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Publié par Paris 8 philo

Extrait d'un entretien de Michel Foucault avec Jacques Rancière où celui-ci estime qu'il y a du peuple (ou de la « plèbe ») et non le peuple. I l donne ainsi du peuple une perspective toute nouvelle. Paris8philo

« Il ne faut sans doute pas concevoir la « plèbe » comme le fond permanent de l’histoire, l’objectif final de tous les assujettissements, le foyer jamais tout à fait éteint des révoltes. Il n’y a sans doute pas de réalité sociologique de la « plèbe ». Mais il y a toujours bien quelque chose, dans le concept de corps social, dans les classes, dans les groupes dans les individus eux-mêmes qui échappe d’une certaine façon aux relations de pouvoir ; quelque chose qui est non point la matière première plus ou moins docile ou rétive, mais qui est le mouvement centrifuge, l’énergie inverse, l’échappée.
« La » plèbe n’existe sans doute pas, mais il y a « de la » plèbe. Il y a de la plèbe dans les corps, et dans les âmes, il y en a dans les individus, dans le prolétariat, il y en a dans la bourgeoisie, mais avec une extension, des formes, des énergies, des irréductibilités diverses. Cette part de plèbe, c’est moins l’extérieur par rapport aux relations de pouvoir, que leur limite, leur envers, leur contrecoup ; c’est ce qui répond à toute avancée du poouvoir par un mouvemnt pour s’en dégager ; c’est donc ce qui motive tout nouveau développement des réseaux de pouvoir. » FcDEIII_ (Foucault, Dits et Ecrits, tome III, p. 421)

Pour continuer -  Dire qu'il y a LE peuple, c'est au fond substantifier (on dit aussi hypostasier) un concept, le surinvestir. C'est un trait courant des philosophe de faire cela. On peut penser à Rousseau (qui via Malebranche et Augustin était platonisant) et pour qui le Peuple avait sa souveraineté. Face à cela deux optiques qui partent d'un même constat, il n'y a pas de peuple (et même de prolétariat), c'est la voie prise par Badiou qui veut tout rendre inconsistant sauf les sujets prteurs de vérités, et d'autre part vous avez la voie prise par Deleuze et Foucault. Pour Foucault nous vous avons donné l'extrait ci-dessus. Pour Deleuze cela se retrouve dans Pourparlers ("il y a à la fois création et peuple" p. 239) mais aussi dans ses livres sur le cinéma car pour lui les créateurs (dans l'exemple qu'il donne les cinéastes constructivistes russes) en appelle toujours à un peuple à venir. Enfin pour terminer on pourra dire comme philippe Solers le suggère dans Une île divine, que le nihilsme c'est quand il y a de la « plèbe » en haut et en bas, de la médiocrité comme disait Nietzsche, la « plèbe » n'étant pas tout à fait ce qu'il y a de peuple en chacun de nous.

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Lung Ta 17/03/2007 08:35

Merci de votre réponse.
Pourrait on dire que l'un comme l'autre cherche à supprimer (ou dire qu'elle n'existe plus) la part "universelle" en l'homme que ce soit la notion "d'humain" comme la notion de "peuple" pour revenir à une seule individualité mesurable
Je ne sais pas si je suis clair ?
C'est à dire est ce qu'ils ne chercheraient pas à dépasser les concepts "globalisants" (et donc faux qq part) pour revenir à l'individu, à soi, finalement NOTRE propre et seule vérité de ce qu'on vit dans l'instant ???
Les "concepts" ayant prouvé (semble t il) leur effets pervers sur la liberté de chacun ?Ainsi "celui qui sait ce qui est bon pour le peuple" (sic) va pour SA facilité enfermer les individualités dans un moule virtuel ?
chaleureusement

Lung Ta 12/03/2007 19:05

Pour Foucault, la plèbe serait cette part d'humanitude en nous (pour parler comme Jacquard) qui nous rendrait justement non servile, plus humain, mais qui peut s'exprimer différemment suivant les contextes & groupes sociaux ?
Alors que le côté Nietzschéen serait plus l'autre "versant", celui de la médiocrité qui au contraire nous réifirait plus ?

chaleureusement

Paris 8 philo 12/03/2007 23:32

Pas exactement, Foucault supprime toute part d'humain ou d'humanitude (peut-être que Jacquard l'appelle ainsi mais jacquard parle aussi quoique de manière déformée de surhumanité : "le surhomme c'est le nous"). Pour Foucault l'homme ne peut être qu'un objet de savoir qui a fait son temps, nullement un sujet de liberté.
Nietzsche pense d'une manière hiérarchique, verticale pour faire simplifier, que si la médiocrité est en bas et en haut, c'est la marque d'un nihilisme qui ne sait pas ce qui vaut, il laisse de côté le peuple substantifié, qu'il appelle par ailleurs, les humbles, il laisse de côté ce qui tend à échapper sans au pouvoir, ce qu'il y a de peuple en nous.