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Publié par Le Cazals

Ou comment résumer plus de deux mille ans de pensée occidentale. Dédicace à un ami qui se reconnaîtra. Retraçons en quelques posts une vision synoptique pour savoir où en est la philosophie. Paris8philo

 

La discussion entre nos deux interlocuteurs Vitali et Zéphire avait démarré sur Freud et la distinction de quelques concept psychanalytique. Vitali était peu perspicace sur le sujet, il surplombait un peu tout ça sans aller précisément, sans dissocier en critiquant a priori la psychanalyse comme porteuse d’un certain statisme, d’une acceptation de la névrose, comme si on fond on s’écoutait parler, comme si on se complaisait dans sa névrose plutôt que de la sublimer ou de transfigurer sa souffrance. Freud ne disait-il pas qu’il voulait soigner les névroses de ses patients. Mais surtout dans la suite du texte c’est sur les deux voies que sont la sublimation et la castration que nous nous attarderons, sans forcément les nommer ainsi. Si vous avez le courage de lire, vous verrez que l’alternative philosophique porte sur ou Nietzsche ou Platon

[...]

Zéphire : Au final, tu surplombes la psychanalyse mais tu ne vas pas au cœur des choses, du fonctionnement des concepts psychanalytiques. Tu confonds Désir et pulsions. [pour préciser les choses lire cet article]
Vitali : Mais, par exemple, quand Freud parle de pulsion de mort c’est de la foutaise, ça n’existe pas. Tout ça lui vient de ce qu’il souffrait de la mâchoire à l’époque où il l’a inventé, et puis de l’expertise qu’il à produite sur les névrosés de guerre. Comme si les gens avait une pulsion vers la mort, ou à tuer si a l »époques les soldats combattait
Zéphire :
mais non, la pulsion de mort c’est autre chose, c’est le fait que l’inconscient tend naturellement vers ce qui lui réclame le moins d’énergie, donc dès qu’il a frayer un voie ou un chemin mental, il tend à le réemprunter. La pulsion de mort c’est la répétition, la morbidité qui en découle.
Vitali :
Certes.
Zéphire :
Mais sur le statisme de la psychanalyse, tu as sans doute raison.

La discussion, s’interrompt ou part sur autre chose. Elle redémarre sur la concurrence entre Platon et Nietzsche.

Zéphire :
avec Parménide et son poème sur l’Être, j’ai beaucoup appris. Je me rends compte que, par rapport à Platon, Nietzsche a beaucoup exagéré. L’ontologie c’est m’a beaucoup apporter pour avoir des distances par rapport à Nietzsche.
Vitali :
mais c’est d’un peu d’autre chose dont il est question. Au fond ceux qui cherchent à faire une ontologie ce sont des gens qui se satisfont de peu, elle est un peu là la critique que Nietzsche fait à Platon. Je ne serai certainement pas là en face de toi, si j’en était resté à l’Être, à ce qui est. Je ne crois pas qu’il y ait un pur devenir, un éternel devenir, Nietzsche lui-même le rejetait dès ses premiers livres comme Humain trop Humain. Mais appuyer sur le devenir c’est ce qui fait basculer dans l’événement, qui fait que des choses inattendues t’adviennent.
Regarde, si tu penses à tous ces profs, par exemple les épistémologues qui veulent faire une nouvelle ontologie, il y a comme quelque chose de craintif par rapport à la vie. C’est marrant de voir combien ils s’attardent sur les théories à variables cachées ou les théories réalistes qui font qu’au final les choses restes incompréhensibles. C’est qu’ils réinjectent toujours les vieilles catégories issues de la métaphysique grecque, quand celle-ci se trouvait face à une physique qui au fond était inadéquate avec la réalité. C’est comme si on se buter à ne pas vouloir comprendre les choses, à ne pas sympathiser avec elles, à ne pas coïncider avec elle, à s’insérer dans le flux de la vie. Les épistémologues au lieu de faire de la science, de l’expérimentation, il préfère être bien au chaud.
Nietzsche est l’un des premiers à faire une critique de l’homme théorique. C’est là que les critiques que Nietzsche destine à Platon, plus qu'au platonisme vulgaire. Nietzsche est l’un des premiers à avoir vu que les grecs d’avant Platon, je pense à Héraclite, que l’on surnommait l’Obscur précisément parce qu’on se voulait se porter au mouvement ou à Démocrite que Platon ne mentionne jamais dans aucun de ses dialogues. Et puis il y a Anaxagore ou Anaximandre… C’était tout une provenance de pensée qui provenait de l’audace.
Zéphire :
Oui mais Anaximandre, Anaxamène ou Parménide étaient portés vers l’ontologie.
Vitali :
Tous ces penseurs d’avant Platon étaient des penseurs bornés, en tout cas tel qu’ils nous sont parvenus on peut les résumer à trois grands traits chacun, car souven ils ne nous reste que des fragments. . Platon lui tait un penseur complexe, il a fait un mixte de Parménide, Pythagore, Héraclite et Socrate. De là vient l'expression "c'est à la tombée de lnuit que l'oiseau de Minerve (la Sagesse) étend son vol". C'est après la grande effervescence qu'on la met dans le formol, qu'on essaye d'en retirer quelque chose, de la conserver tout en triant cet éclatement d'énergie et pensée que fut le Ve siècle av. J.C. chez les Grecs. Platon vient au crépuscule de la journée démocratique grecque. Cette journée fut tragique et démocratique à la fois. Platon en fixant les choses des le texte tout en y inscrivant des opinions pleine de ressentiment, annonce le minuit grec, la fin de ce dynamisme et de cette audace. A force de juger la vie corrompue et de la laiser dévier, elle s'en est allé ou du moins sa part la plus féconde, reste l'étonnante faculté qu'on les les hommes pour survivre après coup, pour se terrer dans leur conscience. Si tu penses à Aristote, quand il s'attache à la tragédie, thème cher à Nietzsche qui, dans un premier temps, l'aborde de manière musicale et non poétique (l'irréductible dionysiaque), mais qui dans un second temps, d'un aphorisme du Gai savoir, fustige Aristote de n'avoir que les grecs allaient surtout aux tragédies pour apprendre à "bien parler". Mais quelque chose de la catharsis demeure et qui n'est pas forcément en lien avec les élections démocratiques, avec la confrontation à de l'inhumain ou du plus grand que soi qui ferait qu'ensuite on aille bien voter. Mais Aristote dans sa manière d'en rester aux six critères qui composeraient la tragédie est figure de l'homme théorique. Parmi ces six critères qui font une bonne tragédie, qui les caractères (plus ou moins, les personnages), l'expression, le chant, le spectacle, la pensée et l'histoire (le mythe), Aristote relève surtout l'histoire car la fonction de la tragédie n'est pas de représenter l'homme mais, pour Aristote, l'action, l'action morale. Ce que fait Aristote, c'est décompose la tragédie, il la dissèque plus qu'il nous permet de revenir à l'effervescence des concours de tragédie. Nietzsche ne s'attarde pas sur le IVe siècle grec décadent mais remonte aux débuts de la tragédie quand celle-ci était au fond une cérémonie en l'honneur de Dionysos, le chant en résonance entre un personnage incarnant Dionysos et un chœur. Mais ce qu'on peut dire c'est que les penseurs grecs n'avaient pas forcément vu de tragédies, puisqu'ils n'étaient pas athéniens ou thébains (Thèbes est la ville d'origine de la tragédie), je pense-là à Héraclite ou Pythagore qui étaient d'Asie Mineure et non d'Acadie. En tout cas, il y a eu une décharge d'énergie avec les grecs, les athéniens et les spartiates, bref les acadiens. Il y avait là un creuset de cultures, un dynamisme en tension. Comme beaucoup d'historiens le pensent, par exemple Jacqueline de Romigny, Nicole Loraux ou Bernard Hotzmann, la tragédie a eu influence sur l'effervescence démocratique à Athènes (Ve siècle av. J.-C.) mais davantage dans ce que les gens pouvaient échanger entre eux que dans une influence sur le vote démocratique. Platon et Aristote eux arrivent à maturité, après la mort de Socrate et Aristote ne reçoit l'enseignemnt de Platon que quand ce dernier aux environs de 60 ans. Avec les écrits tardifs d'Aristote (IVe s.), on est loin de l'époque qui fut le creuset de la tragédie (VIe s.), d'où celle-ci émergera au début du Ve siècle av. J.-C. Avec quarante ans de différence d'âge, ce qu'opère Platon et Aristote, l'un avec sa prétention à la Vérité, le second avec sa quête insatiable de savoir qui comprend de la vérité, c'est un constat, une sorte droit d'inventaire sur le passé, la grande période grecque étant finie, sur le point de disparaître dans l'oubli. Tous deux ont dû se dire qu'il fallait en sauver quelque chose de cette énergie et de cette oralité qui a produit tant de soubresauts, faisant sursauter un peuple sur lui-même. Au fond Platon était le premier à inscrire cette richesse au sein d'une école qui féra date, voyant que l'héritage pouvait se disperser il inventa la sélection des gardiens (de la cité et de la philosophie, ce sont les mêmes) et la vie communautaire qui va avec. Platon le premier communiste, même Badiou le dit, sauf que derrière cela il y a toute une idée de gouvernance et de tyrannie car au fond c'est le philosophe qui détient les vérité. Argument d'autorité, logos dominateur qui profère des vérité (logos prophoricos). Avec Aristote cette une compréhension du grand maître à laquelle on a affaire, une mise en doute de la théorie des idées, car au fond il en faudrait une infinité, une pour chaque chose. Aristote est le premier à décomposer toute discours ou toute discipline suivant des catégorie comme on dissèquerait une souris dans un cours de biologie plutôt que de comprendre son comportement. Il faut dire qu'on cherche l'en-soi, l'absolu, c'est ceci qui caractérise toute forme de classicisme. Cette même notion d'absolu, la physique moderne l'a mise tour à tour en péril : Newton avec l'espace absolu, Einstein avec le temps absolu, même la vitesse ou la température ne peuvent avoir de dimension absolue... Au fond au travers des idées (ou des catégories tout ce qu'aujourd'hui on peut appeler volontiers concept), c'est un mode de vie rassurant, une quête de sérénité pour âmes débiles (comprenez faibles) que : les vérités, qui ne sont que des certitudes ou des convictions obtenues dans l'effort face à une aridité mathématique , en tout cas pour les platoniciens. Elles existent donc en mathématiques mais elles n'expliquent rien, car les vérités sont génériques ou abstraites si vous voulez. On peut chercher à les étendre comme le fait Badiou en passant de la théorie des ensembles à un algèbre transcendantal (dit de Heyting), c'est-à-dire qu'elles produisent l'ennui, c'est-à-dire soit qu'elles n'apportent rien à l'interlocuteur soit qu'elles le font s'interrompre dans ses délires, mais on en arrive toujours à un "tout ça pour ça", à une sorte de mépris inconsidéré pour tout prise de risque, pour toute innovation. Et oui, le platonicien confronter à l'impossibilité de réaliser ses propres promesses comme la Justice ou le Bien, choisit une action restreinte, un pis-aller : cadre précaire et transitoire où l'action des vérités sur la réalité peut s'exercer. Si vous ne tenez pas compte de la pluralité des mondes ou des époques comme nous le faisons, tous les deux, ici cher Zéphire, alors les vérités apparaissent non comme éternelles mais comme transitoires, intempestives, comme appartenant toujours à une période de crépuscule ou d'aurore. Si l'engouement retombe ou se réfugie hors de la cité, on parle d'une période d'acculturation comme la nomme Deleuze où la formidable énergie d'un peuple voyant des nouveaux horizons est obscurcies par les interprétations théoriques. C'est une période, que ce crépuscule, où la pensée se détache de la vie et du travail. Il n'y a plus que la réflexion de l'âme avec elle même (voir la fin du Phèdre de Platon) qui opère le IVe siècle grec avec Platon, avec sa dialectique, et Aristote, avec sa métaphysique (prolongement du Sophiste de Platon). A cela il n'y a rien de mal puisque c'est en quelque sorte cyclique ou plutôt affaire de générations, qui se succèdent. Toute grande famille ou civilisation s'étend sur trois générations, la première innove et invente, la seconde fait prospérer ou fructifier le travail de la première et la troisième qui ne sait comment on crée, regarde s'effondrer le tout en essayant de sauver les meubles. Au fond les textes de Platon et Aristote, ceux qu'on désigne comme étant la "tradition philosophique" c'est cela, une tentative de ne retenir que le meilleur et de le placer dans le formol. La décadence c'est un peu cela, on ne parvient à redonner le souffle à la famille à la cité parce qu'on s'en est en quelque sorte détaché. De là le long détour métaphysique de l'humanité.

... la suite à venir un jour ... (sur la prétendue mataphysique de la volonté chez Nietzsche)

edit : 27 mai 2007
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oyseaulx 09/02/2007 19:15

L'être ne désigne pas ce qui est, mais sa condition de possibilité. Une ontologie qui porterait sur ce qui est ne serait que métaphysique.

Paris 8 philo 09/02/2007 22:39

Oui l'être n'est pas l'existence. Mais l'être qui est ce qui est désignable par le discours dominant (le logos), tout ce qui rentre dans la proposition ceci "est" cela. L'être est en quelque sorte ce qui est pensable notamment par la dialectique.
L'être comme la condition de possiblilité de ce qui est, c'est très kantien, Platon n'a pas attendu cela pour poser l'être. Dans ce même cas d'une pensée qui pose l'être, on ne peut rien faire de la boue et des cheveux, de la merde et des déchets puisqu'ils appartiennent au non-être bien qu'ils ait une existence "méprisable". Je vous revois à l'article sur Fur, mais aussi aux artistes qui utilisent leurs excéments, et surtout pour ne pas rester dans l'anecdotique à toutes les images véhiculées par notre civilisation, à tout les affects qu'elles véhiculent. Mais pas seulement cela, tout ce qui est de l'ordre de l'affect (du devenir) n'est pas pensable: de la rencontre inattendu puisque c'est toujrs l'identité qui sera posé en premier et ensuite par homologie, par analogie on cherchera ce qui est autre, mais tout sera ranger dans le même genre.
Pour un dialecticien on appartient à l'antiphilosophie dès lors qu'on jusitfie par sa propre existence (Kierkegaard, Wittgenstein, Nietsche, Rousseau, Montaigne, etc... je les mélange tous puisque la catégorie non-a, ou non-être est large. Mais je pense qu'on peut en toute rigueur sortir des conditions de possibilité, s'en affranchir (j'entend de la pensée transcendantale qui pose ces même condition de possibliité et ne fait que faire ronronner le moteur au lieu d'accélérer, de sauter les faux-problèmes inhérent à la pensée théorique). Quitte à être mis par des myopes ou des penseurs lourds dans la catégorie de , il n'y aurait pas de salud (de santé rétrouvée), nous ne serions pas là si quelque affect nous avait poussé par delà l'aridité des abstraction dialectiques ou structurale, de ces poisons pour la vie joyeuse et la pensée affirmatrice à la fois de sa capacité à être adéquate aux choses qui arrive (problèmes ou évènements) mais aussi rigueur de ccelle-ci en suivant le parcours d'autres penseurs. Ceci n'a rien à voir avec la pensée qui pose l'être pour mieux s'en détacher (ce que fait Platon, ce que fait Badiou encore une fois et ceci avec au fond un mépris pour l'Être, pour l'égalité pour ces gens qui appartiennent à l'indifférencation ontologique, autres mots qui veulent dire que seul le dialecticien atteint les vérités et qu'aux fond tous les autres erre dans une sorte de survie qui n'a rien de digne).
Un jour il faudra peut-être sortir de la pensée de l'Être, du Même et l'Autre que l'on nomme dalectique, cr en fait comme le dit Badiou la relation (comprenez la rencontre) et première sur l'Être (sur ce qui est statufié en quelque sorte). Simplement comme le dit Canguilhem, dans un passage sur lequel je viens de tomber par hasard, "Les théories ne procèdent jamais des faits, Les théories ne procèdent que de théories antérieures souvent très anciennes" (in la Connaissance de la Vie cité dans Multitudes n°20 p. 71). Les théories abstraites avec des concept qui vont aussi bien à Paul qu'à Pierre comme disait Bergson, ce sont celle qui manipulent le Même, l'Autre et l'Être, mais il n'y a rien à tirer de tout cela sinon un cerveau enclin à la tristesse puisqu'il ne peut se raccrocher à la vie ou au travail. Les vielles théories commencent réellement avec le "Socrate de Platon".
Je vous en conjure lisez le Sophiste de Platon, après on peut faire toutes les cures de dégrisement que l'on veut, coprendre comment il réinjecte des puisqu'il n'a pas prise avec la vie. C'est toute la différence entre les pensées de fllux et les pensée d'axiomes (discursive, celle qui pratique un logos prophoricos) (voir Mille Platau p. 588, cité in Multitude p. 121), ou même les pensées de forces.