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Publié par Paris 8 philo

Les six leaders de la gauche radicale répondent au philosophe Michel Onfray qui, lundi, les sommait dans «Libération» de s'accorder sur une candidature unique.
Tous pour un, mais chacun pour soi
 
pris dans libé
 
Mise en orbite ou explosion en vol ? Le camp antilibéral qui s'est structuré au lendemain de la victoire du non au référendum sur la Constitution européenne va devoir trancher ce week-end sur le nom de son ou de sa candidat(e) à la présidentielle. Un exercice délicat, tant l'espoir de capitaliser le vote de 2005 en portant cette campagne unitaire fait saliver. Pour sortir de ce casse-tête, le philosophe Michel Onfray interpellait hier, dans Libération (lire son Rebond), les six prétendants déclarés pour les obliger à se réunir et à tenir un scrutin, où «chacun vote pour l'un d'entre eux, à l'exclusion de lui-même». Nous leur avons demandé de réagir à cette proposition. Et ils sont presque tous unanimes pour rejeter cette nouvelle règle d'un jeu toujours aussi confus...
 
Marie-George Buffet revendique l'investiture au nom du poids du PCF au sein des collectifs antilibéraux (leur «noyautage», disent ses adversaires). Ses concurrents, comme José Bové ou Clémentine Autain, lui dénient la capacité de rassembler en raison de son statut de chef de parti. Difficile, selon eux, d'incarner une dynamique mêlant militants communistes, minoritaires de la LCR et des Verts, amis de Jean-Luc Mélenchon, associatifs, syndicalistes et citoyens non encartés. Quel que soit le candidat qui arrive en tête du vote des 800 collectifs locaux, qui sera rendu public ce week-end, le futur postulant à l'Elysée devra bénéficier d'une double onction, celle des militants et celle des formations politiques, selon un système dit de «double consensus». 
Au-delà des querelles de personnes, il existe un vrai clivage dans ce camp d'où s'est exclue Arlette Laguiller : l'attitude à adopter vis-à-vis du PS et de Ségolène Royal, incarnation de cette gauche «blairiste» honnie. Et donc l'éventualité d'entrer dans une logique de gouvernement. Le PCF rêve de réunir «les deux gauches», la réformiste et la radicale, alors que la LCR campe sur cette distinction irréductible. «C'est ce désaccord politique qui va provoquer la rupture ce week-end», prédit déjà Alain Krivine. Quitte à ce que ce qui est né au printemps 2005 meure à l'automne 2006.
Olivier Besancenot
Porte-parole de la LCR
«D'abord je précise qu'à la différence de tous les "interpellés" je n'ai jamais été candidat à la candidature des collectifs, et cela pour deux raisons. D'abord je n'ai pas la prétention, en tant que porte-parole de la LCR, de représenter tous les courants antilibéraux, mais surtout je ne suis pas d'accord avec leur texte "ambition et stratégie". Il ne clarifie en rien le problème essentiel d'une participation ou non à une majorité parlementaire, voire un gouvernement avec la direction du PS en cas d'une défaite, souhaitée, de la droite. Or Michel Onfray laisse entendre qu'il n'y a pas de désaccord fondamental sur ce point, notamment avec le PCF. Ce qui est faux. La direction du PCF le reconnaît d'ailleurs. Faire un accord électoral sans régler ce problème et proposer de n'en discuter qu'après 2007 serait tromper une fois de plus les électeurs.»
Clémentine Autain
Apparentée PCF
«Onfray nous dit : "Mettez-vous d'accord." J'en ressens l'urgence comme lui. Ne pas y arriver serait incompréhensible, artificiel même. Mais ce n'est pas une histoire entre nous six. En déclarant ma candidature, je n'ai pas dit "C'est moi sinon rien". Je ferai sans problème la campagne de celui ou de celle qui permettra le rassemblement le plus large possible. Mais ce ne peut être le ou la représentant(e) d'une des forces politiques de notre dynamique, fût-ce la plus importante, sinon cela apparaîtra comme un rassemblement autour de cette force. Il y a une dynamique militante en train de se mouvoir. L'enjeu est de sceller un accord politique pour convaincre bien au-delà des cercles militants pour ouvrir une autre voie à gauche. C'est bien le rassemblement qui crée l'événement et l'espoir. Nous ne pouvons pas décevoir.»
Patrick Braouezec
Député communiste
«Je me retrouve totalement dans le texte de Michel Onfray, comme par exemple sur son analyse du communisme et des communistes. Sa proposition d'un vote à six est originale. Elle n'est pas loin de celle d'un tirage au sort, qui avait été évoquée dans les collectifs. Je suis prêt à y contribuer : si on peut présenter un seul nom au collectif national, le week-end prochain, nous serions plus facilement en ordre de bataille. On pourrait rechercher un consensus entre nous six, pas forcément par un vote qui risque de ne pas être considéré comme légitime. Mais si j'avais à voter, je serais partagé entre la fraîcheur et la garantie de travail collectif que représente Clémentine Autain, et la candidature plus rassurante sur le contenu d'Yves Salesse. Mon choix serait entre Clémentine Salesse et Yves Autain.»
Marie-George Buffet
Secrétaire nationale du PCF
«Moi aussi, j'aspire à ce que s'ouvre dans notre pays une page politique nouvelle. Chaque semaine aux portes des entreprises, dans les quartiers populaires où je milite, j'entends la souffrance des fins de mois impossibles, la désespérance des jeunes, le besoin d'avenir d'un peuple écrasé par des années de politique libérale. Oui, il faut se rassembler pour changer tout ça, et choisir une candidature commune. Y arrivera-t-on par un vote à 5 ou 6 ? Ou dans une «bouffe à 4» comme l'avait proposée Olivier Besancenot ? Cela ne ressemblerait-il pas à ces anciennes démarches de sommet, à ces méthodes «d'appareil» pour lesquelles Michel Onfray ne trouve pas de mots assez durs ? Et si on faisait confiance aux femmes et aux hommes qui, dans les collectifs, inventent une véritable démocratie participative ?»
José Bové
Altermondialiste
«L'initiative d'Onfray va dans le bon sens. Mais on ne pourra sortir du blocage par un dîner à six. Ce n'est pas une affaire de personnes, mais de processus politique. La solution est pourtant simple. D'abord, pour favoriser l'unité la plus large, le candidat unitaire ne peut être le porte-parole d'un parti. Ensuite, il faut que la LCR rejoigne le rassemblement, sachant qu'un accord est parfaitement possible pour mener une campagne commune. Enfin, seule une votation citoyenne permettrait d'élargir le débat et de créer une vraie dynamique populaire autour d'un ou d'une candidate. Aujourd'hui, je constate que ni le PCF, ni la LCR, ni même le collectif national, totalement paralysé, ne semblent adhérer à cette démarche d'unité, la seule raisonnable, efficace et possible pour reconquérir l'électorat populaire. J'espère qu'ils n'en seront pas les fossoyeurs.»
Yves Salesse
Président de la fondation Copernic
«Michel Onfray a raison de réaffirmer l'importance décisive de l'affirmation d'un rassemblement de la gauche antilibérale, que je préfère appeler la gauche de transformation sociale. Il serait dramatique de ne pas se mettre d'accord sur le nom à inscrire sur le bulletin de vote de 2007. Mais sa proposition bute sur ceci : le problème n'est pas entre les «candidats à la candidature». Nous rencontrons une difficulté politique : il faut un nom capable de respecter la diversité qui est notre force et notre faiblesse. Les membres de la LCR, des Verts, des autres forces hors PC n'ont proposé personne des leurs, sachant que le porte-parole d'un parti ne serait pas acceptable par les autres. Ils ne peuvent être pour autant exclus de la décision. Le consensus est le mode le plus compliqué, mais rien ne peut le remplacer.»
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Ritoyenne 07/12/2006 14:36

Si ils n'arrivent pas à s'entendre, ni sur le fond ni sur la forme, ils feront un score minable divisé et inutile — comme d'habitude me direz vous —, et perdront bcp de crédibilité aux yeux des gens, comme moi, "non encartés".