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Publié par Anthony Le Cazals

Certains philosophes contemporains ont considéré l'activité philosophique comme la construction d'un échafaudage conceptuel qui serait une fin en soi. Mais ce n'est pas un phénomène nouveau, car la philosophie doit toujours commencer par le discours, qu'il s'agisse de rapporter une expérience, de poser des questions ou de proposer un mode de vie. Ensuite devraient succéder à cette première phase l'engagement existentiel et l'action concrète. Mais la grande tentation, pour tout philosophe, consiste à s'en tenir au discours. C'est pourquoi, d'un bout à l'autre de l'histoire de la philosophie, deux types de philosophes se sont constamment opposés: ceux qui limitent la philosophie à un discours et ceux qui mettent l'accent sur sa dimension existentielle et vitale. Pierre Hadot HadMES.

 

J. F. Kennedy faisait remarquer avec entrain, Il y a des gens qui voient le monde tel qu'il est et qui se demandent pourquoi ? Il y a des gens qui voient le monde tel qu'il pourrait être et qui se demandent pourquoi pas ? On pourrait mesurer sa propre puissance au degré d’idées ou de projection d’espérance que l’on a consenti à abandonner. Si les idées inhibent l’action, elles permettent aussi la survie des « décadents » par le rêve et l’espoir.  Les idées sont des illusions mais la parole et le discours ont toujours ce pouvoir de capturer par exemple lorsqu’on dit « j'affirme » ou « je déclare ». C'est la performance de la parole qui naît chez les philosophes, réticents qu’ils sont à l'action et au mouvement. Pour certains  cerveaux il est plus aisé de dire que de faire, appelons-les les verbeux. Il y a sans doute une part de métaphysique dans mes propos, qui ont pris au fil du temps la forme mondaine d’un livre. Pour ancrer cet ouvrage dans un nouveau paradigme et permettre ainsi de le déconstruire au plus vite, on peut toutefois dire que ce nouveau paradigme est l’éternel retour aussi nommé fini-illimité 331. C’est un point de doctrine qu’il faudra dépasser, mais que Nietzsche comme Deleuze en philosophes et Einstein comme Hawking en physiciens ont posé. Cette double conjecture fait sans doute partie de notre socle numérique de connnaissances qui n’est plus transcendantal. C’est tour à tour le principe éthique de l’éternel retour qui consiste à ne pas regretter ses actes et à assumer par la répétition son propre métabolisme et le principe cosmologique du fini-illimité d’un monde sans bord que l’on pourrait parcourir à foison, mais il n’y a pas d’autre monde. Même l’éternité n’est qu’une tension, une souffrance qui appelle son moment de relâchement, bref son éternité. Non plus une éternité qui voudrait l’arrêt de la souffrance parce que la souffrance vise l’éternité, mais une éternité de jubilation en ce qu’elle franchit des seuils et opère des sauts quantiques, à la manière de ces électrons qui, à leur échelle, opèrent des sauts quantiques extrêmes hors du réseau cristallin de la « matière » et qui, à présent, nous permettent de propager l’information numérisée. Il n’y a plus nécessité à la symétrie ni à la centralité. Ces catégories de la représentation ne valent plus. Si l’on coupe en deux la « toile » internet, elle ne disparaîtrait pas pour autant dans sa totalité : elle n’en serait pas affectée comme un système centralisé. Pourtant ce n’est pas d’un modèle dont il est question mais de la recherche d’un socle commun en tant qu’épistémè propre à l’époque. Les socles métaphysiques précédents ont un tant soit peu un effet inhibiteur et apparaissent souvent comme dépassés. Si la nécessité d’une exigence de dépassement demeure, il est impossible de ne pas avoir de prise de contact avec ce qui nous entoure — que ce soit anciennement le réel comme monde ou aujourd’hui le complexe comme interaction multi-échelle. Il est difficile de ne pas reconnaître qu’on entrave l’action et qu’on entre dans un processus d’inhibition, dès que le mode d’interaction et de compréhension n’est plus adapté entre soi et l’entourage. Il se peut que l’on interpose un modèle 825 ou une procédure idéale comme opération 520. L’action permet à un organisme de maintenir sa structure en transformant l’environnement au mieux de sa survie. Quand l’action est impossible, l’inhibition de l’action permet encore la survie, parce qu’elle évite parfois la destruction, le nivellement entropique avec l’environnement. C’est en ce sens que la « maladie » sous toutes ses formes peut être considérée comme un moindre mal, comme un sursis donné à l’organisme avant de disparaître LabIA_1. Les idées inhibent l’action mais permettent aussi la survie des « décadents ». La métaphysique et tous les philosophes de système se sont donné les idées comme modèle. À travers les idées, l’homme n’a jamais pensé, tout juste réfléchi. S’il était question de la pensée, elle interviendrait autrement. Ce qui laisse penser que la pensée laisse un dernier sursis aux métaphysiciens.

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