwood joue le rôle de Joe, Sanjuro Kuwabatake, interprété par Toshirō Mifune dans Le Garde du corps (Yojimbo) de Akira Kurosawa.Sergio Leone en fait le remake en pillant le scénario d'Akira Kurosawa.  Il garde du film original le caractère de samouraï errant transposé au far west.  : « J'ai vu un film de Kurosawa : Yojimbo. On ne peut pas dire que c'était un chef-d'œuvre. Il s'agissait d'un démarquage de La Moisson rouge de Dashiell Hammett. Pourtant, le thème me plaisait : un homme arrive dans une ville où deux bandes rivales se font la guerre. Il se place entre les deux camps pour démolir chaque gang. J'ai songé qu'il fallait replacer cette histoire dans son pays d'origine : l'Amérique. Le film de Kurosawa se passait au Japon. En faire un western permettait de retrouver le sens de l'épopée. Et comme ce récit s'inspirait également d’Arlequin, valet de deux maîtres de Goldoni, je n'avais aucun complexe d'être italien pour opérer cette tranplantation. Sans compter que l'inventeur du western n'est autre qu'Homère. Sans oublier que le western est un genre universel parce qu'il traite de l'individualisme. » Conversations avec Sergio Leone de Noël Simsolo, Stock, Paris, 1987.

Clint Eastwood in a classic shot from The Outlaw Josey Wales, a Revisionist Western.Clint Eastwood

Autre lien entre les classiques américain et les films de Leone, on peut noter que l'étrange scène d'ouverture de Il était une fois dans l'ouest de Sergio Leone est une reprise de la scène d'ouverture du train sifflera trois fois de Fred Zinnemann (High Noon
 ). 

 

 

Mon nom est personne. L'action se déroule à la fin de la conquête de l'Ouest. Jack Beauregard (Henry Fonda), un héros vieillissant, veut qu'on le laisse vivre en paix, mais doit souvent affronter de jeunes têtes brûlées espérant se faire un nom en tuant la légende. Il est admiré par un jeune cowboy, Personne (Terence Hill), qui veut le voir accomplir un dernier exploit, affronter à lui tout seul la « Horde sauvage », pour « entrer dans les Livres d'Histoire ». L'action collective se fait transgénérationnelle. Personne s'efface pour mettre dans la lumière Beauregard car pour lui, l'histoire ne peut être écrite que s'il y a de grands héros qui finissent dans les livres, une manière de donner de l'espoir aux prochaines générations. Mais l'une des scènes d'anthologie concernant la question qui nous occupe (celle de l'action collective) est celle où Terence Hill raconte derrière un billard l'histoire du petit oiseau qu'une vache met au chaud dans une de ses bouses et qu'un le coyotte extirpe de la bouse pour le croquer. "Personne" laissera à Beauregard le soin de trouver la morale de l'histoire. Elle surgira, une fois que Beauregard retiré loin de la vie trépidante de cowboy comprendra qu'il y a des gens qui vous mettent dans la merde pour votre bien et d'autre qui vous en sorte mais est-ce pour votre bien ? L'action de "Personne" était de le mettre dans la merde face à la horde sauvage pour qu'il passe dans l'Histoire et que "personne" y trouve une perpétuation de la lignée des héros qui en appelera d'autres.

 

 

Au delà du Western. Une variante de "rencontre qui fait naître une action collective" ou plus exactement de la rencontre qui fait se téléscoper des destins, se trouve dans Will Hunting, Mat Damon, surdoué des mathématiques qui s'ignore, rencontre le destin d'un psy, Dustin Hofman,dépressif depuis que sa femme est morte d'un cancer. Chacun donne à l'autre l'envie de poursuivre sa vie, Matt Damon, partant en Californie loin des mathématiques et de son destin de génie, et Dustin Hofman, se remet à vie et part pour une autre vie. Il y a derrière ce scénario toute une thématique de vivre sans laisser de trace, comme si la vraie vie n'était pas pour l'Histoire. 

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Tietie007 12/10/2008 09:39

J'adore mon Nom est personne, réflexion sur les affres de la célébrité ! A voir aussi, le superbe Face to face de Sergio Sollima, avec un superbe Gian Maria Volonte !

tietie007 27/09/2007 19:31

Le western classique américain véhicule des valeurs chrétiennes comme le respect de la loi, l'amour de la patrie, et l'importance de la famille. Manichéen, il oppose l'Ouest sauvage à l'Est civilisé, le droit à la force, L'homme qui tua Liberty Valence  où l'avocat James Stewart affronte l'outlaw sans foi ni loi, Lee Marvin en est l'exemple le plus accompli ! On peut parler du western américain comme machine de propagande véhiculant des valeurs chrétiennes.Le western spaghetti, moins idéaliste, met l'individu au centre de sa problèmatique. Partant du postulat hobbesien de la mauvaise nature de l'homme, il décrit un monde peuplé d'anti-héros, cupides et  cyniques, uniquement mus par leurs intérêts propres, déconnectés de la morale. Il se distingue du western classique par une narration décalée, voire une anti-narration, mettant plus l'accent sur les postures des personnages que sur l'action proprement dite. La dilation du temps et de l'espace, la variété des points de vue, densifient la trame existentielle de l'histoire, s'épuisant dans un jeu de regards croisés qui agrémente le duel final !Personnellement, j'ai un peu de mal, aujourd'hui, avec le western classique, que je trouve linéaire et trop manichéen. Si j'ai adoré Rio Bravo, dans ma jeunesse, je trouve aujourd'hui que l'opus hawksien est assez simpliste.

Kaptipham 21/09/2007 15:30

Peut-être un rapport ? Va savoir...http://afdt.over-blog.com/article-12479740.html