Archives

Publié par Paris 8 philo

Allemand : ce qui possède la liberté d’opinion et ne s’aperçoivent pas que l’indépendance de goût et d’esprit leur manque… cela précisément est allemand NsHH2b°320 .


Décadence * : Ce mot, que Nietzsche utilise la plupart du temps en français dans son texte allemand, est emprunté à l'ouvrage de Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine (1883), en particulier au premier essai du recueil, sur Baudelaire. À cette notion d'abord historico-littéraire, qui signifie décomposition du style et désorganisation de l'organisme individuel et social, Nietzsche ajoute des nuances diverses. Le mot est à peu près synonyme chez lui de faiblesse ou de maladie. La décadence désigne l'incapacité à harmoniser, à synthétiser, à maîtriser les désordres, les excès et la violence des instincts : c'est l'opposé de la notion de grand style, capacité à ordonner phrases, mots et parties en un tout, à spiritualiser les instincts sans réprimer, sans faire de la raison un tyran, capacité que Nietzsche appelle l'assurance instinctive absolue. Cette désorganisation morbide ou ce défautde maîtrise spontanée et harmonieuse des « instincts » est une sorte de faiblesse, que l'on peut définir comme un manque de sûreté du corps et des instincts. C'est ce qui fait dire à Nietzsche que le décadent en soi choisit toujours des remèdes qui lui font du tort NzEH. Employant un terme médical (psychiatrique) à la mode à son époque, Nietzsche parle aussi de « dégénérescence ». Il importe de souligner que la décadence est plutôt d'ordre psychique, un phénomène que nous appellerions « psychosomatique », et qu'en dépit de quelques provocations de Nietzsche, elle ne se réduit pas à un phénomène strictement biologique, Nietzsche refusant de séparer l'« âme » et le corps, et de distinguer dans l'étiologie des maladies les causes physiologiques et les causes psychologiques. C'est le psychologue Nietzsche (et non le physiologiste, qu'il n'est pas) qui parle de décadence.
On peut ajouter aux propos d'Eric Blondel il y a dégénérescence, décadence, partout où décline cette volonté, cette volonté de puissance 17[4],2. C'est pourquoi Nietzsche affirme avec subtilité qu'il faut se garder de combattre la décadence ; elle est absolument nécessaire, elle appartient à tous les temps, toutes les époques. Ce qu’il faut combattre de toutes nos forces c’est l’introduction du virus contagieux dans les parties saines VP III,61. 15[41].

Être et devenir * : Nietzsche, dans la perspective de la mort de Dieu, récuse la distinction, d'origine essentiellement platonicienne, de l'être et du devenir. Cette distinction permet de penser la permanence et l'essence d'un objet ou d'un`corps quelconques, attachées à sa substance (ce qui demeure d'un sujet identique, par exemple une personne, qui reste la même tout le temps qu'elle vit), tout en conciliant cette permanence avec le changement, le devenir, la contingence, la « corruption ». Etre et devenir sont donc opposés par les Grecs comme repos et mouvement.
En se réclamant (peut-être abusivement) d'Héraclite, Nietzsche récuse toute idée d'être, de substance, tant de l'âme que du corps. L'esprit et les pulsions du corps sont continuellement en mouvement. Il n'y a pas d'être (c'est ce qu'il appelle « égypticisme »), tout devient, aussi bien dans l'esprit que dans le corps et la matière. A cette critique se joint celle de la distinction entre chose en soi et phénomène, opérée par Kant et reprise par Schopenhauer. Pour Kant, nous ne connaissons pas les choses telles qu'elles sont en soi, mais telles qu'elles nous sont données dans l'espace et dans le temps. Or, pour que quelque chose nous soit donné, nous apparaisse, se manifeste (du grec phainomenon : qui apparaît), il faut bien supposer (penser, sans pouvoir le connaître) l'existence de quelque chose qui apparaît. La chose en soi est à penser, mais est inconnaissable. Schopenhauer reprend cette dualité, d'abord en posant que la chose en soi est la volonté, et ensuite en disant que le phénomène, ce qui apparaît à notre esprit, est la seule manifestation de cette volonté : il oppose ainsila représentation consceinte à la chose en soi inconsciente. [...]

L'expression que Nietzsche utilise pour caractériser la vraie nature des choses est « innocence du devenir » (Unschuld des Werdens). Cette formule signifie que le devenir (l'histoire, la vie comme genèse et corruption, comme naissance et déclin) est dépourvu de toute finalité, de tout but qui lui donnerait un sens, une direction, une signification immanente ou transcendante : le sens de l'histoire, le progrès, l'ordre, la nécessité, le destin, la raison, l'Esprit (ainsi qu'on peut le voir chez Hegel, chez Marx, ou encore chez Platon et Aristote), mais aussi la décadence, la dégénérescence, la perte des traditions. Dans le mot Unschuld, il a Schuld, qui signifie faute être, la nature, les choses et les sociétés ne sont pas « en faute », coupables de déchéance ou d'absence de sens (comme par exemple dans une philosophie de l'absurde, et déjà d'une certaine façon chez Schopenhauer). Mais Schuld signifie aussi dette la nature, l'être, l'histoire ne nous « doivent » rien, ne poursuivent pas une fin, ne vont pas dans une direction qui leur donneraient un
but et un sens (téléologie). Tel est le sens dernier de la célèbre doctrine, dont Nietzsche au demeurant ne dit rien dans le Crépuscule des idoles, de l'éternel retour de l'identique : rien n'est, tout devient, tout revient, éternellement, du pareil au même, sans qu'il y ait d'autre signification à cette répétition que le devenir lui-même, puisque la répétition signifie que les choses n'ont pour but qu'ellesmêmes. Ajoutons, pour finir, que le mot de « surhumain » désigne l'idée d'un être humain qui, au lieu de refuser le devenir, le chaos terrible et énigmatique, l'innocence du devenir, comme le fait le faible, serait, non pas au-dessus de l'humain, mais au-delà de l'humain..(la particule liber signifie dans Ubermensch non pas tant « sur », « au-dessus », que « de l'autre côté », « au-delà », en sorte que, si c'était possible, il faudrait traduire par « outrehumain », comme les Anglo-saxons, qui traduisent, non par superman, mais par overman)

Energétique voir NsHH°242.

Etat : Suppression de la notion d’Etat, de l’opposition « privé et public ». Le décri, la décadence et la mort de l’Etat, l’affranchissement de la personne privée (je n’ai de garde de dire : de l’individu) sont la conséquence de la conception démocratique de l’Etat ; en cela consiste sa mission NsHH°472. Ce ne sera pas le moins du monde le chaos qui lui succèdera, mais une invention mieux appropriée que n’était l’Etat, triomphera de l’Etat. Ainsi une race future verra l’Etat perdre de son importance dans quelques régions de la terre… Travailler à propager et à réaliser cette conception et à la vérité une autre affaire, [il faut] maintenir encore l’Etat pendant un bon moment et repousser les essais destructeur des demi-savants trop zélés et trop pressés ! NsHH°472

Faiblesse et force (voir aussi « Décadence ») : Faiblesse et force s'opposent comme maladie et santé, au sens psychophysiologique de ces mots. Mais il faut immédiatement préciser que, puisqu'il ne s'agit pas de phénomènes essentiellement séparés et physiquement mesurables, puisque la distinction corps-esprit est floue et la plupart du temps impossible, et surtout puisque Nietzsche n'oppose pas des entités et des contraires absolus, la santé n'est pas radicalement distincte de la maladie (comme le voudraient encore aujourd'hui beaucoup d'esprits racistes et simplificateurs qui distinguent les « races' saines » et les « races dégéné`, rées », les « esprits sains » et les `3 « esprits morbides »). Donc, ion force et la faiblesse sont des états fluents et fragiles, la santé inclut la maladie comme ce qu'elle parvient à surmonter (de même que l'organisme sain est celui qui se défend par son système immunitaire et non celui qui ne contient pas de germes microbiens ou pathologiques). Force et faiblesse sont des aspects ou des états changeants, et éventuellement fragiles ou passagers, d'un organisme, d'un psychisme, d'un corps. Même si la formulation de Nietzsche est parfois équivoque, il n' a pas, d'une part, les forts et, autre part, les faibles, mais de la faiblesse dans chaque psychisme ou état somatique fort ou sain. Nietzschéen a appelé « grande santé » cette capacité à surmonter la faiblesse, la décadence et la maladie en soi, la force absolue étant un mythe. Il y a donc lieu de considérer force ou faiblesse, non comme des états, des natures fixes et certaines, mais comme des symptômes, des situations de rapports de forces où l'issue des conflits est toujours à interpréter. Telle est la tâche de la généalogie, comme sémiotique et symptomatologie.

Fort : Tout le monde connaît cette phrase : ce qui ne tue pas rend plus fort. Le grand souhait de Nietzsche demeure celui-ci : si nous pouvions prévoir les conditions dans lesquelles pourront naître les individus de valeur supérieure NzVP IV,195 ! Mais mieux que cela, il propose de créer les conditions dans lesquelles on aura besoin d’hommes plus forts, qui de leur côté auront besoin d’une morale fortifiante NzVP IV,200, d’une ascèse renaturalisée NzVP IV,289. Dans des conditions égales, nombre d’hommes périssent continuellement, l’unique individu sauvé en est d’ordinaire plus fort, parce qu’il a supporté ces circonstances fâcheuses grâce à une force innée indestructible et y a encore trouvé pour cette force exercice et accroisssment : ainsi s’explique le miracle NzHH°242. Il n'hésite pas à parler de disloquer complètement l’âme humaine, la plonger dans l’effroi, dans le gel, dans le feu et dans les ravissements pour qu’elle se libère GM III,20.

Evénements : Ce sont les paroles les plus silencieuses qui sèment les tempêtes EH 0,3 

Généalogie * (appelée aussi Psychologie) : C'est l'analyse qui consiste à rapporter les représentations à certains états du corps comme à leur véritable origine, voire leur « origine honteuse » cachée. Elle se donne donc pour tâche d'interpréter des idéaux, non point comme des idées éternelles et des vérités fixes (ainsi que dans la théorie platonicienne des idées), mais comme des signes, des symptômes de certains états du corps, ou plus exactement de l'unité corps-esprit que Nietzschéen, dans Ainsi parlait Zarathoustra, appelle « grande raison ». Cependant, comme le corps, autrement dit les désirs, la volonté, la volonté de puissance sont cachés, ou plutôt ne sont pas de l'ordre de la représentation consciente, claire, simple et rationnelle, mais de nature sensible, affective, plurielle, équivoque et conflictuelle (c'est le corps symbolisé par Nietzsche par la métaphore de l'estomac et d'un organisme social), les idéaux ne sont que les signes et les symptômes de ce qui reste caché (comme, dans la généalogie, le père ou l'ancêtre est caché, invisible). Ainsi, plus tard, chez Freud, restent étroitement liés, dans le rêve, le sens manifeste et le sens latent, le conscient et l'inconscient. La généalogie est donc l'interprétation des signes de ce qui est caché, et non le dévoilement clairet distinct d'une vérité une et simple. Elle est donc déchiffrage d'énigmes, du « langage chiffré des affects », qui s'interprètent comme le texte est interprété par un philologue. Nietzsche utilise souvent cette comparaison avec le décodage d'un texte hiéroglyphique et il la complète avec les diverses images tirées du langage médical de son temps (auscultation, palpation, percussion, symptomatologie), en empruntant son vocabulaire et ses images (mais pas ses concepts) à cette partie de la science médicale qui en son temps s'appelait sémiotique non pas au sens linguistique ou littéraire, mais au sens de la science des signes (grec sémillon) des maladies.

Hasard : Si vous savez qu'il n'y a pas de but vous savez qu'il n'y a pas de hasard : car c'est seulement aux côtés d'un monde de buts que le terme « hasard » NzGS°109.

Idiosyncrasie * : Mot très souvent utilisé par Nietzsche. D'origine médicale, il désignait, surtout à l'époque de Nietzsche, l'ensemble des traits de tempérament physique et psychologique qui définissent les réactions habituelles d'un être. Nietzsche l'utilise pour rassembler sous un même type (c'est ce qu'il appelle la « typologie ») les groupes sociaux qu'il dénomme les faibles * ou les décadents *.

Libre-arbitre : La théorie du libre-arbitre est une invention des classes dominantes NzHH2c°9. « libre arbitre » ne veut pas dire proprement autre chose que le fait de ne pas sentir de nouvelles chaînes NsHH2c°10.

Maladie et santé

Maladie du langage : partout le langage est en souffrance NzRW°5.

Repos : rester coucher sans bouger est le remède… pour toutes les maladies de l’âme NzHH2b°361.

Guérison de Nietzsche : du romantisme NsHH2a°2

bataille contre le pessimisme antiscientifique de tout pessimisme romantique NsHH2a°5.

Mon père est mort à trente six ans… A l’âge même où sa vie déclina, la mienne déclina aussi c’est dans ma trente-sixième année que j’ai atteint l’étiage de ma vitalité NzEH°II,1.

Matière : Nietzsche dès ses premiers écrits ose affirmer qu'il n'y a pas de matière (en 1872). Il n'hésite pas à le répéter : la matière est une erreur au même titre que le Dieu des Eléates NzGS°109.

Monde vrai * : (Voir « être et devenir ») MORT DE DIEU (Nihilisme)
Très schématiquement, puisque Nietzsche n'en parle guère dans le Crépuscule des idoles, il faut insister sur quelques idées clefs. Cette expression ne signifie pas que, pour Nietzsche, Dieu n'existe pas. Ce n'est pas l'équivalent d'une déclaration personnelle d'athéisme. Sans doute, Nietzsche se dit-il athée, et désigne-t-il certains athées comme libres penseurs. Mais la question n'est pas là, dans une option personnelle. Selon Nietzsche, en effet, on peut être athée et libre penseur sans pour autant renoncer aux substituts de la foi en Dieu, à savoir les idéaux, les « idées modernes », les
« idoles », appelés l'« ombre de Dieu ». Celui qui a renoncé aussi aux substituts de Dieu que sont le Bien moral, la Vérité, le Progrès, la Science, l'égalitarisme, le socialisme, la Justice, la démocratie, est appelé par Nietzsche proprement « esprit libre ». Les synonymes de cette expression, dans le vocabulaire de Nietzsche, sont « immoraliste » ou plus généralement « nihiliste ». « Dieu », ce n'est donc pas seulement le Dieu chrétien, mais toutes les idoles. Et le nihilisme ne consiste pas à les nier, à les refuser, mais à constater qu'elles ne sont rien (latin nihil, néant), sur le modèle, alors sulfureux, des révolutionnaires et anarchistes russes. Mais puisque ce Dieu et ces idoles, ces idéaux sont le fondement ultime de toutes les valeurs les plus hautes de l'humanité, la mort de Dieu est annoncée par Nietzsche comme une catastrophe (cf. Le Gai savoir, § 125), puisque disparaissent toutes les certitudes essentielles qui constituent et soutiennent l'humanité de l'homme.
« Rien n'est vrai, tout est permis » (Généalogie de la morale, 3` traité, § 24), cela ne signifie pas qu'il faut croire et faire n'importe quoi, mais qu'il n'existe aucun fondement, aucune garantie que les vérités les plus certaines (par exemple scientifiques) sont vraies, ni que ce qui est unanimement tenu pour bien est bon (la morale universelle, la justice ou les droits de l'homme). Il n'y a donc plus aucune certitude, mais rien que des perspectives, des évaluations (« valeurs ») sans aucun fondement ultime dans l'Être absolu.

Morale et immoralisme : Est immoral ce qui est contraire aux mœurs NsHH2b°90. La philosophie, telle que je l’ai comprise et vécue jusqu’à présent, consiste à vivre volontairement dans les glaces et les sommets — c’est la recherche de tout ce que l’existence à d’étrange et de douteux de tout ce qui a été jusqu’à présent mis au ban par la morale NzEH°II,3. Il faut maintenant que les moralistes consentent à se laisser traiter d’immoralistes parce qu’il dissèque la morale… Les moralistes d’autrefois ne disséquaient pas assez et prêchaient trop souvent. NsHH2c°19.
2°) Sur les mœurs et les institutions voir NsHH2b°89.
3°) Une civilisation supérieure ne peut naître que là où il y a deux castes distinctes de la société ; celle des travailleurs [moraux] et celles des oisifs [immoraux], capable de loisir véritable… le fait est que la caste des oisifs est la plus capable de souffrances, la plus souffrante, son contentement de l’existence est moindre, sa tâche plus grande NsHH°439.

Nihilismes : Nous mettons au pluriels car il y a deux nihilismes. L’un passif, l’autre actif. Mais tous deux ruinent, anéantissent, disent non . L’anéantissement par le jugement seconde l’anéantissement par la main 11[123]. Si l’on fait la synthèse des deux, le nihilisme « passif » comme le nihilisme « actif » sont un arrêt de la création. Pour le philosophe, c’est un repos, confirme Giorgio Colli ColEN_147. Le nihiliste est en quelque sorte l’homme du repos. Si, à plusieurs reprises, Nietzsche lui-même se dit nihiliste, c’est qu’il se désigne comme celui qui a atteint une véracité adulte. C’est le cas dans les fragments d’automne-hiver 1887-1888 : La croyance du nihiliste est une détente pour quelqu'un qui, tel un guerrier de la connaissance, se trouve sans relâche en lutte contre toutes sortes de vérités laides 11[108]. Plus en détail, 1°) le nihilisme passif est une régression de la puissance de l’esprit. Il élève en valeur tout ce qui réconforte, guérit, tranquillise 9[35],B. Il dissocie les valeurs et les buts qui dans la création sont réunis. C’est une façon d’éteindre l’élan créateur, d’amoindrir l’énergie spirituelle. C’est le mouvement inverse au « faire coïncider le voir avec le vouloir » de Bergson. 2°) Le nihilisme actif est le signe que la force de l’esprit a pu s’accroître, s’intensifier de telle sorte que les buts fixés jusqu’alors ne sont plus à sa mesure. Il détruit donc les anciennes valeurs. Ce nihilisme est donc accouplé à un scepticisme propre à toutes les grandes pensées. Ce nihilisme est la suppression qui accompagne toute substitution de valeurs, c’est l’aspect destructif de toute création. La nécessité demeure de balayer les valeurs anciennes, les épuiser avant d’en créer de nouvelles.

Races : Il n’y a probablement pas de races pures mais des races épurées NzAU°IV,272.

Ressentiment * (Voir « Décadence » et « Faiblesse ») : C'est toujours le mot français qui est employé par Nietzschéen dans ses textes. Il apparaît dans la Généalogie de Pa morale (1887) et dans les écrits de 1888. Il désigne la rancune impuissante et recuite du faible envers la réalité, envers ce monde-ci, le monde sensible, le monde des affects, des passions, du corps, de la vie, donc du devenir et des contradictions et du tragique. Autrement dit, le ressentiment en veut au monde d'être ce qu'il est énigmatique, équivoque, contradictoire, « immoral », cruel. L'homme du ressentiment veut se venger par le discrédit et la calomnie d'un monde sensible dont il souffre parce qu'il ne parvient pas à s'y adapter, à le maîtriser (L'Antéchrist, § 15). Dans sa bouche, « le mot de monde est un terme d'injure » : ce monde est méchant, immoral. D'où la « rancune des impuissants », qui prend un tour moral par le renversement des valeurs par les esclaves. Ceux qui ne peuvent se rendre maîtres du monde, des choses et d'eux-mêmes ou de leurs passions (les « esclaves », au sens psychique, plutôt que social ou politique), se dressent contre le monde (c'est « l'insurrection des esclaves ») pour lui dire non par la calomnie de type moral : ce monde est condamnable, parce qu'il est pécheur (sous-entendu, parce qu'il me fait souffrir, moi le faible) (Généalogie de la morale, 1 er traité,§ 10).

Signes et symptômes : Je possède, pour les signes de montée et de déclin, un flair plus sensible que quiconque ait jamais eu, je suis là-dessus le maître par excellence, je connais les deux, je suis les deux NzEH°II,1.

Surhomme : L’homme est ce qui doit être dépassé... C’est-à-dire que l’homme est un pont et non un terme NzAZ III,12, 4-3. Comme le dit Deleuze, le surhomme désigne exactement le recueillement de tout ce qui peut-être affirmé, la forme supérieure de ce qui est, le type qui représente l’Être sélectif, le rejeton et la subjectivité de cet être DzN_40.

Tâche du philosophe. Ma tâche NzHH2a°3. Ce quelque chose de caché et de dominateur qui longtemps pour nous demeure innommé, jusqu’à ce qu’enfin nous découvrions que c’est là notre tâche NzHH2a°4. Ma tâche, nous dit Nietzsche, est de préparer à l’humanité un instant de la plus grande prise de conscience, un Grand Midi où elle…pose dans son ensemble la question du pourquoi ? et du en-vue-de-quoi ? NzEH°IIId,2  Mais existe-t-il déjà aujourd’hui assez d’orgueil, d’audace, de courage, de conscience de soi, de volonté spirituelle, de volonté de responsabilité, de liberté du vouloir, pour que « le philosophe » sur terre soit désormais possible  ? NzGM°III,10. voir NzBM_211

Valeur : Qu’est ce que la valeur (Tychè) ? C’est la plus haute dose de puissance que l’homme puisse absorber 14[8]. On peut donner une variante de la valeur. Le vrai critère des valeurs pour Nietzsche dans cette question est : quelle dose de vérité un esprit sait-il supporter, quelle dose de vérité peut-il risquer ? 16[32] cf. 10[3]. Telle est la nature des âmes nobles : elles ne veulent avoir rien pour rien, et la vie moins que toute autre chose AZ III,12,5.

Verité : il n’est pas possible de vivre avec la vérité Nz16[40],7. Les artistes, par exemple, ont besoin de se faire un peu comédiens GS 99, s’ils veulent perpétuer leur enthousiasme. Ils ont besoin de se construire une « théorie » qui accompagne leur métier, leur discipline. Sans cela, à la longue, ils n’y tiendraient plus GS 99.

Volonté de puissance * : Cette notion fait constamment l'objet de malentendus et, bien que Nietzschéen en parle très peu dans le Crépuscule des idoles, elle permet, une fois définie rigoureusement, de mieux comprendre le sens de la doctrine dans son ensemble. Sa portée est ontologique, c'est-à-dire qu'elle définit l'être des choses, et en particulier le principe du vivant et du psychisme. Malgré les rodomontades bellicistes et les opinions politiques personnelles de Nietzschéen, il faut abandonner complètement l'idée que cette locution est synonyme de volonté de domination, et que l'expression impliquerait l'idée d'une définition positive des forts, des hommes supérieurs. « Volonté de puissance » désigne le principe de tout ce qui est, de tout ce qui vit. Donc même les faibles ont une volonté de puissance. L'idée de Nietzschéen est que tout être vivant (de la cellule au corps individuel, d'un organe à un groupe social) veut, en d'autres termes, désire. Pour penser ce désir, Nietzschéen s'inspire de la volonté telle que l'a définie Schopenhauer (cf. Analyse et Index des noms propres), c'est-à-dire une force inconsciente, affective et non rationnelle, que l'on pourrait comparer à la libido freudienne. Vivre, c'est vouloir. Mais, toujours à l'instar de Schopenhauer, Nietzsche considère que, puisque ce vouloir est une force inconsciente, il échappe à la représentation : nous ne voulons pas ce que nous nous représentons, l'objet conscient de notre désir, nous voulons parce que nous sommes poussés par une force, ou plutôt des forces, multiples et contradictoires (les « instincts »),qui nous contraignent à désirer des fins conscientes, mais qui, une fois cette fin atteinte, continuent à nous pousser vers d'autres fins, en sorte que la volonté veut en nous aveuglément se satisfaire, que les Fins qu'elle nous fait viser ne sont au bout du compte que des leurres, des illusions décevantes, et que donc la volonté n'a pas ellemême de fin, est une force absurde qui est à elle-même sa propre fin. C'est le « vouloir-vivre » schopenhauérien. Nietzsche précise, quant à lui, contre Schopenhauer cette fois, que la volonté qui veut en nous ne veut pas seulement se satisfaire (atteindre la satisfaction qui apaise le désir), ni non plus se conserver (comme dans les philosophies de l'amour de soi), ni même « persévérer dans son être » (c'est la définition du conatus, de l'effort pour exister, chez Spinoza), mais s'augmenter, « s'accroître ». Vouloir, ce n'est pas désirer un objet, tendre au résultat ou à la réalisation de l'action, mais vouloir s'augmenter soi-même, accroître sa force, ou, en termes spinozistes que Nietzsche approuverait, « passer d'une moindre à une plus grande puissance d'exister », ce qui définit l'« action », la « joie » au sens spinoziste, que Nietzsche nomme la « belle humeur ». C'est ce qui fait dire à Nietzsche, au début de la Préface du Crépuscule des idoles, que « Rien ne réussit lorsque fait défaut l'exubérance. Ce qui prouve la force, c'est le trop-plein de force ».

* Rédigé par Eric Blondel in Crépuscule des idoles, Classiques Hatier de la Philosophie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

hpa 16/02/2014 13:33


Il y a une faute de grammaire, donc d'orthographe dans votre en-tête à propos de Nietzsche : "ce qui possède la liberté
d’opinion et ne s’aperçoivent pas que l’indépendance de goût et d’esprit leur manque… cela précisément est allemand" Sans doute faut-il lire "Ceux qui possèdent..." ou "... s'aperçoit ... lui manque..."


Vérifiez d'après le texte original.


Bien respectueusement.